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Jamais 3 sans 4

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Un regard dur et sévère. Une jeune femme accroupie, une sucette à la bouche. Son air mauvais faisait trembler les élèves qui attendait devant la salle de cours.

Petite de taille, positionnée ainsi elle ressemblait à une grenouille. Ses ongles étaient peints d’une couleur assez fantaisiste, et ses cheveux coupés en un carré assez courts étaient d’un orange pétant. 

Elle portait un pantalon taille haute noir et une chemise blanche plus grande que son gabarit.

N’importe qui aurait pu penser qu’elle était elle aussi une élève. Une élève qui trouble le bon déroulement du cours. Une cancre.

Cependant…

 

“Grouillez-vous avant que je vous foute un coup de pied au c-”

“Madame Kugisaki”, coupa une voix masculine, avant qu’elle ne sorte des paroles indignes de son statut de professeur. 

 

Les élèves entrant dans la salle de classe remerciaient le nouvel arrivant du regard ou pour d’autres, d’un geste de la tête. Il soupira en réponse, la fatigue se lisant sur ses yeux. 

Elle leva les yeux, retirant sa sucette de la bouche. La dureté laissait place à une douceur sans limite.

 

“Ah, Megu-”

“Votre posture. Votre langage. N’oubliez pas que vous êtes un exemple pour vos élèves.”

 

Ses lèvres se décollèrent alors qu’elle se redressa. Vraiment minuscule. Elle lui arrivait à peine au torse. Il réprime un sourire. Elle grince des dents. 

 

“Dans ma baraque”, commence-t-elle en haussant un sourcil. Elle se foutait d'être polie ou pas. Typique de cette femme qu’il connaissait depuis un bon bout de temps maintenant. “On ne change pas ce qu'on est pour plaire aux autres.”

“Je veux bien-”

“Ah-ah-ah”, elle lève sa main qui atteignait ses lèvres, afin de le faire taire. “J’enseigne comme nous l’a enseigné Satoru. Et regarde où son enseignement m’a mené ? Là où je le voulais.”

 

Kugisaki ne lui coupait jamais la parole. Cette fois, l’agacement prit le dessus car il lui avait coupé à deux reprises la parole. 

Rancunière.

 

“Sans rancune”, lui dit-t-elle en remettant sa sucette en bouche. Menteuse. “J’vais voir si ça se passe bien pour Yuuji, bon cours..!”

 

Ses dents blanches lui souriaient. 

Il pénètre ensuite dans la salle de cours, posant son sac sur le bureau. Une classe de quinze élèves. 

Il s'agissait de leur première rentrée en tant que professeur permanent. L’an dernier, trois professeurs assez compétents les avaient pris en charge. Un stage qu’ils disaient. 

Par ailleurs, ces professeurs étaient assez atypiques. 

L’un était plutôt nonchalant et strict. Il avait le don d’attirer la sympathie de tous les élèves et professeurs alors qu’il ne l'a cherchait absolument pas. Un jour, une de ses collègues lui avait fait un bentō parce qu’elle s'inquiétait et le voyait manger très peu de légumes. Il avait apprécié le geste, au fond de lui. Mais cela n'était clairement pas nécessaire. Il était le plus terre à terre des trois.

L'autre, plutôt calme et sûr de lui. Ses cours étaient toujours bien structurés et il était toujours propre sur lui. Étonnamment, il avait un air assez sournois qui laissait penser qu’il pouvait donner des interrogations surprises sur des éléments pas encore vus en cours. Chose qu’il n’a jamais faite, par ailleurs. Il s'inquiétait toujours pour ses élèves et avait plus l’air d’un père que d’un professeur. Le proviseur trouvait toujours quelque chose à lui redire sur sa manière de couver ses élèves. Il serait père de deux grandes filles. Ceci explique cela. 

Et le dernier...il était une calamité. Un professeur des plus minables. Il ne faisait que rarement cours et passait son temps à raconter des anecdotes assez étranges à ses élèves. Anecdotes qui leur servaient étrangement lors des examens blancs confectionnés par d'autres enseignants. Il s’incrustait toujours dans les cours des deux enseignants précédents, les perturbant comme le ferait un cancre. 

Ces trois personnes étaient les tuteurs de chacun d’eux. 

Megumi avait eu la malchance d’avoir le professeur imbu de lui-même. Un mentor désastreux. Même si parfois il se retrouvait avec les deux autres, son tuteur principal, celui qui signait sa convention de stage et qui validerait alors son diplôme, c'était lui. Gojo Satoru. Quelque part, cela l’arrangeait. Il avait grandi avec ce bon à rien, donc il n'avait pas besoin de s'accommoder à son étrangeté. Il y était habitué.

Kugisaki Nobara, la professeure au caractère bien trempé était sous la charge de celui au regard sournois. Geto Suguru. Elle sortait de ses cours assez satisfaite mais lui avait avoué un soir qu’elle préférait les cours de Satoru. Même si quelque part, son tuteur usait de techniques peu orthodoxes sans pour autant qu’il soit à pointer du doigt. Un mot important qu’il aimait prôner : l'organisation. 

Et enfin, Itadori Yuuji, sous la charge du strict professeur, Nanami Kento. Il l’appréciait et voyait des choses que les deux autres ont prit du temps à voir. Ses airs stricts n'étaient qu’une façade et le fait qu’il soit aussi à cheval sur les horaires vient du fait qu’il a été un salarié du domaine privé. Grâce à cela, Itadori était toujours à l’heure et faisait office de montre humaine lorsqu'ils se réveillaient le matin. 

 

“Il reste une heure avant de pouvoir arriver pour huit heures !”

 

Megumi sentait que Nobara bougeait dans ses bras, râlant contre son torse. Il gardait les yeux fermés, ses lèvres s'étirant en un fin sourire.

 

”Il nous reste une demie heure..!”

 

Megumi se brosse les dents, Nobara à ses côtés qui cracha sans ménagement dans le lavabo. Elle avait les oreilles rouges et le nez tout autant coloré. Il fit comme s’il ne voyait rien et entama un lavage de sa bouche. La colère de la jeune femme de bon matin assurait une journée difficile. Si Yuuji aime la difficulté, lui, essayait de l'éviter à tout prix.

 

”Il nous reste-”

“Ta gueule Yuuji ! Ferme-la une bonne fois pour toute !”

 

La bombe explosa. Yuuji eut l’air quelque peu surprit avant de se laisser à la rigolade. Elle lui tapa le bras à plusieurs reprises alors qu’il augmentait le volume de son fou rire.

Il s'agissait de leur deuxième journée de cours en tant que professeur permanent. Le stress, grandement présent, s'était emparé du corps de la jeune femme qui faisait plusieurs allers et retours dans la maison.

Dans son mutisme, Megumi put voir que la petite rouquine retirait un objet de son doigt pour la ranger dans une petite boîte. 

Un paquet de cigarette et des bonbons acidulés se trouvaient sur la table, choses qu'elle récupéra. Elle se tourna vers lui et lui offrit un petit sourire.

 

“Si jamais t’as pas le temps d’acheter un paquet, viens me voir.”

 

Elle enfila un gilet plus grand qu’elle et prit son sac à main. Yuuji restait droit comme un “i”, ayant certainement vu la même chose que lui. 

 

“Elle vient vraiment de…”, il fit le geste qu’il laissa en suspens. 

 

Il haussa les épaules. 

Nobara est une grande fille, elle savait ce qu'elle faisait. Le fait qu’elle ait retiré la bague qui symbolise toute leur vie doit en découler d’une longue et intense réflexion de sa part.

 

“Tu penses qu’elle nous aime moins qu’avant ?”

 

Megumi haussa les épaules, encore une fois. Il n’en pense rien. Même si ces derniers temps, Nobara était plutôt d’humeur changeante. Même si elle avait l’air quelque peu distante et que parfois, elle se renfermait sur elle-même prétextant de la fatigue.

C'est son rôle ça, d'être silencieux et d’être d’humeur changeante. Elle devait être la boule d'énergie accompagnant l'autre encore plus énergique, limite hyperactive.

Et justement, elle était moins énergique. Plus lasse. Irritable plus facilement. Encore plus rancunière qu'à l'accoutumée. Son grand appétit ne bougeait pas, à contrario. Mais il a remarqué qu’elle se contemplait bien plus devant le miroir. Pas son visage. Mais son corps, avec un œil critique. 

 

“Tu vas bien ?”

 

Elle leva la tête vers Yuuji qui lui avait posé la question. La pause déjeuner se faisait généralement dans la salle des professeurs cependant, le trio aimait manger à l’air libre quand il fait chaud. 

Sous un arbre, Megumi jeta un œil à Yuuji qui tentait de toucher le front de la femme qui dégagea violemment sa main.

 

“Je vais bien. Merci.”

 

Elle posa son bentō sur l’herbe en roulant des yeux. La mauvaise humeur, encore. Et Yuuji ne disait rien. Il supportait, encore. Et cela commence réellement à lui taper sur les nerfs.

 

“Si on te fait chier dis-le, que je me casse.”

 

Deux paires de sourcils froncés et d’yeux confus le regardent. Finalement, Nobara plissait ses paupières, ennuyée. 

 

“Bah casse-toi, que veux-tu que je te dise ? J’vais pas te supplier à genoux de rester.”

 

Yuuji ne s’asseyait généralement pas au milieu. Cela était réservé à Nobara. Mais aujourd'hui, il se trouve entre les deux qui débutaient gentiment une dispute en plein air, là où leurs élèves pouvaient les voir. 

Son bentō sur le sol, entre ses jambes, il alterna entre Megumi et Nobara. 

 

“Allons, allons. Il n’y a pas lieu de s'énerver. Ce n’est pas le meilleur endroit pour...”

“Je suis calme, moi”, dit alors la rouquine en regardant Megumi. Ce ton sarcastique. Ce regard mesquin. 

 

Elle se foutait clairement de sa poire. Il inspira longuement, se leva et laissa le duo sous l’arbre. Il pouvait entendre Yuuji l’appeler et décida de l'ignorer

 

.

 

“Je ne comprends pas pourquoi t'arrives à te retenir de fumer quand tu es à l'école et quand on rentre tu t'enfumes comme un pompier.” 

 

Les mains jointes devant ses lèvres, Yuuji fronçait des sourcils, accompagnant sa question. Les événements du midi restaient en suspens. Megumi n'adressait la parole qu'à lui, et Nobara ne faisait aucun effort de son côté. Cependant, elle haussa les sourcils à la remarque de l’un de ses hommes. 

 

“Mes élèves se doivent d'être francs avec eux même, tout comme je le suis avec moi même. Cependant, je n’ai pas à partager mes vices avec eux”, elle cracha la fumée qui passait entre ses lèvres et simultanément par ses narines. 

 

Megumi renifla. Comme si quelque chose ne lui plaisait pas.

 

“Ta bague, tu ne la mets même pas ? Tu considères cela comme un vice ?”

 

Elle ne le regarda pas, toutefois ses gestes lents laissaient croire à une réflexion de sa part. Elle choisissait ses mots. Étonnant venant de la rouquine. Elle n'hésite jamais avant de parler ou ne réfléchit que rarement. 

 

“Une bague donne une indication sur ma vie privé”, elle fait une grimace en écrasant son mégot dans le cendrier. “Donc oui.”

 

Megumi écrase lui aussi son mégot en roulant des yeux. 

 

“Elle est folle…”, déclare le brun alors que Yuuji grimaça en voyant Nobara le toiser du regard. 

 

Yuuji sentait qu’il y a un début de tensions entre ces deux là depuis un petit moment et ne préférait pas s'en mêler, considérant que la résolution de ce problème ne devrait venir que d’eux. Il ne pourra pas toujours faire le médiateur entre ces deux têtes brûlées...


.

Durant la nuit, Megumi sentait que quelque chose lui passait au-dessus. Ses paupières s'ouvrent lentement, Nobara n'est plus à sa place. Il se tourne vers Yuuji qui dort profondément. Puis un coup d'œil à l'horloge numérique sur sa table de chevet. 

Trois heures trente. Bon. 

Sans même se poser de questions, le brun se leva et descendit. Il vit alors de la lumière provenant de la cuisine. A petits pas, il s’en approcha.

Il savait que Nobara se trouve dans la pièce. Il se doutait qu’elle devait certainement boire du lait, car elle avait l'habitude de le faire. Néanmoins c’est ce qu’il croyait. Les sourcils froncés, il héla son nom :

 

“Nobara ?”

 

Elle sursauta, amenant une main à son cœur. Elle ne put laisser échapper qu’un petit cri aspiré. Dans la panique, elle murmura son nom. 

Elle s'était assise sur la table de la cuisine, une assiette remplie de ce qu’ils avaient mangé le soir-même et des chips entre les jambes.

L’air gêné qu'arborait Nobara le rendit perplexe. 

 

“J’ai eu une envie soudaine de-”

“Ne te justifie pas.”

 

Il s'assoit sur une des chaises et la regarde longuement. Elle évitait son regard, continuant de grignoter les chips qu’elle avait disposées dans son assiette. 

Il se dit que c'était peut-être le moment de discuter de tout ce qu’il se passait. Qu’il ne comprenait plus trop son comportement. Qu’il avait l’impression qu’elle l’aime de moins en moins et qu’elle regrettait ses choix.

 

“Qu'est-ce qu’il t’arrives ?” 

 

La voix du brun était douce et eut pour effet de détendre les épaules de la rousse. Elle se mord la lèvre inférieure en levant les yeux au plafond. Ses petites mains manucurées ventilent de manière dramatique son visage. 

Qu'est-ce que…

Ses prunelles orangées devenaient de plus en plus brillantes, comme si des larmes menaçaient de se montrer.

 

“Megumi”, elle le dit si rapidement qu’il n'eut d’abord pas compris qu’elle l’appelait. “Je vous en parlerai demain”, elle passa ses mains sur son visage. “Va dormir maintenant.”

 

Elle continuait de ventiler ses yeux en soufflant fortement, ses joues gonflantes à chaque fois qu’elle expirait. 

 

“Vous faites une contre-soirée ?”

 

Yuuji, la main dans ses cheveux et les yeux pratiquement fermés, venait d'entrer dans la cuisine. Nobara hoqueta et éclata en sanglots à la plus grande surprise de Megumi. 

Ni une ni deux secondes, les deux hommes l’entouraient de leurs bras. Elle cachait son visage entre ses mains. Malgré la surprise de la voir pleurer ainsi. 

Yuuji lui caressait ses courts cheveux en posant son menton contre son crâne. La joue de Megumi touchait le front de la rouquine, une main lui caressant le dos avec douceur. La culpabilité montrait le bout de son nez. Il n’aurait pas dû être aussi dur avec elle et se dire que forcément, quelque chose n’allait pas de son côté. 

Il s'apprêtait à s'excuser lorsqu’elle tentait de reprendre une respiration correcte, les épaules tremblantes. 

Nobara leur largua une bombe qui eut l'effet de les assommer.

Yuuji eut un mouvement de recul, les yeux grands ouverts. Il scrutait ses mains puis Nobara et ensuite Megumi. La bouche ouverte, aucun son ne sortit d'entre ses lèvres. C'était comme s’il était bloqué. 

 

“Je suis enceinte.”

 

Megumi n’avait pas bougé. Dans son esprit, tout a été mis en pause. Pour lui, le temps s'était arrêté le temps qu’il assimile ce que venait de leur annoncer Nobara. Puis, une sorte d'illumination lui vient. 

Ils avaient pris leurs précautions. Nobara était à cheval sur sa prise de pilule, Yuuji et lui avait même mit une alarme afin qu’elle ait deux fois plus de matière à s’en souvenir. Et pourtant. Comment…

 

“Comment ça se fait ?!”

 

Heureusement que Yuuji est la représentation de la spontanéité. Il n’avait pas eu à poser cette question idiote. La rouquine avait levé la tête, les joues rosies et le visage rempli de larmes. 

 

“Par l'opération du Saint-Esprit”, lui répond-elle le plus sérieusement possible. 

“Mais..? Le Saint-Esprit...il est devenu fou ?!”

 

Les épaules de Nobara sursautent, des larmes coulent toujours même si elle riait. Megumi ne put s'empêcher de lui essuyer ses larmes lui offrant un baiser sur le front. Elle ferma les yeux au contact, pinçant ses lèvres. Il comprenait mieux l’attention qu'elle portait à son corps lorsqu’elle s'observait devant le miroir.

 

“Attends, mais on va être papas, c’est ça que tu dis ?!”, s’exclame alors Yuuji dont les yeux brillaient d’une lueur d'excitation. “Un mini-nous qui va courir partout dans la maison…”

 

Cette idée ne déplaisait pas au brun. De voir une petite fille aussi énergique que leur petite femme et aussi souriante que leur rayon de soleil ambulant qu'était Yuuji...Oh ouais, il aimait cette idée là.

Les deux mains de Nobara touchaient les joues respectives de ses deux hommes. Elle ferma les yeux et soupira longuement. Ses ambres les observaient. Vitreux. 

 

“Je ne veux pas de cet enfant.”

 

Sa voix résonnait dans la salle alors qu’elle retirait ses mains pour les joindre contre ses cuisses. 

 

“Je…”, elle déglutit, sentant les larmes lui monter violemment. “Je ne me sens pas prête à être mère. Non. J’ai peur d'être mère.”

 

Elle prit le sandwich de son assiette et le mangea. Malgré le fait qu’elle soit en état de panique et que son visage soit rempli de larmes, son ventre réclame de la nourriture. Elle lâcha un gémissement tant le sandwich lui laissait une bonne impression. Ses papilles en sont satisfaites. 

 

“Je sais que”, elle avalait le morceau qu’elle avait croqué, faisait sourire Yuuji qui s’asseyait à côté d’elle, sur leur table. “Je sais que vous serez des papas formidables, j’en doute pas. Mais j’ai vraiment peur de reproduire le même schéma que ma mère.”

“Ta mère, c’est ta mère. Toi, tu es Itadori Nobara.”

“Zen’in”, corrige Yuuji alors que Megumi secoua la tête négativement. 

“On a dit Itadori.”

“Nah. T’as décidé tout seul. Sur les papiers c’est Zen’in”, affirma la rousse en essuyant ses larmes tout en croquant dans son sandwich. Qu'est-ce qu'elle avait faim...“À défaut d’avoir une famille de merde, autant qu’elle nous serve à quelque chose.” 

 

Elle frotta le bout de ses doigts tandis que le rosé hocha la tête tout en le fixant, répétant le même geste que Nobara. 

Megumi soupira, réprimant une grimace qui ressemble étrangement à un sourire.

 

“Bon. En tout cas”, il comptait finir cette conversation au plus vite et de manière efficace, ils se levaient dans moins de deux heures. “Tu n’es pas ta mère. Les erreurs qu’elle a pu commettre ne seront pas les tiennes. Mais si tu ne veux pas de cet enfant, je ne t'empêcherais pas de faire tes choix.”

 

Elle leva sa main vers Megumi qui l'a pris sans hésiter. 

 

“Eh. Je ne serais peut-être pas un si bon père que tu ne le penses. Je suis déjà un mauvais fils abandonné par son père. Penses-tu que cela n’aura pas d’impact sur ma manière d'élever notre fille ?”

 

Il donna un baiser au dos de la main de cette dernière qui étira ses lèvres, d’un sourire triste. 

 

“...Une fille ?”

“Yup.”

 

Yuuji donna un baiser sur la tempe de Nobara, plaçant des mèches de cheveux rousses derrière son oreille. 

 

“C’est à peine si j’arrive à me gérer, alors une petite fille...Fais ce qui te semble être le plus juste”, il donne un autre baiser sur la tempe. “Je t’aime.”

 

Nobara alterna son regard vers les deux hommes. Une chaleur immense lui remplissait le cœur et le ventre. Son organe vital battait à tout rompre, ratant parfois quelques battements alors qu’elle croisait le regard de ses amours. Ces deux hommes allaient finir par la tuer à force de lui offrir tant d'amour sans même compter. 

 

“Vous venez de me prouver que vous serez de bons pères.”

 

Elle attrapa les mains des deux hommes pour les poser sur son ventre. 

 

“Quelque part, je veux avoir cet enfant avec vous. Mais d’un autre côté, cela m'effraie. Je ne veux pas haïr mon enfant sous prétexte qu’il est arrivée trop tôt dans ma vie.” 

“On est là pour ça. Ta mère était célibataire non ?”

 

Oh que oui. Pour faire simple, elle ne savait pas qui était le père de Nobara. Un soir, durant une fête à l'université, sa mère avait participé à ce qu’elle appelait fièrement “la partouze de la fraternité”. Elle ne s'était pas protégée, n'avait pas pensé à la pilule du lendemain. Neuf mois plus tard, Nobara poussait ses premiers cris. 

 

“J’ai pourtant prit toutes mes précautions, je ne comprends pas-”

“Nobara”, hèle Yuuji d’une voix douce.

“Pourquoi je me retrouve enceinte, l’histoire doit être en train de se répéter-”

“Nobara”, réitéra Yuuji en lui touchant l'épaule. 

“Je crois que les étoiles me punissent de ne pas avoir pu faire de choix, j’aurai dû-”

“Eh ! Nobara !”

 

Il la secoua, la faisant sursauter. Elle regarda Yuuji avec de grands yeux perdus. 

 

“Ce que ta mère a fait, est différent de ce que toi tu fais !”

“Yuuji n'a pas tort. Nous ne sommes pas des inconnus.”

“Ouaip, Megumi est ton mari. Moi aussi. Cesse de te blâmer. T’es une femme superbe.”

“Et tu seras une superbe maman. La plus stricte de nous trois, mais à juste titre.”

 

Nobara laissa échapper un hoquet de surprise qui se transforma en sanglot. Foutues hormones.

 

“Et moi je serais celui qui sera un peu trop laxiste et tu me remontera les bretelles tout en me traitant de face de chiot abandonné.”

 

Yuuji passait son bras autour des épaules de la jeune femme qui se nicha tout contre lui. Des larmes tombaient le long de ses joues rouges. 

 

“Megumi”, dit-elle en reniflant bruyamment. “Toi tu seras l’entre-deux. Mais tu leur donneras tellement d’amour qu’ils te trouveront chiants avec tes câlins de merde.”

 

Il eut un petit rire. 

 

“J'aurai aimé avoir ce privilège là.”

“Je le sais, mon amour. Je le sais.”

 

Il les rejoignait sur la table, voulant alors toucher le ventre de sa femme. Finalement, au diable la nuit de sommeil, il voulait rester auprès des deux personnes qu’il aime le plus au monde. Il voulait toucher de ses mains, la vie qui se trouve dans le ventre de leur femme. 


“C’est une petite fille !”

 

Le liquide froid sur son ventre la faisait frissonner et l'appareil du gynécologue appuyait un peu trop sur son utérus. Elle avait envie de vider sa vessie et ce de manière urgente. Même s’il était impératif de venir la vessie pleine, cela était beaucoup trop dur de tenir. 

Elle serra ses deux prises, tout en pinçant ses lèvres. Yuuji et Megumi regardaient le petit écran où se trouvait une image en noire et blanc incompréhensible. Leurs yeux brillaient tellement qu’elle se demandait s’ils allaient se mettre à pleurer. 

Nobara grogna.

 

“J’ai envie de pisser…”

 

La gynécologue émit un petit rire qui eut le don de l’irriter encore plus qu’elle ne l’est déjà. 

 

“Encore un peu de patience Madame Zen’in. Oh”, elle n'avait pas détourné son attention de l'écran et regarda Yuuji. Oh . “Et là, c’est le cœur.”

 

Yuuji se pencha vers l'écran ou la gynécologue pointait du doigt, la bouche ouverte.

 

“On aura droit à des images tirées de la vidéo ?”

“Bien évidemment."

 

Elle lui fit un sourire charmeur. Nobara scrutait la scène avec une envie de meurtre. Sa vessie était pleine. Cette foutue gynécologue appuyait dessus comme si de rien était et en plus, lançait des regards langoureux à son homme ? 

 

“T'entends ça Meg’ ? Je vais l'accrocher sur le frigo, dans la salle de bain, partout !”

 

Megumi ne dit rien, beaucoup trop occupé à observer avec fascination leur enfant. Dans l'utérus de leur femme, se trouvait un petit fœtus. Leur petit fœtus deviendra leur petite fille. Son cœur battait. L’image le montrait. C'était ça, être père ? Ressentir une énorme bouffée d’air lui gonfler le torse ? Son père avait-il ressenti cela, lui aussi ? Et comment avait-il pu l'abandonner par la suite ?

Megumi est incapable d'abandonner son enfant. Il n’y arriverait pas, même si la situation l'y obligerait.

Il regarda alors Nobara, puis Yuuji, des étoiles dans les yeux. 

Il allait fonder sa propre famille. Grâce à ces deux personnes face à lui. Il embrassa la main de Nobara et tendit sa main pour attraper celle de Yuuji et lui donner ses lèvres. Il s'en fichait de savoir s’il y avait des témoins de leur amour. Il s’en fichait de savoir que les témoins pouvaient trouver cela étrange et totalement immoral. Il s’en fichait. Sa famille se trouvait devant ses yeux. Il est heureux. 

 

“Je vous aime.”

 

Nobara esquissait un bref sourire avant de râler son envie d’uriner et Yuuji lui répondit d’un de ses sourires rayonnants et pleins d’espoir. 

Par la suite, la rouquine hurlait qu’elle n’en pouvait plus, qu’elle finirait par “pisser les jambes en l'air sur sa face” si elle continuait à appuyer comme une forcenée sur sa vessie. Yuuji s'excusa, en disant qu’elle a toujours été impulsive. La gynécologue rangea la machine et indiqua que la séance était finie, tout en lui adressant un sourire compréhensif.

Nobara put se vider la vessie, pour son plus grand bonheur. Megumi et Yuuji l'attendait en dehors de la salle de consultation, ce fut au même moment que la gynécologue tendit un papier à Yuuji. Il le prit sans vraiment trop réfléchir.

Un numéro de téléphone. 

Megumi regarda longuement le papier, une forte envie de le lui prendre et de le déchirer. Puis le brûler. Et ensuite y jeter de l'eau et basta. Puis Yuuji.

Il clignait des yeux comme un idiot. 

 

“Ah...euh...Je suis marié...ahah…”

 

Nobara arriva au moment où il comptait lui rendre le petit bout de papier. Elle le lui arracha des mains et le déchira. 

Yuuji eut l’air désolé pour la gynécologue tout en aidant Megumi. Sa compassion le perdra un jour. Et Megumi attrapait Nobara, prête à en découdre avec la gynécologue qui eut l’air apeurée. 

Oh que oui, Megumi les aime.


Gojo Satoru s'était invité chez eux pour le dîner. Quelle fut sa surprise lorsqu’il vit de ses yeux le ventre arrondi de son ancienne élève. Il eut d'abord eut un drôle de sourire avant de demander le plus sérieusement possible. 

 

“Je peux donner le prénom ?”

“Même pas en rêve.”

 

Nobara le toisait longuement. Elle lui vouait un énorme respect dans le cadre scolaire et de la relation cordiale entre collègues. Mais en dehors de cet établissement, elle ne voyait en lui qu’une nuisance. Un rat. Un salopard de première. Elle le veut loin de sa fille.

 

“Plutôt crever.”

 

Megumi, s’il devait parler de Gojo Satoru, il sait que son karma deviendrait automatiquement négatif. Il avait tant de choses à lui faire passer. Pas de bonnes choses. Il avait dû le supporter une grande partie de sa vie, comme le grand frère indésirable qu’il a été. Alors il ne le laissera pas donner le nom de sa petite princesse, au risque qu’il maudisse sa fille d’un pénible oncle qui rabâcherait à toutes les sauces qu’il lui a donné un prénom.

 

“Ah...bah...ils ont décidé."

 

Yuuji aimait bien l'excentricité de leur ancien professeur. Il était l’une des seules personnes qui arrivait à trouver du bon en lui, sans le trouver extrême ou insupportable. C'est un peu le grand frère que Yuuji aurait aimé avoir, alors le fait qu’il se soit occupé de Megumi lui offrait cette chance. Une opportunité qu'il a bien évidemment saisit. 

 

“Quels enfants ingrats.”

 

Deux des trois “enfants ingrats” roulent des yeux. 

 

“La prochaine fois, préviens-nous quand tu t'invites...”, déclare le brun d’un ton sec alors qu’il récupère les assiettes sur la table.

“Oh, vous allez m'accueillir comme un roi ?”, coupa-t-il en ayant des étoiles dans les yeux. Son petit frère adoré devenait enfin raisonna-

“...Que j'ai le temps de barricader la porte et les fenêtres.”

 

Le plus vieux fit la moue. L’amour vache de cet enfant le tuera un jour. 


Nobara se trouvait au milieu, la tête contre le torse de Yuuji dont la main restait près de son ventre. Megumi, derrière elle, ses bras l’entouraient, caressant son ventre de femme enceinte. 

Cette dernière bougea quelque peu et se réveilla en sursaut. Elle regarda alors Yuuji. Sa respiration est régulière. Contre son dos, c'était aussi le cas pour Megumi. Ils dormaient à poings fermés. 

Ils dormaient à poings fermés alors qu’elle sentait la chaleur lui prendre le corps entier. Une chaleur insoutenable qui lui donnait envie de retirer son t-shirt qui lui servait de pyjama. 

Yuuji a le corps chaud. Brûlant même. Nobara se colle alors à Megumi. Lui aussi. 

Elle soupira longuement. Elle ne veut pas les réveiller. Mais elle ne supporte pas cette chaleur qui lui pique la peau. Elle a cette impression de fondre entre les deux hommes. Elle est coincée comme une gaufre entre deux plaques brûlantes. 

Oh, des gaufres avec du chocolat fondu et de la chantilly. Oh ouais. 

Elle regarda Yuuji. L’option la plus appropriée, car il a le sommeil lourd, contrairement à Megumi qui se réveille à chaque fois qu’elle change de sens.

Si elle pouvait juste aller chercher de la chantilly et du chocolat fondu et chaud…

Ses lèvres se pincent alors qu’elle ne remarquait pas que Yuuji avait ouvert les yeux, la regardant avec des points d'interrogation dans les yeux. 

 

“Un problème ?”, murmure-t-il, de l'inquiétude dans sa voix. “Tu as mal quelque part ? Tout va bien ?”

 

Nobara sursauta. Quand elle croisa les prunelles marrons de Yuuji, elle esquissa un grand sourire. Bon et bien finalement, plus besoin d'échafauder un plan d’attaque.

 

“J’ai juste envie d’une gaufre au chocolat avec beaucoup de chantilly”, dit-elle sur le même ton.

 

Yuuji est un sucre. 

Yuuji est un amour. 

Alors il se leva, même s’il était quatre heures du matin et qu’il commençait les cours assez tôt. Il alla dans la cuisine, préparer ce que sa femme enceinte désirait. Ce dont il ne se doutait pas, c'était de voir sa femme à ses côtés, à peine eut-il finit de préparer la gaufre. Elle la lui prit des mains, avant de la poser -jeter- sur la table. 

Leurs lèvres se touchent brusquement, leurs langues se mélangent. Ses mains touchaient son torse, remontant jusqu'aux épaules musclées de l’homme.

Elle força Yuuji à s’asseoir sur une chaise. Elle prit alors la chantilly et lui offrit un regard plein de sous-entendu. 

Et là Yuuji compris. La gaufre. C’est lui.

 

.

 

Megumi commençait plus tard. Son sommeil a été des plus réparateurs. Lorsqu’il croisait Yuuji dans les couloirs, le visage cerné et l’air étonnamment fatigué, il en conclut alors que leur femme avait fait des siennes et avait choisi sa cible. 

Ah, il s’en foutait un peu. Il avait eu une nuit complète et sans troubles. C’est ce qui lui importait actuellement.

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Il avait parlé trop vite. 

Nobara n'arrêtait pas de lui parler. Yuuji dormait déjà et son sommeil de plomb ne risquait pas d'être dérangé par les murmures de leur femme.

 

“Je m’ennuie un peu quand vous travaillez, si vous pouvez me trouver une occupation...Puis je sais pas ce que j’ai ces derniers temps, j'arrête pas de vous voir tout nus dans mes rêves. Mais pas du tout nu érotique. Vous ressemblez à des statues grecques. Vous êtes beaux. Ah, il faudrait que je pense à acheter des vêtements pour le bébé...”

 

Il grince des dents. Il a juste envie de dormir.

 

“Noba. Tu ne veux pas, genre, dormir ?”

“On prend un bain ?”, ignora la femme enceinte en regardant le plafond.

 

Il soupira.

 

“Maintenant ?”

“Oui.”

“Tu veux que j’y reste avec toi ?”

“Oui.”

 

L’eau entra en contact avec leur peau. Nobara lâcha un râle de plaisir tout en se rapprochant de Megumi. 

La vapeur de la salle leur offrit des joues et un nez rouge. La rouquine réduisait de plus en plus la distance entre leurs deux corps. 

 

“Ça se passe avec Yuuji ?”

“Hein ?”

 

Elle soupira. 

 

“Vous avez l’air un peu...bizarres ces derniers jours.”

 

En effet. Ils parlaient très peu lorsqu’ils se trouvaient seuls dans le salon. Ou encore, ils s’évitent, cherchant à avoir le moins de contact possible. Yuuji le regardait en chien de faïence. Megumi l'ignorait. 

Nobara n'en disait rien. Ça ne la regardait pas. C'était entre eux. Cependant, elle souhaitait tout de même savoir si la raison de leur dispute en valait la peine.

 

“Il veut que j'arrête la clope.”

 

Ah. 

 

“C’est une bonne chose”, dit la jeune femme le plus sérieusement possible. 

 

Elle aussi souhaitait arrêter. Et le fait qu'elle soit actuellement enceinte lui donnait une raison de le faire. 

 

“Il me fait la tête -à sa manière- parce qu'il trouve que je joue un peu trop avec ma santé.”

“Il n’a pas tort.”

“Tu vas me blâmer toi aussi ?”

“Non.”

 

Elle colla sa poitrine contre le torse du brun qui frissonna au contact de leur peau. Elle était toujours douce, sa peau. 

 

“En fait si”, elle lui fait un baiser sur la mâchoire. “Je vais te blâmer d’une chose.”

 

Ses mains touchaient les épaules de Megumi qui se raidit. 

 

“Pourquoi tu restes aussi stoïque ?! Ne suis-je pas ta femme ?!”

“Tu l’es.”

“Bah alors ?”

“Tu devrais peut-être-”

 

Elle le coupa, leurs lèvres se caressant. Les mains devenaient baladeuses et le baiser de plus en plus fougueux. Des deux côtés.

La nuit allait être courte.


Nobara souhaitait se balader pour se dégourdir les jambes. Yuuji décide alors de l'accompagner, ayant peur qu’il lui arrive quoique ce soit. Elle arrivait à terme de la grossesse, et le fait qu’elle ne tient pas en place lui faisait peur. 

 

“J’en ai marre, quand est-ce qu'elle sort...c’est épuisant…”

 

Yuuji lui tenait la taille alors que Nobara avançait assez lentement, la fatigue la prenant. 

 

“Il reste encore trois semaines, ça va passer vite.”

“Facile à dire, c’est pas toi qui est en cloque.”

“Pas faux.”

 

Elle posa sa tête contre le torse de Yuuji et se laissa guider par les pas de ce dernier. Il était grand, son corps est chaud. Il la gardait près de lui, l'enveloppant de son bras. Il était comme un gros nounours, lui caressant avec douceur sa taille et son ventre. 

Il lui fit un chaste baiser sur la tempe. 

 

“Monsieur Itadori ? Madame Kugisaki ?”

 

Yuuji s'arrêta à l’entente de son nom de famille. Une jeune fille les regardait avec étonnement. Nobara leva les yeux au ciel. Croiser une de leurs élèves alors qu’ils avaient juste décidé de se balader dans un parc...

 

“Oh...Je ne m'attendais pas à vous voir ici...bras dessus-bras dessous…”, dit la jeune adolescente en cachant ses lèvres derrière sa main. 

“Ahah…”

 

Yuuji avait l’air gêné. 

 

“Vous savez, les rumeurs circulent vite”, elle haussa les épaules, hagarde. “Et les élèves pensaient que c'était Monsieur Fushiguro l’heureux élu. Ma foi, j’ai perdu un pari.”

 

Nobara tira le bras du rosé, l’air vraiment fatiguée. 

 

“On rentre ?”

 

Elle ignora l'adolescente, préférant ne pas rentrer dans son jeu. Il la regarda. Puis ce fut au tour de l'adolescente. Il lui souriait. 

 

“Tu n'es pas un peu trop jeune pour parier ?” 

 

Nobara souffla. Yuuji restait Yuuji. Il n’arrivait jamais à en vouloir aux autres. Il ne s'énervait que rarement et voyait toujours le bon côté des personnes qu’il rencontrait.

Il lâcha Nobara pour sermonner gentiment l'adolescente qui réprimait un petit sourire satisfait. La rousse comprit alors qu’elle devait avoir un petit faible pour Yuuji. Qu’elle a dû dire cela pour attirer son attention. 

Un énième soufflement. 

Pourquoi toute la gente féminine lui tournait autour ? Oui, c'est un amour. Oui il est adorable. Oui, il est gentil et quand il sourit, la Terre entière se tourne pour l'admirer. Mais c’est pas parce qu’il est un rayon de soleil aveuglant que tout le monde a le droit de chercher son attention. Elle est de nature jalouse, rien n'y changera.

 

“Yuuji.”

 

Il se tourna vers elle et hocha la tête.

 

“J’arrive.”

 

La jeune fille reprit son chemin en saluant son homme d’un geste de la main assez timide. Elle hurla un “vous nous manquez beaucoup” avant de partir en courant. 

 

“Ah là là…les jeunes de nos jours…”

“Elle en pince pour toi.”

 

Il cligna des yeux en réponse. 

 

“Naaaaan.”

“Si.”

“Mais non, elle doit juste m'apprécier en tant que professeur c’est tout.”

“Yuuji, t’es tellement attirant, tu ne t’en rends même pas compte.”

“Le plus important, c’est que je le sois à vos yeux.”

 

Il replaça son bras autour de la taille de sa femme. 

 

“T’en fais pas pour ça.”

 

Elle lui tapota le dos. 

 

“Réconcilie toi avec Megumi”, ordonne-t-elle plus qu’elle ne le lui conseille.

“Mhm.”

 

Ils continuaient leur petite balade, discutant de tout et de rien.


Un cri. Des pleurs s'ensuivent. Des soupirs et de l'extase. Nobara tentait de reprendre une respiration normale, ses cheveux roux lui collant au visage. Un petit être se posait tout contre sa poitrine. Les lèvres pincées, la femme retenait ses larmes. 

Leur fille venait de naître après plusieurs heures de travail acharnées. Elle posa sa main contre le dos du nouveau-né qui arrêta de pleurer en sentant son cœur battre. Elle lui embrassa le crâne, avec douceur. 

Ses deux hommes ne tardent pas à entrer dans la chambre, lorsqu’elle y est amenée. Chacun d’un côté du lit, ils touchaient les joues de la rousse qui souriait, fatiguée. 

 

“Plus jamais”, souffla-t-elle en fermant les yeux. 

 

Deux paires de lèvres lui caressaient les joues. 

 

“Merci pour tout”, Megumi lui caressait les cheveux en lui donnant plusieurs baisers sur la joue. 

“T’es la meilleure”, dit alors Yuuji en lui prenant la main et alternant entre un bisou sur le dos de celle-ci et sur la joue. 

 

Leur petite fille était brune aux yeux marrons, en bonne santé selon le médecin. 

Megumi la tenait dans ses bras, observant alors la mère sortir des toilettes, en grinçant des dents. Yuuji se précipita alors pour l’aider à rejoindre son lit. Elle refuse d'abord, puis, en sentant ses jambes trembler dangereusement, elle attrape son bras. 

Megumi les regardait faire avec attention. 

 

“Il faudrait peut-être lui donner un prénom ?”, demanda le brun en retournant son attention vers la petite qui avait les yeux fermés. 

 

Ils le regardaient alors.

 

“On a décidé du nom.” 

 

Megumi fronçait ses sourcils. 

 

“Sans moi ?”

 

La rousse s'allongea et lui tendit le bras, touchant son genou. 

 

“Ouaip. Dis lui Yuuji.”

 

Ce dernier esquissait un sourire rayonnant. Il s'asseyait en tailleur au pied du lit, alors que Nobara se recroquevillait pour lui faire de la place. Le rosé se pencha et donna un baiser chaste sur les lèvres du brun qui fronçait encore plus ses sourcils. 

Qu'est-ce que...

 

“On a décidé qu’elle porterait le nom de Megumi.”

 

Il clignait frénétiquement des yeux. Avait-il bien entendu ?

 

“On a décidé ça bien avant de connaître le sexe de l’enfant. Parce qu’on s'était dit que l’on voulait un enfant qui porte ton nom. Sans grande raison.”

“Roh”, fait la rouquine en tapant l'épaule de Yuuji. “On a décidé ça parce qu’on voulait te faire justice, mais on a eu une fille alors tant pis. Fushiguro Megumi, tu verras que cette petite Megumi vivra remplie d’amour. Tu lui donneras tout ce que tu as pu souhaiter petit..!”

 

Une main contre le ventre du nouveau né, Megumi avait baissé la tête. Il n’avait pas besoin de réécrire son histoire à travers la petite. Car il savait déjà que l’avenir de cet enfant était plus radieux. Et le fait que ses deux amours aient pris la peine d'y penser…

Ses yeux picotent. 

 

“Ça me va.”

 

Sa voix tremblote et ses yeux sont vitreux. Mais il s'en fiche. Voir les deux êtres les plus chers à ses yeux rires et le prendre dans ses bras et sentir le fruit de leur amour tout contre son cœur lui suffisait amplement. 

Il n’avait pas besoin de réécrire son histoire. Il devait juste continuer de l'écrire, jour après jour, en compagnie de l’homme et de la femme de sa vie.