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Racine, Rivière et Pierre

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A présent que les deux cités retrouvaient progressivement leur lustre d'antan, les relations commerciales n'étaient pas les seules à se manifester. Des diplomates et des dirigeants de régions plus lointaines se faisaient également connaître et tâtaient le terrain à la recherche d'une alliance. Le fait que Bard avait trois enfants, par exemple, avait attiré l'attention et quelques demandes commençaient à venir, surtout pour Sigrid. Bard avait parcouru plusieurs de ces lettres, et bien que certaines propositions fussent hautement flatteuses, il ne se sentait guère rassuré à l'idée de laisser sa fille partir à l'autre bout de la Terre du Milieu, sans possibilité de lui venir en aide si les choses tournaient mal. Il décida de ne considérer que les prétendants qui accepteraient de se déplacer dans le Nord. Cela réduirait déjà la liste. Le même genre de cogitations se déroulait au conseil d'Erebor, concernant cette fois le traité d'alliance avec Dale, ainsi que l'avenir matrimoniale de Fíli, lequel s'en serait d'ailleurs bien passé. Les conseillers étaient d'avis qu'il fallait établir un contrat aussi serré que possible et ne donner que le strict minimum à Dale, tout en soutirant le maximum aux humains et aux elfes. Le roi leur fit remarquer avec le peu de patience qu'il lui restait que les humains et les elfes en question avaient mis le siège devant Erebor précisément à cause de ce genre de décisions.

- Mais leur avidité a coûté cher à notre peuple, objecta le grand argentier de Dáin, et ils nous doivent compensation !

Thorïn leva la main pour calmer le bonhomme, et Balin se dépêcha de prendre la parole pour éviter d'autres dérapages.

- Et nous en convenons bien volontiers ; puisque de sang il s'agit, le meilleur paiement ne serait-il pas justement d'unir les nôtres ?

Que n'avait-il pas dit là ! Le tollé fut tel que Thorïn dut ajourner la séance et mettre tout le monde – sauf Balin – dehors le temps que les esprits se calment. Les délibérations du conseil étaient censées rester secrètes, mais les nouvelles firent malgré tout rapidement le tour de la Montagne. Il est vrai que les éclats de voix des participants n'avaient guère contribué à la discrétion des débats. Et bien entendu, la population locale s'engagea immédiatement dans des spéculations et des paris sur celle qui pourrait devenir la prochaine reine consort.

- Sigrid, dit aussitôt Nori. C'est le seul choix logique. Et je suis sûr qu'elle acceptera avec assez d'empressement. Pourquoi se faire expédier au Gondor ou ailleurs chez quelqu'un qui voudra épouser la fille du seigneur de Dale, mais qui se contrefichera totalement de ce qu'elle souhaite, qui l'empêchera de tirer à l'arc parce qu'une dame comme il faut ne fait pas ça, qui sera et qui restera sa vie durant un parfait inconnu et qui la jettera dehors si elle n'arrive pas à lui fournir un héritier ? J'ai assez voyagé, et je les connais, les humains de là-bas. Ils traitent leurs femmes comme une vulgaire monnaie d'échange.

# #

Si les vieux conseillers revenus d'exil avaient l'habitude de discuter du mariage des princes comme s'il s'agissait d'acheter des poneys reproducteurs, Thorïn jugea plus prudent d'aller voir Fíli pour lui toucher deux mots de toute l'histoire, plutôt que de le laisser apprendre les décisions le concernant par la voie officielle. Son neveu était assis sous la lampe de l'atelier qu'il s'était installé non loin de l'établi de Nori, entrain de fixer une boucle sur une pièce de sellerie. Thorïn le regarda travailler un instant, appréciant la précision avec laquelle Fíli s'appliquait. Puis il avança dans la pièce, son pas bancal attirant l'attention de Fíli.

- Bonsoir mon oncle ! lança-t-il avec le sourire. Presque fini, ajouta-t-il en soulevant son ouvrage.

- Beau travail, approuva Thorïn. Je peux te prendre quelques minutes ? Fíli lui désigna un siège puis il déposa ses outils sur l'établi et fit face à son oncle.

- Si tu viens me voir après le conseil, c'est qu'il a été question de ma petite personne, et je me doute du sujet abordé. Je vais devoir me marier, n'est-ce pas ?

Son oncle hocha la tête. Fíli avait toujours été un peu trop futé pour son propre bien. En d'autres circonstances, sa mine défaite aurait été plaisante, mais en l'occurrence, Thorïn n'avait guère le cœur à rire. Lui-même avait failli se retrouver dans la même situation autrefois, et seule l'arrivée inopinée du dragon lui avait évité de se voir piégé dans un mariage purement politique.

- Je pourrai au moins les voir avant qu'on m'en choisisse une ? demanda-t-il, résigné.

- Je te promets que je ne te forcerai pas la main, assura son oncle. Si tu as déjà quelqu'un en tête, ou que tu ne souhaites simplement pas te marier maintenant...

Fíli haussa les épaules avec un sourire triste. Il serra la main de Thorïn puis se redressa légèrement.

- Il faut bien que l'un de nous deux se dévoue, et je crois que tu en as assez fait pour nous tous depuis très longtemps, dit-il. Il est temps que je prenne un peu mes devoirs au sérieux.

Mais, contredisant cette bonne résolution, il laissa son oncle le prendre dans ses bras et resta un long moment le nez dans la fourrure qui bordait le manteau du roi, comme il le faisait quand il était enfant.

- J'ai bien une idée pour arranger notre diplomatie, finit par dire le jeune Nain une fois qu'il eut quitté cette étreinte rassurante, mais je crains de faire grincer beaucoup de dents.

- Au point où nous en sommes, je ne crois pas que cela fasse une grosse différence, dit Thorïn avec un haussement d'épaules. Et puis, si cela te convient… mais demande-lui son avis quand même ! Les corbeaux n'attendent que toi.

# #

La demande arriva sur le bureau de Bard dans les heures qui suivirent, en même temps qu'une lettre plus personnelle à l'attention de Sigrid. L'une comme l'autre furent très attentivement lues et relues sous toutes les coutures. L'archer hésitait un peu à présenter la requête de Fíli devant ce qui tenait lieu de conseil à la ville de Dale, car tout le monde n'était pas prêt à voir des unions mixtes à sa porte. Il y eut, comme il le craignait, pas mal de tintamarre lorsqu'il se résolut à révéler la demande du prince. Certains opinèrent immédiatement, arguant qu'il était grand temps de resserrer les liens entre les deux royaumes, d'autres demandaient à étudier le futur contrat de mariage, un petit groupe bramait qu'il fallait ouvrir d'autres horizons à Dale en acceptant une offre venant du Sud… C'était à rendre sourd un elfe.

- Je vais le faire, lança une petite voix au milieu du vacarme.

Sigrid était obligée de lever la main pour se faire remarquer au milieu de l'assemblée. Le silence revint progressivement, et elle sentit ses joues s'enflammer.

- Vous êtes sûre de votre décision, princesse ?

Encore une manie qu'elle détestait, ce nouveau titre dont tout le monde faisait usage pour mieux passer la brosse à reluire sur les bottes de son père.

- Une fois la demande acceptée nous ne pourrons plus nous dédire.

Et c'est parfait. Pour une fois que je peux faire ce que je veux sous couvert de servir les intérêts de la cité...

La réponse repartit très rapidement vers la Montagne et à dire vrai, Bard ne fut que très moyennement surpris de voir Fíli se présenter le lendemain devant sa porte, reluisant comme un sou neuf, et la mine guère assurée. Au moins Bain et Tilda ne lui feraient pas les gros yeux pendant qu'il tentait de courtiser leur sœur, ni ne se livreraient à des blagues idiotes, chose que Sigrid semblait redouter par-dessus tout.

- C'est clair que tu pourrais faire pire, opina Bain quand sa sœur aînée lui rappela les règles en vigueur. Lui, au moins, on est sûrs qu'il ne t'épousera pas pour grimper dans la société.

Sigrid eut un rire sans joie.

- Oui. J'échapperai à ça. Mais même si on s'entend bien... ça ne garantit pas... Enfin, au moins on sera de bons amis.

# #

Nori était très content de voir sa prévision se réaliser, mais pour une fois il avait refusé de parier. L'ex-voleur avait de curieux principes, et ne jamais gagner – ou perdre – de l'argent sur la vie privée d'un camarade en faisait partie. Il en dépensa pour vider deux chopes en l'honneur du futur couple en compagnie de Dwalin. Ce dernier n'avait pour le moment pas d'avis sur la question des mariages mixtes, bien que la fiancée disposât d'un certain capital sympathie pour avoir combattu pendant la bataille des Cinq Armées.

# #

Sigrid découvrit que les fiançailles n'allaient pas être de tout repos. Depuis qu'elle avait accepté l'offre du prince, elle passait le plus clair de ses journées à apprendre le khuzdul, l'histoire des Nains et leur culture. Cela représentait plus de travail académique qu'elle n'en avait jamais effectué durant toute sa vie, mais elle s'attela à la tâche avec la ferme intention de ne pas démériter, ni se couvrir de ridicule. Certaines mauvaises langues persiflaient déjà, pourtant, et pestaient contre un mariage totalement hors-normes.

- Des nèfles, tout ça, lâcha Dwalin en haussant les épaules quand Sigrid s'inquiéta de ces médisances. Durin est le seul père des Nains qu'a pas eu d'épouse créée pour lui. L'a bien fallu qu'il se trouve une femme quelque part, non ? Il les a pas faits tout seul, ses enfants, et il les a pas sortis de la pierre non plus. Pah ! Tout le monde sait que l'arbre généalogique de la famille est truffé d'humains.

- Du côté de ma mère aussi, renchérit Thorïn. Nous ne serions pas aussi grands, sans cela, et nous n'aurions sûrement pas ce nez, ajouta le Nain en tapotant un appendice nettement plus long et plus fin que la moyenne.

Sigrid se sentit d'un coup beaucoup plus à l'aise. Thorïn, en revanche, allait vite se trouver dans une situation guère confortable.

# #

Dis était entrain de le rendre fou. Presque chaque semaine elle revenait à la charge pour lui demander - exiger plutôt - qu'il se trouvât une épouse pour engendrer un héritier direct. Outre le fait que le mariage ne le tentait absolument pas (à une exception près, et celle-ci rendue impossible par le jeu diplomatique), prendre femme ne garantissait absolument pas qu'il eût un jour des enfants. Les couples stériles étaient hélas nombreux chez les Nains, et contracter une union avec une personne qui ne serait pas votre âme-sœur augmentait encore ce risque. D'autre part, Thorïn avait un sens de l'honneur très poussé qui lui interdisait de condamner une fille de son peuple à un mariage dépourvu de toute affection. Sans compter que toutes les filles nobles en âge de se marier étaient bien plus jeunes que lui, et celle qui l'épouserait passerait sans doute la plus grande partie de sa vie à l'état de veuve. Et il refusait de reléguer officiellement Billa au rang de vulgaire concubine. Elle était sa femme en tout, sauf en titre, et jamais il ne la remplacerait, d'une façon ou d'une autre. Cela le minait vraiment, réalisa Balin, et le vieux conseiller se dit qu'un petit séjour "diplomatique" hors de la Montagne ferait le plus grand bien à son roi et protégé. La présence des enfants d'Esgaroth et des alentours allégeait quelque peu le poids qui pesait sur les épaules de Thorïn, mais cela ne suffisait pas à le protéger du harcèlement continuel qu'il subissait. Même Bard, ses blagues et sa réserve de fine n'y suffiraient pas.

Devant l'apathie de son frère, Dis décida d'aller interroger le reste de la bande sur les intentions réelles du souverain. A sa grande déception, Fíli se révéla aussi peu bavard que son oncle. Balin prétendit être trop occupé par la volumineuse comptabilité des mines. Les trois "frères Ri" étaient totalement dévoués au roi, chacun à sa façon, et elle ne fréquentait pas Bofur et Bombur. Elle alla donc s'attaquer à Gloín. Le trésorier pouvait se montrer excessivement bavard si on le prenait avec assez de tact. Quelques heures plus tard, la princesse traversait les couloirs d'Erebor aussi vite que sa stature le lui permettait, en direction des quartiers qu'occupait son frère. Il avait le nez dans un volumineux dossier commercial quand Dis fit irruption dans son bureau avec la vigueur d'une petite tornade. Voilà qui n'annonçait rien de bon. Thorïn reposa les parchemins pour faire face à l'intrusion.

- Que puis-je faire pour toi ?

- Je souhaitais t'entretenir de l'avenir de notre famille, dit sa sœur.

- Il est bon que tu t'en soucies. Ton fils va bientôt se marier et tu manques à tes devoirs en négligeant l'instruction de la future princesse.

- Je te parle de ton mariage, Thorïn. Tu as des héritiers mais un fils de ta lignée est nécessaire pour renforcer notre position.

Il leva les yeux au ciel aussi peu discrètement que possible.

- Pour une fois, nous avons un peu de chance, reprit-elle sans prêter attention à son expression. Les Collines de Fer ont trois filles en âge de se marier.

- Non, marmonna Thorïn sans relever les yeux du rapport qu'il s'était remis à lire.

Dis laissa échapper un soupir exaspéré.

- Tu ne les as même pas encore vues, pour l'amour des dieux !

Une petite volute de fumée s'échappa de la pipe de Thorïn.

- Pas besoin, dit-il, laconique.

Dis fit appel à toutes ses réserves (en chute libre) de patience et plaqua un sourire conciliant sur son visage avant de lister les avantages politiques d'une telle union. Elle dut vite reconnaître qu'il ne l'écoutait pas. Parler mariage amenait certes une mine rêveuse sur le visage de son frère, mais elle doutait que ce fût à la perspective d'épouser une quelconque sujette de Dáin.

- Dois-je te rappeler, dit-elle avec tout le miel qu'elle put rassembler, que tu as un devoir envers ton peuple, et que tu ne dois pas t'en laisser distraire par une petite aventure sur le bord de la route ? Tu es le roi, tu dois prendre une épouse parmi les tiens.

- Justement, il me semble avoir fait plus que mon devoir envers mon peuple, coupa sèchement Thorïn. Il serait peut-être temps que je pense un peu à ma personne. Alors je vais poser ton équation dans l'autre sens, ma chère sœur : si je ne suis plus roi, qu'est-ce qui m'empêche de garder ma « petite aventure » avec moi ? D'autant que nous avons une fille, je te rappelle. Ta nièce. Que tu n'as pas encore vue.

Sa sœur en resta muette de surprise, puis s'avança avec précaution.

- Tu es sûr... d'être dans un état normal ?

- Hein ? Oh oui. C'était juste une question rhétorique. Un cas d'école.

- J'espère bien que ça le restera, dit la princesse avec humeur.

Thorïn leva la main en un geste apaisant. Il valait mieux qu'elle le crût battu, pour le moment. En ce qui le concernait, la question n'avait rien de théorique.

- Et je veux aussi voir des invitations partir pour les Monts de Fer, conclut-elle avant de quitter la pièce en claquant la porte.

Il se massa doucement les tempes pour chasser la migraine. Pourquoi avait-il fallu que Dis héritât du tempérament de leur grand-père Thrór plutôt que celui de leur mère ? Il quitta son siège en soupirant péniblement pour ramasser les papiers que la sortie fracassante de sa sœur avait éparpillés sur le sol.

# #

Fíli se trouvait dans son atelier en train de bricoler avec Nori lorsque la rumeur lui parvint que sa mère avait fait une scène au roi. Laissant son vieil ami à ses outils, le jeune Nain remonta dans les quartiers familiaux après s'être rapidement débarbouillé à la première fontaine qu'il rencontra sur son chemin. Il trouva son oncle enveloppé dans une épaisse fourrure, assis près du feu qui ronflait dans la cheminée.

Encore une rechute, songea Fíli en observant les lèvres pincées et les cernes sous les yeux du roi.

Celui-ci lui fit signe de prendre place. Fíli s'assit près de la chaleur réconfortante du foyer. Les hauts-fourneaux n'avaient pas encore tous redémarré faute d'ouvriers, et les flux d'air chaud qu'ils devaient générer faisaient toujours défaut à la montagne et à ses habitants.

- J'ai cru comprendre que Mère t'avait rendu visite, risqua le prince en guise d'introduction.

Son oncle haussa les épaules en émettant un grognement.

- Mis en état de siège serait plus juste, dit-il sans quitter le feu du regard. Comme à chaque fois que je retombe malade. Elle croit sans doute que ça me rend plus sensible à ses arguments.

- Elle veut toujours t'obliger à te marier ?

- Et donner d'autres héritiers à la lignée de Durin. Comme si je pouvais... marmonna Thorïn.

- Euh... mon oncle ?

Fíli avait questionné Oín en long, en large et en travers pendant des heures après la Bataille des Cinq Armées, et jamais le vieux guérisseur n'avait mentionné ce type de problème. Thorïn surprit son expression et laissa échapper un petit rire.

- Nah, pas ça, reconnut-il en expédiant une légère tape sur la tête de son neveu. Mais d'un point de vue politique autant que personnel, ce serait parfaitement désastreux, d'après moi.

Fíli haussa un sourcil puis, voyant son oncle passer en mode "professeur", se cala dans son fauteuil pour l'écouter.

- Pour commencer, dit Thorïn, je suis vieux... bon, disons plus très jeune, corrigea-t-il en voyant l'expression dubitative de Fíli, et pas en très bonne santé non plus. En admettant que je me marie maintenant et que j'aie un enfant rapidement, il aura tout juste atteint sa majorité à ma mort, ce qui le laissera dans une position peu stable, n'ayant pas eu beaucoup de temps pour faire ses preuves... S'il était encore mineur, tu deviendrais forcément son régent et tu devrais faire face à toutes sortes de charmantes petites rumeurs : "Oh, il dirige bien le royaume mais quand viendra l'heure de rendre le pouvoir au roi légitime, va-t-il céder la place, ou se débarrasser de son cousin pour continuer à régner seul ?" Tu vois le tableau.

Fíli hocha la tête.

- Par ailleurs, si je prends femme, toutes les familles nobles des Monts de Fer et d'ailleurs vont se livrer à une guerre de tranchées pour qu'une de leurs filles soit choisie. Quel que soit le résultat, nous nous ferons des ennemis de tous ceux qui s'estimeront lésés par mon choix. Il soupira profondément.

- Enfin... ce ne sont là que des jeux d'esprit. Il n'y aura pas de reine sous la Montagne tant que tu ne seras pas couronné, avec Sigrid à tes côtés. J'ai déjà trouvé la personne qu'il me faut, mais je ne pourrai jamais en faire officiellement ma reine, ni légitimer notre fille...

- Je sais, dit Fíli avec chaleur. Et tout le monde le regrette. Sauf ma mère et deux ou trois têtes de mules, apparemment.

Thorïn esquissa un sourire.

- Je compte me rendre dans l'Ouest pour rencontrer quelques partenaires commerciaux potentiels, dit-il. Cela signifie une absence de plusieurs mois au minimum.

- Ça devrait aller, décréta son neveu.

Thorïn arqua un sourcil.

- Tu sais ce que ça induit pour toi ?

- Euh... de tenir la Montagne pendant ton absence ? suggéra Fíli, soudain moins assuré.

- Et pour le restant de ta vie, asséna le roi. J'ai fait ce qu'il fallait pour assurer cette couronne. Je n'en ai plus besoin, et elle n'a plus besoin de moi non plus.

Fíli se pencha en avant et serra les mains de son oncle.

- Mais moi j'ai encore besoin de toi. Tu m'as servi de père pendant toutes ces années, et je ne suis pas... enfin...

- Je n'ai pas l'intention de m'exiler pour toujours dans la Comté, bougre d'idiot, dit Thorïn en lui donnant une petite tape sur la pommette. Disons que je serai... un genre de conseiller. Jamais complètement absent. Je pense que tu es plus que prêt à prendre la suite, dit Thorïn. C'est la seule solution possible. Physiquement, je suis à bout, expliqua-t-il sans tourner autour du pot. Ton mariage fera une excellente occasion.

Son neveu hocha lentement la tête.

- Alors c'est parfait.