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De si jolies demoiselles à marier

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- Mesdemoiselles, nous allons accueillir deux nouvelles camarades.

La sœur leur parlait avec son sourire doux alors qu'elle s'adressait à ses jeunes élèves. Ce n'était pas des élèves ordinaires. Six jeunes filles étaient alignées, leurs majordomes personnels dans leur dos. Elles étaient de riches héritières, en terminale.

À la fin de la phrase, les deux jeunes filles en question firent leurs entrées, flanquée de leurs majordomes.

- Robin et Nami, de la famille Nico, feront parti des vôtres, désormais.

- Nous sommes enchantées de faire votre connaissance, firent-elles d'une même voix en se plongeant d'une révérence.

Leurs bureaux furent installées côte à côte, auprès de Mei qui les salua gaiement.

Les jumelles se mirent au travail avec application, sans un regard vers leurs domestiques qui se fusillaient du regard. Ils étaient maintenant obligés de se supporter quotidiennement.

- Je m'appelle Mei Shinonome ! Se présenta la brune avec un grand sourire. Nous sommes dans le même dortoir, Ombra, non ?

- Si, effectivement, répondit Nami.

Les présentations se furent et Nami se fit bien vite adoptée, grâce à son tempérament proche de celui de Tami et de Mei. Robin était un peu trop semblable à Izumi pour être totalement acceptée. Elle allait devoir faire ses preuves, donc.

Elle lâcha un soupir, avant qu'un épais ouvrage ne lui tombe sur les genoux.

- Merci Zoro.

Ce dernier grommela avant d'aller rejoindre les autres majordomes qui le regardèrent, ahuris par son geste si rustre. Bien que ça ne semblait pas gêner sa maîtresse qui débuta sa lecture avec un petit sourire flottant.

Mais les majordomes préfèrent se tourner vers leurs nouveaux confrères qui étaient des plus étranges par leur comportement bien différents. Que ce soit entre eux, ou comparé aux leurs.

- Je m'appelle Kiba. Ma maîtresse est Izumi Ryuonji.

- Sanji Roronoa, majordome de mademoiselle Nami, fit-il d'une voix enjouée.

- Zoro Roronoa, au service de Robin, déclara abruptement celui aux cheveux verts.

- V… vous êtes frères ?! Firent la plupart des hommes.

- Malheureusement, répondirent-ils en regardant dans une direction opposée à celle de l'autre. Et jumeaux.

« En un sens, les filles Nico sont dans le même cas... » pensèrent les majordomes.

- Zoro ? L'appela sa maîtresse.

Il grogna pour lui répondre, tout en s'approchant d'elle, les mains dans les poches. Quand il fut à sa hauteur, elle se fendit d'un sourire plus large et leva un peu la tête pour pouvoir regarder son majordome. Ils parlèrent suffisamment bas pour que nul ne perçoive leurs propos. Malgré que le domestique aux cheveux verts ne soit en rien aimable, aucune tension ne semblait les auréoler. Comme si… Comme si c'était une relation parfaitement normale. Comme si c'était tout ce qu'il y avait à attendre.

Nami, elle, fut beaucoup plus bruyante lorsqu'elle s'agressa à son serviteur qui lui répondit sur un ton très étrange qui agrandit la confusion des autres majordomes. C'était normal l'espèce de petite danse personnelle et la voix servile ? Ou bien était-ce un caprice d'héritière ? Ce n'était jamais sûr dans ce genre de situation…

- Nami, calme-toi un peu, lui conseilla sa sœur. Nos camarades vont avoir mal à la tête.

- Tu crois ?

Mei et Fujiko prétendirent que non, par pure politesse, mais il fallait dire que le débit de la jeune fille était plutôt impressionnant. Est-ce qu'elle respirait, au moins ? Même pas sûr…


Robin soupira d'aise lorsque la porte de sa chambre fut refermée par Zoro. Enfin seuls ! Loin du regard de ses condisciples et de leurs majordomes, des sœurs et des autres membres du pensionnat.

Malgré qu'elle s'eut vite fait une raison, elle détestait être sous l'attention de qui que ce fut, a fortiori de futures héritières.

Malgré que sa sœur et elle soient les uniques enfants de leurs parents, elles n'hériteraient ni du cabinet d'avocat de leur mère, ni de la fructueuse entreprise de leur père. En effet, la première irait sans doute à leur tante maternelle – qui avait deux garçons – et la seconde sera soit à l'un des futurs gendres, soit à leurs cousins paternels.

Ce qui avait été construits par les hommes restait aux mains des hommes.

En peu de gestes, elle se libéra de ses chaussures et de sa robe, récupérés par Zoro qui s'empressa de les installer pour le lendemain. Elle se retrouva donc en sous-vêtements, s'étirant de tout son long avec des petits bruits de satisfaction. Que c'était plaisant !

Elle dut s'arrêter lorsque sa nuisette lui retomber sur la tête, lancée par Zoro qui lui indiqua la salle de bain.

- Dis tout de suite que je pue, râla-t-elle.

- Je dis surtout que tu es fatiguée et d'arrêter de jouer les nymphettes.

Il lui suffit d'un regard pour qu'elle obtempère, enfilant le vêtement et allant se laver les dents. Elle se glissa dans son lit, réprimant difficilement ses bâillements et recevant un sourire moqueur.

- T'es une sale gamine, Robin, se moqua Zoro.

Il s'assit sur le bord du lit, lui plaçant une pichenette sur le front.

- Et toi, tu fais des rimes de poète à deux sous, répliqua-t-elle en se frottant le front.

- Bref, te prends pas la tête avec ces fillettes. Si tu n'arrives pas à t'entendre aussi bien que ta sœur, ce n'est pas grave. L'intérêt n'est pas là.

Robin fronça le nez en une moue contrariée et tira à plusieurs reprises son haramaki vert, comme si elle cherchait à tester son élasticité.

- Arrête ça, ordonna son majordome.

Mais sa voix n'avait aucune conviction, donc elle continua.

À être enfermé dans leur tour d'ivoire, chez leurs parents, les jumelles avaient des difficultés à se sociabiliser et à créer des liens. La santé fragile de leur mère – particulièrement suite à leur naissance – leur avait empêché de côtoyer de nombreuses fêtes et autre conventions sociales liées à leurs rangs.

Étrangement, leur peu de sorties avait attisé l'intérêt des prétendants qui firent rapidement crouler leur père sous les demandes en mariage.

On les disait délicates et pleine de charmes, intelligentes et avisées. Et, surtout, on parlait de leurs conséquentes dots qui en raviraient plus d'un. Il fallait bien une base solide à cet intérêt.

La main épaisse du majordome se plaça sur celle fine de la demoiselle pour la faire avec.

- Tu ferais mieux de dormir. Les premières semaines sont toujours les plus longues et si tu es fatiguée, tu vas ressembler à un affreux zombi.

Il évita l'oreiller avec la force de l'habitude, faisant rire la jeune fille.

- Tu as raison, bonne nuit Zoro.

- Fais de beaux rêves Robin.

Il éteignit la lumière et ferma la porte, soupirant une fois seul.