Actions

Work Header

Like real people do

Chapter Text

Young and free and she can't feel it 


 

Je vais mourir…

Cette pensée ne faisait que se confirmer à mesure que le temps passait. Elle était désespérée et accablée. Elle regarda le ciel rose pâle devenir bleu.

Cher journal,

Jour quatre sur la mer et je vais mourir. Prévisible parce que je ne suis pas une navigatrice.

Comment finissait-on un journal ? On lui disait au revoir ? On ne disait rien ? Elle n'avait strictement aucune idée parce qu'elle n'avait jamais tenu de journal dans sa vie passée et présente. Et puis pourquoi se posait-elle cette question. Ce n'était pas comme si elle avait un journal non plus.

Mais revenons à nos moutons :

Elle allait mourir.

Elle passa une langue pâteuse sur ses lèvres craquelées et grimaça quand elle sentit le goût cuivré du sang. Allongée sur sa barque, elle n'avait plus la force de se relever après avoir passé trois jours à pagayer. Les rayons du soleil étaient forts au zénith, et Anabelle ne doutait pas qu'elle allait mourir d'une combustion spontanée dans les prochaines minutes.

Elle était seule, affamée, déshydratée et perdue en mer après tout. La mort l'attendait au tournant maintenant.

Maman… Pourquoi m'avoir forcé à partir ?

Elle voulait mourir.

A quoi bon vivre si elle ne savait pas pourquoi elle le devait. A quoi bon vivre quand on avait tout perdu ? A quoi bon vivre quand on n'avait aucune raison ? Pourquoi lui refusait son droit le plus fondamental ? C'était sa vie ! Elle avait droit de la gâcher comme elle le voulait.

J'aurais dû rester, mourir avec les autres.

C'était une belle journée pour mourir: le ciel était bleu, pas un nuage à l'horizon nota-t'elle faiblement, la journée s'annonçait chaude, comme elle les aimait, et la mer était calme. Mais si elle avait pu choisir comment mourir, elle aurait préféré autrement. Une mort indolore et calme, s'endormir pour ne jamais se réveiller, lui semblait être une meilleure option que cette atroce faim qui lui rongeait le ventre.

Elle avait mal. Elle était fatiguée. Et c'était tout ce qu'elle méritait. (Sa faute, lui murmurait une petite voix au fond de sa tête.)

Mais surtout, elle était vide. Elle avait perdu une part d'elle quand on lui avait arrachée son île. Elle ne ressentait rien, rien d'autre qu'une simple pitié pour sa situation. Elle ne redoutait pas sa mort proche. Non, elle l'avait acceptée et d'une certaine manière elle était presque contente. Elle allait mettre fin à son calvaire.

Survis, Anabelle, survis. Elle entendait encore la voix de sa mère, comme un murmure dans le creux de son oreille.

Elle était si jeune, pas plus vieille que seize ans, et si fatiguée de vivre.

Je suis désolée Mae. Elle ferma les yeux. Je te reverrais bientôt.


"Ah !" s'exclama un jeune roux, s'attirant quelques regards interloqués. "Va me chercher la longue vue, il y a quelque chose sur l'eau." Il secoua son camarade qui jusqu'alors comatait tranquillement contre la rambarde à ses côtés. C'était qu'il ne se passait pas grand-chose sur le bateau ses derniers temps. Etonnant d'ailleurs, parce que leur capitaine complotait toujours quelque chose pour 'vivre l'aventure'.

"C'est peut-être un trésor." Ajouta-t'il après une seconde de réflexion, qui eut comme l'effet d'un coup de fouet sur le garçon au nez rouge.

"Hein ?! Trésor ?" Il se redressa et partit dans un déluge de mots et de cris d'excitation pour revenir à peine une minute plus tard.

"Où ça ?" Il regarda de droite à gauche plusieurs fois avant de se focaliser sur un point. "Oh ! Je le vois !" Il plissa un peu des yeux. "C'est …. une barque !"

Les deux garçons se regardèrent le sourire jusqu'aux oreilles et puis-

"Cap'tain !"


Elle était née une nuit de pleine lune d'une mère aux cheveux écarlates et d'un père aux cheveux bruns. Ils s'appellaient Izabelle Lépicier et Chomei Izu, elle s'appelait Anabelle et elle était le fruit d'un amour déconseillé entre une native et un rescapé.

Mais, elle se souvenait encore d'un sourire chaleureux et d'une douce voix baritone qui n'appartenaient à aucuns des deux. Il lui fallut six ans pour comprendre cela. Six longues années et une expérience de mort imminente -incluant une grosse vague, un rocher et sa tempe droite- pour comprendre qu'elle n'avait pas été qu'Anabelle mais aussi Marion. Elle avait eu une sœur et un frère, deux parents aimants, un adorable chien (qui ressemblait un peu à un rat). Son coeur se serra un peu à leurs évocations, une part d'elle, celle qui était toujours Marion, n'avait pas encore fait son deuil. Mais le plus important : elle était morte à 26 ans en tombant sur un rocher. (Saloperie de rocher.)

Réincarnation.

Elle aurait pu se croire dans un livre (après tout, c'était typiquement un scénario de fanfiction de Naruto) mais c'était exactement ce qu'il s'était passé. Elle était morte et puis elle s'était réveillée dans le corps d'un enfant dans un monde qu'elle ne connaissait pas. Un monde terriblement nouveau. Il lui fallut un long moment avant qu'elle ne se remette de ses souvenirs, une des nombreuses choses que ses parents attribuèrent à sa presque mort. Elle était hantée par des images qui n'avaient aucun sens pour cette réalité.

Était-elle réellement morte ? N'était-ce pas là un simple rêve, une simple hallucination due à son coma ? (Elle avait dû tomber dans le coma après que son crâne ait rencontré le rocher.) Ele n'en savait rien. Tout ce qu'elle pouvait faire était attendre et voir; peut-être qu'elle se réveillerait, peut-être pas...

Les natifs de son village avaient les cheveux rouges écarlates, comme le sang frais, ce qui contrastait particulièrement bien avec la couleur café de leur peau et leurs yeux vairons. Tout le monde avait ces particularités; son grand-père les avait, sa mère les avait alors pourquoi elle ne les avait pas? Elle ne pouvait s'en prendre qu'à son père, dont elle avait malheureusement hérité de ses cheveux aubruns et d'un ton de peau légèrement plus clair. Elle, qui avait toujours voulu avoir les cheveux rouges, pouvait aller se faire voir, il semblerait.

Toshi, l'île sur laquelle elle vivait (parce que c'était une île et non plus un continent), était douloureusement belle. Elle était florissante de végétation, en grande partie de grands arbres, recouvrant les deux-tiers de l'espace. Et, au lieu de la détruire, les natifs avaient ingénieusement construit leurs habitations pour qu'elles soient en harmonie avec la nature: on vivait dans les arbres. Les maisons convergeaient vers un point suivant de grandes lignes droites et étaient connectées entre elles par un système de ponts suspendus et de poulies. Un peu comme une toile d'araignée, en soi.

Toshi était localisé quelque part dans la Calm Belt, au nord de West Blue (quelque part au fond d'elle, une alarme s'était déclenchée mais elle n'avait pas eu le temps pour une rétrospection) et les natifs et elle, étaient nommés les Toshinois, facilement reconnaissable par leurs particularités.

Se souvenir de sa vie passée avait certainement eu d'autres conséquences. Notamment, elle avait mûrit à vitesse grand V. (Encore une chose que ses parents attribuèrent à sa presque mort). En effet, la maturité vient avec l'expérience et l'âge (généralement…). Alors après avoir été responsable pendant les douze dernières années de sa vie en tant que Marion, comment pouvait-elle ne pas l'être ici ? Elle s'était assagie, elle s'était calmée, elle s'était affirmée, elle était soudainement devenue l'enfant le plus intelligent de son village. En soit, elle avait changé.

Et les enfants gèrent mal le changement.

Étant initialement une paria aux yeux de son village, elle était l'enfant d'un rescapé de la mer et on n'acceptait pas vraiment les étrangers ici, elle s'était vite retrouvée un peu plus isolé. Et son problème de mémoire n'avait pas aidé.

Ce n'était pas quelque chose de particulièrement visible, elle était l'enfant d'une native et une Lépicier, mais il suffisait de savoir où regarder pour s'en rendre compte. Les enfants l'incluaient de moins en moins dans leurs jeux, certains citoyens la regardaient froidement, certaines mères n'osaient pas la regarder dans les yeux. On l'évitait alors qu'elle n'avait rien fait de mal.

Ils avaient juste peur du sang d'étranger qui coulait dans ses veines.

Mais cela ne la dérangeait pas. Elle ne voulait pas jouer à 'Attrape-moi si tu peux' avec eux, elle n'avait pas besoin de se faire percer les tympans avec leurs cris joyeux et voir à quel point leurs stupides faces pouvaient encore plus se déformer à cause de leurs stupides sourires et-

Qui essayait-elle de convaincre ? Elle était incroyablement seule.

Mais vers qui pouvait-elle se tourner ? Ses parents ? Quelle blague; son père était la raison pour laquelle elle était exclue. Cela ne ferait que le blesser. Sa mère, quant à elle, était trop occupée avec ses obligations en tant que main armée du Perze, leur suzerain, pour prendre le temps de s'occuper des peines de cœur d'une enfant.

Une part d'elle voulait s'en prendre à son père, c'était sa faute, non ?, mais l'autre part, la part raisonnable et compréhensible promptement surnommée Marion, savait qu'elle ne pouvait pas lui en vouloir. Ce n'était pas sa faute.

Elle avait bien essayé de s'occuper au travers des livres. Cela ne durait jamais longtemps. Les humains étaient des êtres sociales, ils leurs fallaient rencontrer, échanger avec d'autres personnes pour évoluer. Et comme tout être humain, elle avait besoin d'échanger avec des gens.

Je suis juste tellement seule.


Ce problème se retrouva résolu la semaine suivante avec l'arrivée renversante (littéralement) de Nam-Sah, une enfant de trois ans sa cadette qui ne comprenait pas le sens des mots 'non' et 'laisse-moi tranquille', ainsi que de son sourire rayonnant.

Et depuis ce jour, son monde jusque-là terne, se tacheta de couleur.


"Tu vas au festival avec Nam-Sah, ce soir ?" lui demanda Izabelle, alors qu'elle finissait de lui dessiner des kahlishs, les symboles protecteurs de l'odalisque Merilna, sur le dos.

Une coutume de Toshi était qu'à chaque solstice lunaire (il y en avait quatorze car il y avait étrangement sept lunes dans ce monde), on dansait autour d'un grand feu en portant les symboles de l'odalisque associée à l'astre.

"Oui, sinon elle va encore me faire une crise" Anabelle prit le temps de s'observer dans le miroir, tournant sur elle-même pour admirer la fluidité de sa jupe. Izabelle fredonna légèrement en réponse. Mon corps commence à changer, nota-t'elle distraitement. Elle avait treize ans après tout, elle avait atteint l'âge bête, comme aimait souligner son père.

"Ne dis pas ça comme si ça te dérangeait, on sait tous que tu aimes ça." Anabelle fit la moue avant de se retourner vers son père, appuyé contre le cadre de la porte. Il avait l'oeil rieur, un sourire moqueur aux lèvres avant de s'adoucir. "L'encre blanche te va à ravir."

Le feu aux joues, Anabelle lui adressa un regard farouche avant de partir la tête haute sous les rires de son père.

"Chomei…Tu sais très bien qu'elle ne supporte pas les compliments" Soupira sa mère.

Son rire cristallin fut la dernière chose qu'elle entendit avant de sortir de leur petite hutte, placée à l'écart de la civilisation, pour rejoindre la jeune rousse qui l'attendait probablement déjà.

Trouver Nam-Sah fut aisée; bien qu'elle était petite, elle portait toujours les habits les plus colorés qu'elle pouvait trouver et puis sa tignasse de cheveux qui était plus rose que rouge avait tendance à se démarquer du lot.

Assise sur un rocher, la petite lui faisait de grand signe. Comme prévu, elle portait une top vert pâle et jaune avec une jupe dans les mêmes tons, des kahlish vertes foncées sur la peau, et tellement de bijoux qu'elle s'étonnait que son cou ne se brise pas sous leurs poids.

A première vue, Nam-Sah ne payait pas de mine. C'était une enfant, elle avait dix ans, elle était enfantine et têtue. Elle était la fille d'une des couturières du village. Elle avait deux dents de travers, un sourire asymétrique, des yeux marron et vert, des cheveux bouclés rouge pâle (voire rose pâle), un maniérisme particulier : elle s'exprimait avec de grands gestes et une étrange obsession pour les animaux mignons. Elle était plutôt insouciante et bruyante, aimait se démarquer et les bijoux.

C'était ce que l'on pouvait dire d'elle au premier abord. Elle était bien plus que cela.

Si Anabelle devait décrire sa cadette en un mot, elle dirait solaire. Elle semblait toujours heureuse, elle était pétillante et ouverte, chaleureuse et amicale. Elle était rayonnante de vie et elle en faisait profiter les autres. Elle avait toujours une opinion sur tout, que cela soit sur une simple couleur ou sur leur mythologie. Elle savait chanter, elle savait faire rire, elle était parfaite. Elle avait ses défauts et ses peurs mais… Elle avait ce don d'adoucir même les âmes les plus rancies par la vie.

A côté, Anabelle faisait pâle figure. Elle était plus froide, plus terre à terre, et plus mature, et plus calme. Elle était plus la rabat joie que la comique de service. Il était vrai qu'elle partageait ses centres d'intérêts sans intérêt comme les animaux mignons ou les marquages à l'encre indélébile sur la peau ou qu'elles partaient à « l'aventure » ensemble (qui pourrait qualifier l'exploration de leur île comme aventure quand il n'y avait pas de grand danger à proprement parler ?) mais, elle n'arriverait jamais à la cheville de la personne qu'était Nam-Sah.

« Enfiiin, ça fait une éternité que je t'attends ! » maugréa l'enfant quand elle arriva à sa hauteur.

Au moins. Anabelle souleva un sourcil.

« Nam, tu es encore essoufflée. »

Elle écarquilla des yeux, essayant de prendre une tête d'innocente, puis « Bien vu. » elle laissa échapper un petit rire abandonnant toute tentative de supercherie.

« Franchement, tu es une terrible actrice. » Elle esquissa un petit sourire devant la mine qu'elle affichait. Ses yeux brillaient d'une lueur espiègle. Oh oh, je suis dans le pétrin.

« Mieux vaut être une mauvaise actrice qu'une mauvaise cuisinière, non ? »

Bam dans ta face, Ana. « C'est arrivée qu'une seule fois ! Je suis une excellente cuisinière, tu le sais très bien. » Elle gonfla ses joues cramoisies, la faisant ressembler plus à un crapaud qu'autre chose. « Tu vas jamais me le faire oublier, hein ? »

Un grand sourire et- « Jamais. » la confirmation qu'elle attendait.

Nam-Sah regarda le ciel, lui saisit le bras et détala. « Allez, on va être en retard sinon ! »

Anabelle se retint de faire remarquer que le festival ne commencerait qu'à la nuit tombée et qu'il faisait encore jour. Non, elle préféra juste profiter.

"Faut qu'on aille chercher maman."

Anabelle grogna en réponse.

Elles arrivèrent au quartier marchand en un temps record. Un joli petit coin pour ceux qui savent apprécier l'esthétique minimaliste et épuré. Les arbres y étaient plus élevés dans cette partie de l'île alors on avait adopté le système des puits de lumière à intervalle régulier. Les maisons étaient réparties sous forme de plateau avec comme règle trois maisons pour un arbre.

Bien entendu, Nam-Sah vivait au dernier plateau. Pour s'y rendre, il y avait le choix entre les escaliers et le monte-charge, une chose bien plus dangereuse puisque ce n'était qu'une corde tournant en continue à laquelle on y avait accroché des planches. Mais tout ce qui était dangereux était fun dans le registre de son amie. Une chose qu'Anabelle ne comprendrait probablement jamais.

"Si tu tombes, je n'essayerais même pas de te rattraper." Je ne laisserais rien t'arriver Nam.

"Je ne tomberais, stupide, c'est toi la maladroite." Concentres toi sur toi, je peux me protéger. Nam-Sah eut un petit sourire en coin, elles sautèrent sur la première planche à apparaître.

Anabelle renifla. "Dit la fille qui trébuche sur de l'air."

Nam-Sah jeta sa tête en arrière et échappa un long grognement plaintif. "C'était qu'une seule fois." Elle l'a regarda du coin de l'oeil. "Tu ne vas pas me le faire oublier ?"

Anabelle sourit-"Jamais." -et prit soin de l'imiter.

"Et maintenant, tu m'imites. On dirait bien que je t'ai corrompue." Elle haussa ses sourcils suggestivement.

"Mon dieu, tu emplois des mots compliqués. On dirait bien que je t'ai corrompue." Anabelle tira sa langue en retour.

Elles sautèrent sur le dernier plateau et empruntèrent trois ponts avant de finalement atteindre la hutte de sa famille.

"M'man ! On est venues te chercher." Leur maison était un fouillis organisé: c'était le bordel mais les deux habitants savaient où se trouvait chaque chose. Des pans de tissu et des branches d'arbres tombaient du plafond, des dessins étaient collées aux parois, des livres et des plantes se bataillaient le bureau. A sa droite, elle pouvait observer un four et une marmite dont le contenu bouillait et répandait une odeur déplaisante dans la caverne. Ah, Aléria fait d'autres expériences culinaires. La jeune femme – grande, chignon désordonné, sourcils froncés par la concentration - était justement assise sur un canapé, penchée sur son travail, des mèches rouges cerises lui tombant dans les yeux.

A leurs arrivées, elle releva la tête et leur sourit chaudement. Anabelle sentit une certaine chaleur se répandre dans son ventre. Elle aimait bien Aléria, elle était douce et gentille et elle aimait de tout son cœur.

« Je vois que mes braves protectrices sont arrivées. » Nam-Sah piailla de joie et se précipita vers sa mère qui l'engouffra dans ses bras avec un rire léger. Anabelle resta figée dans l'embrasure de la porte ; son souffle, coincée dans sa gorge.

Un rayon de soleil se réfléchit sur un miroir et engouffra les deux personnes, créant une atmosphère chaleureuse, faisant étinceler les yeux d'Aléria qui regardait sa fille avec un tel amour qu'Anabelle avait l'impression qu'elle détruirait ce moment si elle respirait un peu trop fort.

Un pincement de jalousie étreignit son cœur. Ce n'était pas qu'elle n'était pas aimée chez elle mais… sa famille n'était pas la plus grande fan des démonstrations d'amour de ce genre. Et peut-être que c'était enfantin mais Anabelle aurait voulu connaitre des câlins tellement chaleureux qu'elle en fonderait. Anabelle était simplement jalouse et elle s'en voulait d'être jalouse. Nam-Sah ne méritait que ça.

Aléria leva ses yeux vers elle, un doux sourire aux lèvres, les yeux doux et chaleureux et- Anabelle retint sa respiration- elle écarta ses bras en une invitation silencieuse. Elle crut son cœur exploser.

Elle avait le choix, Aléria lui laissa le choix. Anabelle savait que si elle s'approchait alors, ces deux personnes deviendraient une part de sa famille et elle ferait tout pour eux. Elle regarda dans ses yeux noir et dorée pour y trouver sa réponse et-

Elle s'avança.


Elle ne savait pas quand Marion avait finalement considérer Izabelle Lépicier comme sa mère mais quand elle la voyait endormie sur un tas de feuille sur la table de la cuisine (les dessins qu'elle lui avait fait durant la journée, une douce chaleur se rependit dans sa poitrine), un halo de feu autour de sa tête, elle se rendit compte que cela n'avait que peu d'importance, elle était juste contente de ne plus être déchirée en deux à l'évocation de ce mot.

Elle aimait sincèrement et profondément sa mère.

Malheureusement, son père n'avait pas encore le droit au même traitement de faveur. Marion était une fille à papa après tout.


"Anabelle, mon ange, sais-tu pourquoi j'ai choisi de garder le nom des Lépicier ?" Avait demandé Izabelle à sa fille.

Anabelle était face à une tombe sur la falaise, le visage en larme et les lèvres tremblotantes. Ses sanglots n'étaient pas beaux à voir, elle hoquetait et reniflait, ses yeux, gonflés et fatigués.

Elle secoua la tête.

"Parce que les Lépicier sont forts, ce sont des survivants." Avait-elle dit en caressant les cheveux de sa fille. "Parce que nous endurons."

Anabelle continuait de pleurer face à la pierre tombale. C'était une pierre toute simple, grise, ne comportant qu'un nom et un prénom : Chomei Izu.

"Tes ancêtres sont forts, ton arrière-grand-père était très fort: un héros." Izabelle murmurait à l'oreille de sa fille, l'engouffrant dans un câlin bien nécessaire. Elle continuait de passer ses longs doigts dans ses cheveux, domptant avec soin la tignasse bouclée de la jeune. "Et nous devons l'être aussi."

Anabelle était encore trop nouvelle dans ce monde pour comprendre la vraie profondeur de ses paroles. "Pourquoi ?"

"Sèches tes larmes mon cœur." Soupira-t'elle. "Elles ne sont d'aucunes utilités pour ce monde." Une pause. Des doigts lui essuyaient ses joues. " Nous devons être fort comme nos ancêtres pour survivre."

Les yeux toujours larmoyants, Anabelle regardait sa mère. Elle était d'une beauté éthérée, de jolies boucles rouges, des yeux bleus vairons tristes mais sans larmes, un visage fin mais strict, une expression déterminée. Sa mère ne pleurait pas la mort de son mari et beaucoup l'aurait critiquée pour cela. Mais Izabelle était une femme forte, une combattante qui avait reçu l'enseignement de la Confrérie des Arts Mortels, elle ne pleurait pas.

Sa fille, à l'inverse, ne voyait aucun défaut en elle. Après tout, sa mère est la plus belle des femmes.

"Maintenant Anabelle, qui choisis-tu d'être ? Une Lépicier ou une Izu ?" Avait finalement demandé Izabelle agenouillée face à elle, lui cachant la tombe de son père.

Peut-être, qu'il fut un temps, il y avait eu un autre homme qu'elle avait nommé Papa mais c'était dans une autre vie et il était son père et elle l'aimait. Le passé n'avait plus sa place ici.

Anabelle planta son regard dans les yeux de sa mère, cherchant sa réponse. Elle l'a trouva, gravant à jamais sa destinée.


Douleur.

C'était tout ce qu'elle était capable de penser quand elle revint à elle. Sa tête pulsait comme un coeur alors qu'elle se recroquevillait sur elle-même. Ses pensées étaient éparpillées aux quatre coins de son crâne et elle n'arrivait pas à les regrouper. Elle avait faim et c'était bien la seule putain de chose dont elle était sûre.

Cela lui prit un certain temps mais Anabelle se rendit compte que ses yeux étaient toujours fermés et elle ne savait même pas si elle voulait les rouvrir. Bien qu'étrangement isolée, les ténèbres qui l'entouraient avaient le bon goût d'être calmantes, rassurantes, presque familière. Mais si elle voulait mettre les choses au clair, elle devait voir où elle était.

Elle inspira profondément, l'odeur de la mer et du bois étaient omniprésente, un bateau? et ouvrit ses yeux sur un plafond de bois.

Quoi ?

Étrangement, elle s'attendait à voir le ciel, à se trouver sur une barque parce que quatre jours avant-

"Alors comment t'sens tu ?"

Elle sursauta et se tourna vers la voix inconnue pour découvrir un homme -petit, blond, le sourire timide, les yeux fuyants- qui serrait entre ses mains, une boule?

"O-où suis-je ?" Sa voix était rauque et cassa à la fin. Elle grimaça à l'entente de celle-ci.

Il fit une grimace sympathique en retour.

"Tu devrais boire un peu d'eau." Il lui montra un gobelet posé à son chevet. Elle ne se fit pas prier. Quand le liquide atteignit sa gorge, éteignant sur son passage un feu dont elle ne s'était même pas rendu compte de sa présence, elle comprit finalement qu'elle avait terriblement soif.

"Ah." Elle tourna les yeux vers l'autre occupant. Il devint rouge pivoine. "J-je veux dire que vous avez déplacé l'aiguille de la perfusion et-"

Perfusion? Alors c'était ça qui lui piquait le bras depuis tout à l'heure.

"Je vais devoir vous la remettre en place et ça risque de faire mal et-"

"Respires." Elle l'interrompit, posant le verre. J'en reprendrais bien un peu. Elle fut surprise d'apprendre qu'il pouvait devenir encore plus rouge qu'il ne l'était déjà. Il baissa la tête et malaxa encore plus vigoureusement sa boule.

"J'chuis désolé, j'ai l'habitude de babiller quand je suis stressé." Elle souleva un sourcil et le regarda. Un long silence gênant s'en suivit.

"Donc, où suis-je ?" Elle essaya de nouveau.

"Vous êtes sur l'Oro Jackson. Faudra remercier Shanks et Baggy, je veux dire, c'est ces deux-là qui vous ont repérée sans quoi vous seriez toujours entrain de dériver et probablement morte maintenant que j'y pense-"

Oro Jackson? Shanks et Baggy? Une sonnette d'alarme retentit dans le fond de son crâne. Elle dérivait sur une barque ? Cela n'avait aucun sens. Elle essaya de se concentrer sur ses souvenirs avant qu'elle ne se réveille et-

Oh. Des images lui revenaient: du feu, du sang. Toshi. Des pirates. Un géant. Un dragon. Kaido.

Son île fut attaquée par l'équipage de Kaido.

Ses doigts s'enroulèrent autour de son collier alors que son cœur se serra douloureusement. Elle n'avait soudainement plus si faim et soif.

Elle avait mal et-

Elle voulait mourir.


Son mutisme soudain avait probablement dû prendre le jeune homme au dépourvu. Elle s'en foutait. Elle ne voulait plus parler. Elle ne voulait plus rien faire. Elle avait juste trop mal. Elle ne voulait plus avoir mal, elle ne voulait plus rien ressentir.

Elle voulait juste qu'on la laisse tranquille dans son coin. Elle allait juste regarder dans le vide et attendre la mort.


Tous les jours étaient les mêmes : on remettait sa perfusion en place, on lui apporter un plateau repas, elle n'y touchait pas, on essayait de la faire parler, elle regardait dans le vide, on abandonnait.

Il y avait trois médecins à bord de l'Oro Jackson, elle apprit : le petit blond, un homme aux allures de rockstar avec un manteau à clous et Crocus.

Elle eut l'horreur de rencontrer Crocus lors de son deuxième jour de jeûne. Quand il apprit qu'elle refusait toutes communications et repas de la bouche de son jeune apprenti, il entra dans telle une fureur… Anabelle tressaillit, elle ne voulait pas y repenser. Il pouvait être terrifiant pour un vieil homme.

Au final, il l'avait forcé à manger tout en l'engueulant sans préambule ni préavis. Elle l'avait laissé faire.

De toute façon, elle gagnerait à l'usure.


 

Le quatrième jour de sa convalescence fut différent. On toqua bruyamment à sa porte, elle se tourna pour voir la poignée de bois tourner et la porte s'ouvrir révélant un homme blond avec une cicatrice sur l'œil gauche.

« Tu es réveillée. » Il avait un sourire calme, une aura presque rassurante ? décontractée ?

Bien vu Sherlock. Ça va faire quatre jours déjà.

Il s'installa sur une chaise à côté de son lit.

« Tu t'appelles comment ? »

Elle ne répondit rien, se contenta de détourner le regard pour le reposer sur le mur en bois qu'elle fixait depuis et bien, quatre jours maintenant. Un long silence s'installa.

« Je vois. »

Elle faillit rétorquer qu'il ne voyait rien du tout mais se serait briser son vœu de mutisme. Il y avait quelque chose chez lui, dans son aura, qui l'empêchait de l'ignorer comme elle le faisait avec les médecins. Quelque chose en lui forçait le respect et l'attention. On ne pouvait l'ignorer aussi facilement. Il avait une prestance et une présence naturelle. C'était… agaçant.

« Tu es très triste. » Elle se figea.

Ce n'était pas tant la phrase en elle-même qui l'avait fait tiquer, après tout, toute personne avec des yeux pouvait voir cela, que le ton : comme s'il la comprenait, comme s'il savait. Elle n'aimait vraiment pas ça.

La porte s'ouvrit à la volée, Anabelle, le cœur au bord des lèvres, se mordit les lèvres pour retenir son cri de surprise. Une voix, profonde et forte et excitée, explosa ses tympans.

« Ah, Rayleigh ! »

Rayleigh ? La sirène d'alarme qui n'avait pas cessé depuis qu'elle était sur ce bateau redoubla de volume.

A la base, elle ne comptait que jeter un coup d'œil. Elle se trouva étrangement enchantée par l'inconnu, par son manteau rouge et ses boutons dorées de capitaine et son chapeau de la même couleur, par ses bottes cool et ses yeux onyx pétillants de vie mais surtout par son sourire tellement rayonnant qu'elle en avait mal aux yeux. Si elle trouvait que son compagnon –Rayleigh- avait une sacré présence, ce n'était rien comparé à l'homme qui se tenait dans l'embrasure de la porte.

Un rire puissant et sonore la ramena sur terre. « Ah ! Tu es finalement réveillée ma fille ! »

Il n'y avait pas assez de mot sur terre pour exprimer sa surprise et sa soudaine et étrange fascination pour cet homme. Il avait un magnétisme naturel et Anabelle soupçonnait qu'il ne laissait personne indifférent. C'est l'une de ses personnes. Il faisait partie de ses personnes solaires, comme Nam-Sah l'était.

Nam-Sah…

Son cœur se serra. Elle détourna le regard.

« Je suis Roger, le capitaine de ce navire ! » Elle ne pouvait s'empêcher de le regarder, son regard était comme attiré vers lui. Qu'est ce- « Mais je m'appelle réellement Gol D. Roger. Et toi ? » Il ne s'était toujours pas départi de son sourire.

D ?

Elle connaissait cet épithète mais d'où ?

Monkey D. Luffy.

Oh.

Gol D. Roger, le Seigneur des Pirates de One Piece et-.

Tout se mit en place dans la tête d'Anabelle, dans une lucidité sans précédente juste avant que son cerveau ne surchauffe et qu'elle ne tombe dans une léthargie complète.

Oh, c'est tellement logique.

Elle était dans One Piece.

...

à suivre ?

Chapter Text

Il y a des fois où tout là-haut, quelqu'un décide de vous faire un doigt dans le champ des possibles. C'était ce qui était arrivé à Anabelle quand elle s'était retrouvée dans un autre monde, dans One Piece. Drôle, n'est-ce pas ? Pour Anabelle, ça ne l'était pas. Et puis, de tous les mangas que j'ai lus, il a fallu que ce soit One Piece…

L'un des rares mondes ? univers ? où la physique (la gravité, tous ça…) n'avait aucun sens :

Des îles ayant leurs propres microclimats ? Okay, logique.

Des îles ayant leurs propres microclimats et leurs propres magnétismes à l'équateur ? Non !

Des fruits capables de changer la structure moléculaire d'un être humain ? NON !

Et ces mêmes êtres humains se retrouvent incapables de nager ? ENCORE. NON.

Des îles sur des nuages ? Impossible.

La Redline ? Trop haute et l'eau ne peut pas, n'est pas censé, remonter une montagne !

La gravité ? C'est pour les faibles, tu la contres avec le Haki.

Et elle en passe.

Vraiment, ça ne l'amusait pas.

Pendant combien temps avait-elle fixé le mur ? Elle n'en avait aucune idée mais ce dut être considérable vu qu'il faisait sombre dehors (il y avait un petit hublot dans l'infirmerie) et que ses deux compagnons -Rayleigh et Roger, putain de merde- étaient partis.

Elle était dans One Piece…

Cela faisait surprenamment beaucoup de sens mais…Non ! Elle refusait de l'admettre !

One Piece était un manga bordel de merde ! Une fiction ! Elle ne pouvait pas être dans One Piece, c'était impossible ! Ce n'était pas une stupide fanfiction, c'était sa vie ! C'était réel ! C'était. Impossible.

Elle était dans One Piece.

Son souffle se coupa, son cœur palpitait violemment et-

Oh mon dieu…

Et pourtant, Calm Belt, West Blue, New World, Shanks, Baggy, Rayleigh et Roger. C'était trop de coïncidences pour être seulement cela, une coïncidence. Elle voulait crier. Elle savait ce qu'il allait se passer. Marion avait passé un temps considérable à lire et regarder ces livres qui se lisait à l'envers et leurs adaptations.

Elle connaissait plus ou moins le futur. (Si elle était honnête, elle s'avouerait qu'elle avait oublié les trois quarts… Elle préférait le déni.). Mais ce n'était pas le pire. Le pire était qu'elle se trouvait sur le bateau du Seigneur des pirates.

Une crise de panique. Je fais une crise de panique !

Le bateau tanguait violemment. Elle étouffait. Elle n'arrivait plus à respirer, elle hyperventilait. Je vais crever. je vais crever,crevercreve-.

Oh mon dieu…

Sa faute, c'était sa faute, la sienne, lasiennelasiennelasien-. D'abord son père 'Papa, je suis désolée, tellement désolée' puis son île, Nam-Sah, Aléria et sa mère 'Maman, toi aussi. Ma fauteMa faute, ma faute, mafaut-, Elle n'aurait jamais dû naître, jamais dû l'écouter. Elle aurait dû mourir, mourir, mourirmourirmourir.

Elle avait mal, dieu qu'elle avait mal. Son coeur… Elle voulait se l'arracher, mettre fin à ses souffrances mais-

Elle n'avait pas le droit. Elle méritait toute cette souffrance.

Je suis désolée. Je suis tellement désolée. Je n'aurais jamais du-

Si je ne les avais pas provoqués alors…

Pardon, je suis juste-

Elle était faible, faiblefaiblefaib-.

Pathétique. Faible. Inutile. Elle voulait juste mourir, son existence ne rimait à ri-

"Gamine !" On la secoua. "Reprends-toi !"

Elle essaya de se débattre. Ne me touche pas, ne me touche pas, touch-

"Okay, je ne te touche pas. Écoute ma voix. Respire."

Elle essayait vraiment. Elle entendait sa voix, elle comprenait les mots mais les phrases n'avaient aucun sens. Ecoutes, voix. La voix continua son monologue. Inspire. Elle se concentra sur le son de sa voix. Expire. Elle était agréable, profonde mais douce. Recommence. Les phrases commençaient à avoir du sens.

"T'sais, je viens d'East Blue. De LogueTown pour être exact. Une ville sympa, t'sais, mais ça ne me plaisait pas. Je veux dire, je savais que le monde me réservait quelque chose d'autre. C'est ma destinée." Anabelle sortit sa tête d'entre ses genoux et posa sa tête dessus pour le regarder. Il se balançait sur une chaise, une choppe à la main, le regard tourné vers le plafond.

Anabelle aurait ri de l'ironie de la situation si elle n'avait pas l'impression qu'on lui compressait manuellement les poumons: l'homme qui est la raison de sa crise de panique lui permettait de se calmer. Franchement, le dieu de l'ironie se foutait bien de sa gueule.

"Alors je suis parti. Et puis un jour, j'ai rencontré Rayleigh et-" Il jeta un coup d'oeil dans sa direction, s'interrompit, descendit sa choppe d'alcool d'une traite et la balança quelque part dans la salle tout en s'essuyant la bouche. "-Ça va, ma fille? Tu es de retour parmi nous ?"

Anabelle cligna des yeux et hocha lentement de la tête. Il lui sourit et elle se trouva incapable de supporter son regard plus longtemps.

Okay, elle avait peut-être encore de vieilles douleurs thoraciques et elle était bien contente de s'être calmée mais c'était quand même embarrassant. Il avait vu son moment de faiblesse, il l'avait vu faible, il connaissait sa faiblesse et il pourrait l'utiliser contre elle (avec un peu de recul, elle se serait rendue compte que depuis qu'elle était sur le bateau, elle avait été dans un état de faiblesse quasi-constant. Mérilna ! Elle essayait de se laisser mourir !). C'était con, elle le savait mais les vieilles habitudes ont la vie dure; elle ne pouvait s'en empêcher.

"Te sens pas embarrassée, on a tous eu une crise de panique sur ce bateau." Elle tourna la tête, les joues roses. Il allait vraiment falloir qu'on lui explique comment ils faisaient, Rayleigh et lui, pour savoir ce qu'elle ressentait. Ça devenait inquiétant. « Je ne sais pas ce que tu as vécu mais va falloir me dire d'où tu viens si tu veux que je te ramène chez toi, ma fille. »

Son cœur se serra. Je n'ai plus d'endroit où aller, elle avait envie de lui dire, mais les mots lui restèrent en travers de la gorge. Face à son silence, il soupira et sortit de l'infirmerie. Il s'arrêta dans l'embrasure, tourna sa tête vers elle et ajouta : « Je ne sais pas ce qui s'est passé mais je suis sûre que les personnes qui tiennent à toi ne voudraient pas que tu te mettes dans cet état. ».

Le problème, vois-tu, très cher Seigneur des Pirates est qu'ils sont morts.

Mais…

Il a raison, lui souffla une petite voix et-


« Mae, qu'est-ce qu'être une Lépicier implique ? »

Izabelle, un bol à la main, de la farine sur la joue, se retourna vers Anabelle, un sourcil levé. « Hum ? Drôle de question. » Elle réfléchit quelques instants. « Alors, je dirais, être loyal mais surtout-» Un faible sourire illumina son visage. Izabelle était comme cela, elle ne faisait pas de grand sourire mais les petits qu'elle faisaient- « -endurer avoir une envie de vivre irrépressible. » réchauffer toujours son cœur.


-elle essaya de taire une pensée traitresse : Je veux vivre.

Elle ne pouvait pas se permettre d'avoir ce genre de pensées. Mourir était la meilleure chose à faire comme ça, elle ne changerait rien à l'histoire (et si elle tuait une personne importante sans le faire exprès ?) et elle pourrait rejoindre sa famille.

Oui, elle décida, c'est la meilleure chose à faire.

Elle se tourna pour s'endormir.

L'est-ce vraiment ? Au final, elle se trouva incapable de faire taire la part d'elle qui doutait, qui voulait vivre.


Crack.

Quelque part, une petite boîte de verre se fissura.


Le dos collé au mur, le cul au sol, elle reprenait son souffle, haletante. Elle se trouvait dans une ruelle sombre et goudronnée. Les bâtiments en béton armé qui s'élevaient aux alentours semblaient morts. Un objet étrange se trouvait dans sa main : c'était un revolver. Autre détail anormal, elle portait une veste en cuir et un pantalon en matière synthétique. La seule chose qui lui était familière était sa paire de bottes favorites, elles lui montaient jusqu'aux genoux.

Le brouillard était tombé sur la ville et elle comprit pourquoi il faisait si sombre quand elle vit les étoiles qui constellaient le ciel. Elle replaça le pistolet dans son étui à sa ceinture et découvrit un long couteau attaché à sa cuisse. La présence de ces deux armes la remplit d'adrénaline, même si elle se demandait ce qu'elle faisait là.

Des bruits de pas résonnèrent dans la rue. Elle sauta sur ses pieds, le couteau à la main. Cela faisait longtemps qu'elle n'en avait tenu un mais une fois dans sa main, cela lui semblait naturel. Elle tenta de se focaliser sur la provenance du bruit, sa tête palpitait comme un cœur, mais l'individu était malin : il courait en zigzag sur une courte distance avant de s'arrêter net.

Une fois derrière elle, il attaqua mais elle fut plus rapide. D'un coup sec, elle envoya valser sa lame au sol. Avant qu'elle n'ait eu le temps de se réjouir, il empoigna sa main armée et la serra jusqu'à ce qu'elle lâcha son couteau. Un quart de seconde plus tard, elle se retrouva avec la lame sur la gorge, un bras bloqué dans le dos et la joue collée contre le béton froid. Le souffle coupé, elle joua sa dernière carte et lui envoya son genou gauche dans le thorax. Dans son mouvement de recul, sa lame créa une fine entaille un centimètre sous sa bouche.

Elle roula pour s'éloigner, s'accroupit, montra ses dents et découvrit enfin le visage de son agresseur. Ses yeux dorés ressortaient sur sa peau sale et bronzée, ses moustaches de chat accentuaient son air mesquin,  moqueur . Il lui adressa un petit sourire en coin.

Elle le connaissait. Et il était plus beau que dans son souvenir mais elle était intiment convaincue de son identité. C'était l'assassin de son père, un pirate de Kaïdo. Que faisait-il là ?

Toujours aussi souriant, il tourna autour d'elle, réfléchissant à la méthode qu'il pourrait employer pour l'éliminer, en la dévisageant. Elle allait lui faire voir.

Il attaqua brusquement, mais elle esquiva son coup. Egalité. Ils étaient face à face, aucuns ne baissaient les yeux, ne détournaient le regard. Une minute d'inattention et se serait la fin pour elle. Elle ne pouvait pas se le permettre.

Retour à la case départ. Un bruit se fit entendre.

Il se retourna et elle en profita pour le prendre par surprise. Mais il devait s'y attendre et se retourna vers elle en une demi-seconde. Elle réfléchit à sa prochaine attaque, bien décidée à remporter ce combat. Elle ne pouvait pas perdre.

Elle le bouscula et plongea pour récupérer son arme. Quand elle fit volte-face, il se tenait là, désarmé, mais cette situation ne semblait rien lui faire. En réalité, il avait même plutôt l'air de s'amuser. Le sentiment de supériorité qui commençait alors à s'emparer d'elle se changea alors en une sorte de peur.

« Un point partout, la balle au centre » lui lança-t-il sur un ton ironique, avant d'éclater de rire.

Pourquoi rit-

Des mains lui saisirent les poignets; une balayette plus tard et elle se trouva agenouillée, la tête contre le sol. Qu'est-ce que ?

Il n'était pas seul.

La ruelle avait pris feu entre temps, de gigantesques flammes léchaient les murs, projetant leurs lumières rougeoyantes sur les pirates. Elle essaya de leur cracher dessus. Elle échoua.

Le troisième homme sortit de l'ombre et traînait derrière lui une femme, cheveux rouge cerise, une silhouette en sablier, bien foutue. Elle plissa des yeux avant de comprendre. C'était… C'était Aléria !

Une terreur sans nom lui saisit la poitrine. Elle avait soudainement treize ans de nouveau et elle était  impuissante .

Elle ouvrit brusquement les yeux. Il faisait encore nuit, un rapide coup d'œil vers la lune dehors lui apprit qu'il devait être pas loin des minuits. Elle porta sa main vers où elle aurait dû être blessée pour y découvrir de la peau lisse. Un rêve. Ce n'était qu'un rêve. Son cœur ralentit enfin.

Elle fixait le plafond. Bizarre, je ne me réveille pas de mes cauchemars d'habitude. Elle fronça des sourcils.

Il y avait quelqu'un à l'extérieur de sa chambre. Non, ils sont deux. Elle arrivait à distinguer deux voix d'hommes. Ils ont réussi à la trouver ? Son rythme cardiaque s'accéléra. Elle chercha une issue du regard. Comment ? Elle était sur un bateau pirate ennemi surement qu'ils-

« Shanks ! Rayleigh a dit de ne pas la déranger. » L'un perdit patience et éleva la voix. Shanks ? Voilà qui était familier. Elle inspira profondément.

Une réponse puis- « Très bien, mais tu y vas tout seul. Je vais rester devant la porte et si je croise Rayleigh, je lui dirais tout. » Son cœur ralentit.

Une autre réponse et un petit cri de rage. Elle regarda la poignée de porte tourner et puis elle se tourna vers le hublot. Elle ne voulait pas le voir. Elle savait, Marion savait qu'il avait probablement le chapeau de paille qui était une preuve concrète qu'elle se trouvait dans un monde qui n'avait aucun sens. Elle n'avait vraiment pas besoin d'une nouvelle crise.

« Oh. Je t'ai réveillée ? » Elle observait le reflet de sa silhouette se gratter l'arrière du crâne dans la vitre. Voyant qu'elle n'allait pas répondre, il murmura sous son souffle un truc du genre 'Rayleigh en avait parlé, c'est vrai.'

Il se racla la gorge. Sa voix était encore un peu fluet, les joies de la puberté, mais elle avait des intonations plus masculines qu'enfantines.

« Je m'appelle Shanks-». Il s'approcha de son lit et-

Bam.

-il disparut de son champ vision.

C'était un réflexe de se retourner pour inspecter les dégâts. Le petit rire qu'elle ravala quand elle le vit étendu de tout son long, une choppe –la choppe de Roger- roulant innocemment dans le fond, n'en était, par contre, pas un. Mais il faut se l'avouer, voir quelqu'un tomber est toujours drôle.

Leurs yeux se croisèrent et son souffle se coupa. Ce n'était pas parce qu'il était incroyablement beau, même si il était ridiculement mignon pour un jeune garçon, mais plutôt à cause d'un tout petit détail qui lui avait totalement échappé. Il avait les cheveux rouges, comme le feu, comme le san- comme à la maison…

Un pincement de cœur.

La lune éclaira son visage. Qu'essayes-tu me dire Kahra ? Elle se mordilla la lèvre et se saisit, sans s'en rendre compte, de quelques mèches rouges –comme à la maison !- qu'elle caressa avant de rencontrer ses yeux sombres –noirs?- et de laisser retomber sa main le long de sa joue.

« Tu as de jolis cheveux » murmura-t'elle distraitement, le fantôme d'un sourire aux lèvres. Shanks déglutit difficilement avant de sourire. Ah… merde. Il a un très beau sourire. Devait-elle toujours tomber sur des personnes solaires ? C'était une sorte de malédiction ?

Il ouvrit la bouche et le moment fut brisé : « Merci ! Tu as… euh… de jolis yeux ! ».

Elle laissa son bras retomber à ses côtés et se retourna, montrant qu'elle en avait clairement fini avec lui. Il accepta sans sourciller, il semblerait, car il sortit peu de temps après.


Shanks regarda les reflets de la lune sur l'eau, sans voix. Il ne réagit pas quand Baggy l'appela. Il ne réagit pas non plus quand il lui mit un coup de coude dans les côtes pour le faire sortir de cet étrange état dans lequel il se trouvait. Son pauvre cerveau essayait juste de comprendre ce qu'il venait de se passer.

L'image de deux yeux bleus, l'un foncé et l'autre clair, s'imposa à sa mémoire.

Il posa une main sur sa joue, sans se rendre compte qu'il rougissait.


Ah…

Anabelle lui avait parlé, elle avait brisé son mutisme mais… ça ne l'a dérangé pas plus que cela car, pendant une seconde, une très brève seconde, elle s'était crûe de retour sur Toshi.

Et elle n'oublierait cette sensation pour rien au monde.


Survis, Anabelle, survis. La bataille entre son envie de vivre et celle de mourir faisait rage au sein de son cœur et Anabelle ne savait plus qui écouter.


« Capitaine, cela va faire six jours que l'on a récupéré la fille et elle ne veut ni manger, ni parler. »

Le silence tomba dans le réfectoire. Roger leva les yeux de son repas, un os de viande dépassant de sa bouche. Il prit le temps de mastiquer avant de finalement de répondre :

« Et que veux-tu que je fasse ? Tu préférais qu'on l'abandonne ? »

Le silence qui lui répondit fut éloquent. Il balaya son équipage du regard.

« Non. » Et il continua de manger. Les murmures fusèrent et, au milieu, une phrase retint son attention.

« Qu'as-tu dis, Shanks ? » Le jeune mousse se tourna vers son capitaine, interdit. Roger lui sourit.

« Répètes ce que tu as dit, mon garçon, je n'ai pas bien entendu. » La bouche du jeune roux s'arrondit en un o presque parfait.

Il se grata l'arrière de la tête. « Je disais juste qu'elle m'avait parlé. » Le capitaine se pencha dans sa direction.

« Oh… Et qu'a t'elle dit, mon garçon ? »

Assis un peu plus loin, Rayleigh stocka cette information dans sa mémoire, comme le fait que Shanks lui avait clairement désobéit. Il préféra se caler plus confortablement. Au vu de la couleur des joues de Shanks, la conversation qui allait suivre allait être particulièrement drôle.

Au final, ce soir-là, on rit de Shanks et de sa nouvelle occupation comme porteur de repas de leur jeune rescapée.


Crack.

La pauvre petite boite de verre n'avait pas belle mine maintenant qu'elle était striée de fêlures.


Cela faisait une semaine qu'elle était sur le bateau, onze jours qu'elle avait fuis son île et quatorze depuis que Mérilna, l'odalisque préférée de sa mère (et accessoirement la sienne) avait montré le bout de son nez.

Et ce soir, elle réapparaitrait.

Anabelle se devait d'aller la voir.


Au centre de Toshi se trouvait un large lac avec au milieu un îlot sur lequel se dressait fièrement, le temple de pierre de L'Eperzar.

Anabelle n'y était allée qu'une seule fois, le jour de ses quatorze ans, pour la cérémonie du Choix. Elle se souvenait encore de la beauté de la salle des Prières, la plus belle pièce du temple, disait-on.

La salle était somptueusement décorée d'or, de rubis, de tapisseries et d'une multitude de voiles diaphanes qui cachaient le trône du Perze. Sur l'estrade, derrière l'écran de voile, se dressait un fauteuil de coussin pourpre serti de gemmes et, légèrement reculé, un divan noir pour la favorite de Jöreb, le Perze.

Au plafond, une représentation de Toshi partagé entre les quatre odalisques élémentales, avec au centre l'Eperzar.

Au sud dansait Kahra, l'odalisque de feu. Au nord veillait Amentia l'odalisque de l'eau. Enfin à l'ouest régnait Tierra l'odalisque de vent et l'est était dirigé par Zamera l'odalisque de terre protégeant leur village grâce aux montagnes sacrées de Zamera et Eld.

Leur village, nommé Omoi, quant à lui, appartenait à l'Eperzar -le dieu du soleil, père fondateur, protecteur de toutes vies- et à son champion, le Perze.

Un peu plus loin se trouvait une représentation des cieux que se partageaient les trois dernières odalisques : Mérilna, Irilna et Yana. Irilna et Yana, respectivement les déesses du crépuscule et de l'aube, étaient dirigées par Mérilna, au centre de la fresque, la femme de l'Eperzar.

Anabelle resta subjugué face à la finesse des traits des odalisques. Elles étaient de grande beauté et très détaillées. Trop détaillées même, elle avait l'impression d'être en face de réels êtres humains. Chacune possédait une caractéristique qui leur était propre : Kahra et sa chevelure pourpre, Amentia et ses yeux vairons, Tierra et son corps filiforme, Zamera et sa peau noire, Irilna et son char lunaire, Yana et son char solaire, Mérilna et sa robe étoilée.

Même après des centaines d'années, les fresques possédaient toujours les mêmes couleurs, le même éclat. Le temple était âgé, il se dressait au centre de Toshi depuis sa colonisation, il y a quatre cent ans. Pourtant jamais on n'eut besoin de remplacer une seule pierre ou de poncer un seul mur. Un peu comme si le palais n'avait pas vieilli. Un peu comme si l'Eperzar ou Mérilna protégeait les lieux. C'était juste…

Magique.


Assise sur la balustrade auprès de la proue du bateau –l'Oro Jackson-, Anabelle scrutait le ciel, attendant la venue de Mérilna. Irilna, la lune qui annonçait le crépuscule était déjà passée depuis deux bonnes heures maintenant. Elle ne devrait pas tarder.

Un éclat roux à l'horizon attira son attention. La voilà. Elle inspira profondément.

Ô Mérilna, mère protectrice !  Que ta lumière guide les pas de ton enfant en ces temps obscurs. Qu'elle l'aide à prendre les justes décisions et que ton ombre protège ton dernier enfant.

Ô Mérilna, mère bienfaitrice !  Pardonne les crimes que j'ai commis et ceux que je vais commettre. Pardonne mon incapacité à protéger les miens et libère mon cœur des ténèbres qui l'habitent. Mais surtout, pardonne-moi pour être la raison de ce cataclysme.

O Mérilna, mère sentinelle !  Protège l'âme de tes enfants alors qu'ils entament leurs ascensions pour te rejoindre. Que ta lumière éclaire mon chemin jusqu'à ce que je m'en retourne me reposer auprès de toi.

Amen.

Le pont était étrangement vide de vie. Tout était calme. Elle ferma les yeux.

Elle avait décidé : elle s'en remettrait à Mérilna.

Si on vient me chercher alors j'essaye de vivre, sinon…

Elle resta dans cette position, les mains jointes, les coudes posés sur ses genoux, le visage tourné vers la lune, à baigner dans sa lumière jusqu'à ce-

« Belle nuit, n'est-ce pas ? »

Elle faillit basculer en arrière. La tête d'Anabelle se tourna brusquement -en évitant de justesse de se briser les cervicales- vers la source de la voix, scrutant l'ombre avec minutie avant de déceler un mouvement, dans l'ombre du mat. Une forme robuste se dessina pour devenir la silhouette d'un homme qu'elle connaissait : Rayleigh.

Ainsi soit-il.

Il avait un sourire calme -et un peu amusé ?- alors qu'il s'approchait d'elle.

« Je peux ? » Demanda-t'il en désignant la place à côté d'elle du menton. Elle inclina la tête. Ils restèrent assis en silence à regarder le ciel pendant que Mérilna commençait son ascension dans le ciel.

« Pourquoi es-tu dehors, jeune fille ?»

Elle inspira profondément. Je leurs dois bien ça.

Crack.

« Mérilna. » dit-elle finalement en désignant la lune.

« Mérilna ?»

« C'est une… la déesse la plus importante chez moi. » Elle se frotta les mains.

Crack.

« La lune ? » Il fredonna légèrement. « Voilà qui est étonnant. Pourquoi ne pas préférer le soleil ? » Il imita sa position : coudes posés sur les genoux et le menton dans ses mains.

Anabelle n'était pas étonnée que certains puissent être surpris de leurs divinités, préférer les lunes au soleil n'était pas courant. Mais les Toshinois avaient depuis toujours suivi le culte de l'Eperzar si bien qu'aucun n'ait pensé à changer de culte. Le culte du roi du jour et des reines de la nuit était vieux comme la nuit des temps. Bien qu'Anabelle ait choisi de suivre la voie dictée par Irilna, elle préférait prier Mérilna l'Immuable, la pleine lune brillante.

Anabelle avait trouvé une explication plus poétique à leur religion :

« Comment un homme peut-il être brave en l'absence d'ombres et de ténèbres ? »

« Oh ? »

« Sous le soleil, les hommes n'ont d'autre choix que de faire face au danger puisqu'ils n'ont nulle part où se cacher ? Ils font donc preuve de fausse braverie. » Elle se grata le crâne. Ses cheveux avaient une texture… intéressante. Très gras. « Mais durant la nuit quand seule la lune les guide, quand les ombres sont omniprésentes, il faut beaucoup plus de courage pour se tenir face au danger, n'est-ce pas ? »

Pour Anabelle, adorer Mérilna ne se discutait plus.

« Au final, selon ta religion, la nuit révélerait la véritable nature des hommes face aux obstacles de la vie. »

Elle sentit un petit sourire se former. « C'est basiquement cela. »

Il eut une intéressante lueur dans les yeux. « Voilà qui est plutôt poétique. Donc, ta déesse, cette Mérilna, elle représente le courage ? »

Crack.

« Non, pas vraiment. » Il attendit qu'elle s'explique.

Que dire ? Mérilna était la déesse de beaucoup de chose après tout, mais elle était surtout- « La justice, la protection. » Elle inspira profondément avant d'expirer par le nez. « Elle guide et protège les défunts lors de leurs voyages vers l'après vie. » Une pause. « Enfin, ceux qu'elle juge digne d'y accéder. »

Crack.

Rayleigh tourna ses yeux vers son visage. Elle essaya de rester le plus impassible possible.

« Hum… Effectivement, une déesse plutôt importante. » Il la scruta un peu plus longtemps. « Dis-moi, jeu- »

« Ils sont tous morts. » Elle sentit tout devenir silencieux autour d'elle. « Je n'ai nulle part où aller. »

Crack, crack, crack.

Peut-être, était-ce de le dire à haute voix qui lui fit comprendre à quel point c'était réel. Que même si elle avait compris ce qu'il s'était passé, elle n'avait pas complètement réalisé sa situation. Peut-être qu'en parler diminuerait la taille de la boule qu'elle avait dans la gorge ou le poids dans son estomac ?

Mais je peux toujours l'entendre se fissurer.

Ce n'était que sa volonté qui lui permettait de tenir. Mais la boite de verre dans laquelle elle avait soigneusement enfermé toutes ses émotions continuait à se fissurer et, elle était fatiguée. Fatiguée de devoir contenir la tempête d'émotion dans une si petite boite.

Crack, crack, crack.

Des doigts lui caressèrent les joues. Elle eut un mouvement de recul et vit des gouttes d'eau sur les doigts et-

Oh.

Elle ramena ses mains à ses joues, humides et-Oh. Des larmes.

Elle pleurait et elle n'arrivait pas à les sécher, peu importait le nombre de fois qu'elle se les essuyait. Elle avait mal, réellement mal.

Une main s'abattit sur sa tête avant de la caresser, un peu comme on le ferait à un chien. Elle leva les yeux vers Rayleigh et… Peut-être que ce n'était pas si grave si elle se laissait aller.

Oui. Rayleigh avait un petit sourire mélancolique. Peut-être que tout irait bien.

La boite se brisa.

Les éléments se déchainèrent elle se trouva perdue dans une tornade d'émotion : le feu de sa colère, la glace de sa terreur, le raz de marée de tristesse et cet écrasant engourdissement. Et elle, au milieu des éléments, ne tiendrait pas le coup, le feu et la glace la brûlaient, elle perdait pied. Elle ne pourrait pas rester maîtresse longtemps.

On lui serra l'épaule et-

« Lâche prise. »

Anabelle détestait lâcher prise. Elle le fit quand même. Elle aurait tout fait pour faire cesser cette tempête.

Elle pleura longuement dans la poitrine de Rayleigh et entre quelques hoquets, lui raconta son histoire; comment l'équipage de Kaido était sorti de la brume un soir, comment sa mère l'avait sauvée des pirates, comment elle avait été amenée au rivage, forcée de monter dans une barque et disparaître de la nuit, comment Anabelle avait supplié sa mère de l'accompagner et comment sa mère avait refusé avec un sourire triste et du feu dans les yeux.

Ce soir-là, Anabelle mit à nu son âme face à un parfait inconnu et cela ne la dérangeait pas plus que cela.


Rayleigh regardait la jeune fille dans ses bras. Elle s'était endormie, trop fatiguée par ses sanglots.

Si jeune et si abimée.

Il ne savait rien d'elle : pas de nom, pas d'opinion, pas de rêve mais il savait en même temps tout d'elle : son histoire, sa peur et sa douleur. Il avait effleuré son âme ce soir-là et il avait tout ressentit : sa tristesse, son incompréhension et sa colère cachées juste sous sa peau. Et il était content qu'elle les extériorise enfin.

Elle ne pourrait jamais guérir autrement.

Il la ramena à l'infirmerie. Il devrait parler avec Roger de sa découverte, histoire de savoir ce qu'ils feraient d'elle. Il sortit un flacon gris de sa poche et l'ouvrit pour en boire une longue gorgée.

Le chemin vers la guérison est long et ardu. Sauras-tu surmonter toutes ses épreuves ?

Il jeta un dernier coup d’œil sur la jeune rescapée avant de quitter l'infirmerie.

La vie est bien cruelle parfois.


Elle se réveilla avec un mal de crâne terrible, des yeux bouffies et irrités et la langue pâteuse. Mérilna, je déteste pleurer ! Mais elle se sentait plus légère, comme si un poids lui avait été ôté. Elle n'allait pas mentir, elle n'allait pas bien et une part d'elle souhaitait toujours mettre fin à son calvaire, mais… Mérilna avait choisi, non ? Elle devait vivre. Alors, elle essayerait de faire de son mie-

Elle renifla un grand coup avant de plisser le nez. Qu'est ce qui puait comme ça ?

Elle inspecta les environs rien sous le lit, un mur à sa gauche, un autre lit et une table de chevet à sa droite et- Ne me dis pas !

Elle approcha doucement son nez de son aisselle et prit une profonde inspiration. Elle réprima un haut de cœur.

C'est moi qui sens le rat crevé ! Elle eut soudainement pitié de Rayleigh qui l'avait tenu dans ses bras la veille, qui avait senti son odeur pendant des heures probablement et qui l'avait vu pleurer. Et que c'était embarassa-Ne regrettes rien Ana ! C'est du passé.

Mais cela restait toujours aussi embarrassant ! Argh ! Elle voulait s'étouffait avec un coussin !

La porte s'ouvrit, Shanks entra, un plateau repas dans les mains. Pourquoi Shanks a un plateau repas ? Il veut le manger devant moi ? Anabelle resta interdite alors qu'il s'approchait. Et il lui tendit le plateau et elle le prit ?

Honnêtement, elle ne savait pas son cerveau avait beugué pendant un instant. Pourquoi il m'apporte mon repas ? Qu'est-il arrivé au petit blond ? Que devait–elle faire dans ce genre de situation déjà ? Elle continua de le fixer bêtement.

« Euh… Merci ? » Ce fut son tour de réagir étrangement : il recula d'un pas, ouvrit de grands yeux et agita ses bras dans tous les sens.

« Mais tu parles de nouveau ! » Elle souleva un sourcil avant de se tourner vers son repas : une sorte de soupe et du riz. Elle n'avait toujours pas vraiment faim mais elle devait se forcer… La soupe ne payait pas de mine mais elle était vraiment bonne. Une cuillère dans la bouche, Anabelle croisa le regard stupéfait de Shanks.

Le malaise. Il compte me regarder pendant longtemps ? Je déteste quand les gens me regardent manger.

« Oui ? » demanda-t'elle. Cela sembla le sortir de sa torpeur.

« Eurr… Rien. » Il resta sur place les bras ballants avant de finalement prendre sa décision, « Si tu as besoin, je serais sur le pont ! » avant de lui faire un grand sourire et partir. Elle inspira profondément avant de se rappeler qu'elle avait effectivement quelque chose à lui demander.

« Attends, euh… Shanks. » La main sur la poignée, il se tourna vers elle. « Les douches. Où sont les douches ?

...

à suivre ?

Chapter Text

Elle savait qu'elle avait oublié quelque chose.

Elle avait eu cette étrange impression d'avoir oublié quelque chose avant de rentrer dans la salle de bain mais elle était beaucoup trop préoccupée par la douche pour penser à autre chose. Notamment à après la douche. Et c'était là que tout avait foiré. Elle jeta un coup d'œil vers le tas puant balancé dans un coin de la salle- Non, je ne vais pas les remettre ! Ils vont se décomposer sur mon dos !- avant que son regard ne tombe sur sa culotte. Un frisson d'effroi la saisit. Elle avait gardé la même culotte pendant douze jours. C'était sale, terriblement sale.

Elle s'était lavée deux fois pour la peine.

Mais, après avoir fait tout cela, elle s'était rendue compte d'un tout petit détail : elle n'avait pas d'affaire de rechange.

Galère, galère. Que vais-je faire ?

En théorie, elle devrait appeler quelqu'un pour qu'il l'aide mais -c'est horriblement embarrassant-.

Elle se trouvait donc face à un dilemme cornélien : son orgueil ou sa santé, il fallait choisir.

Et si personne ne passait par là ? Shanks lui avait dit que cette salle n'était pas souvent utilisée, donc il n'y avait pas de raisons que quelqu'un vienne ici. Mérilna, elle allait mourir dans une salle de bain et totalement nue !

Est-ce vraiment une mauvaise chose ? Elle chassa cette pensée de sa tête d'un mouvement. Elle avait dit qu'elle essayerait de vivre. Mérilna avait choisi à sa place. Elle ne pouvait pas avoir des doutes maintenant.

Fait chier.

Elle se laissa glisser le long de la porte pour coincer sa tête entre ses genoux. Comment allait-elle faire ? Sortir en serviette sur un bateau rempli d'hommes ? Non non, très peu pour moi. Attendre qu'on vienne la chercher ? Peu-

Une planche craqua dans le couloir. Il y avait quelqu'un. Anabelle entrouvrit la porte pour jeter un coup d'œil. Elle fronça les sourcils : personne. Elle aurait juré avoir entendu- son œil fut attirée par une ombre au sol. Te voilà. Il était derrière la porte tout simplement.

« Psst, le gars derrière la porte. »

Aucune réponse. Elle réessaya plus fort.

« Non, non, non, tu ne m'auras pas ! » La voix était définitivement masculine et paniqué.

« Quoi ? »

« Je sais ce que tu essayes de faire fantôme de la salle de bain ! Seagull m'a déjà prévenu. Tu ne me dévoreras pas ! » S'en suivit d'une sorte de rire à demi étranglé. Fantôme ? Mais qu'est-ce que c'est que ce lunatique ? C'est peut-être pas une si bonne idée de lui demander de l'aide.

...

D'un autre coté, c'est peut-être ma seule solution.

« Attends tu te- » Elle essaya de nouveau.

En un éclair, il lui passa devant et elle eut le bras juste assez long pour l'attraper par le col et l'enfermer avec elle. Hors de question qu'elle ne laisse son seul moyen de sortir s'échapper. Elle s'assura que la porte et se retourna vers la personne qu'elle avait balancée sans cérémonie. Si elle s'était attendue à ça : la fameuse personne s'était retrouvée sur les fesses, à essayer de ramper en arrière, les jambes tremblantes et les bras levés pour se protéger le visage.

Une seule expression pouvait exprimer ce qu'elle ressentait : What the fuck ?

« Ne me dévorez pas, Ô grand fantôme de la salle de bain ! Je vous apporterais une offrande en retour ! Shanks devrait suffire ! Je ne suis qu'un pauvre-».

« Eeeeuuuuuuhhhh….. » Anabelle était sur le cul. Il pensait vraiment qu'elle était un fantôme... Comment ?… Comment peut-on … ? Quoi ? Elle n'arrivait même pas à avoir des pensées cohérentes. Elle ne savait vraiment pas comment réagir. « Ça va ? ».

Elle dut attendre un long moment (probablement trente secondes), avant que la personne n'ose sortir sa tête de ses bras. Oh… Ce n'est pas du tout comme cela que je m'étais imaginée notre rencontre. Des cheveux bleus et un nez rouge qui ne pouvait que trahir leur propriétaire, Anabelle se trouvait devant Baggy le Clown en serviette.

Elle était étonnée… Non, non, ce n'était plus de l'étonnement à ce niveau-là mais plus… de l'incrédulité. Voilà, elle était incrédule. De toutes les personnes sur le bateau, il avait fallu qu'elle tombe sur lui… Franchement, quelle malchance… Eh bien, il se souviendra d'elle à tout jamais maintenant.

Il la dévisagea un long moment avant qu'une ampoule ne s'allume et :

« Mais… Tu n'es pas un fantôme. » Anabelle pinça ses lèvres, les sourcils au milieu de son front.

« Bien vu… » Très perspicace le garçon. Il posa une main sur son cœur et poussa un grand soupir de soulagement. Il marqua un temps d'arrêt avant de la regarder de nouveau.

« Attends mais… tu ne portes rien ! » Son visage s'enflamma vitesse grand V si bien qu'Anabelle ne put plus faire la distinction entre la couleur de son visage et de son nez.

« C'est justeme-» Elle se mangea son pied en pleine face puis trébucha en arrière pour venir s'étaler contre la porte.

« T'approches pas perverse ! » Perverse ? Anabelle resta les bras ballants à le regarder avant qu'une autre émotion avec laquelle elle était bien trop familière ne décide de montrer son horrible face. Comment ose-t'il- Il ne lui en fallut pas plus pour voir rouge.


"Pourquoi l'as-tu attaqué ?"

"Il racontait n'importe quoi sur Papa et toi." Répondit Anabelle qui essayait tant bien que mal d'enrouler un bandage autour de son petit poing.

Izabelle soupira.

"Ce tempérament a toujours été la cause de nombreux problèmes dans la famille."


« Écoutes moi, p'tit con. J'essaye de te demander de l'aide, okay ? Pas de te sauter dessus.» rugit-elle en montrant ses dents. Baggy palissait à vue d'œil mais Anabelle était bien trop en colère pour s'en rendre compte. « Alors évites de sur-réagir comme ça sans connaitre le contexte de la situation et vas me chercher des habits, compris ? »

Ce ne fut que lorsqu'il couina de peur que le voile rouge s'éclaircit. Merde. Elle ne s'était même pas rendu compte qu'elle le tenait à bout de bras. Elle le lâcha. Il déguerpit en un rien de temps.

Vraiment, ça ne pouvait arriver qu'à elle.

Elle se passa une main sur le visage, essayant de regagner sa respiration. Elle l'avait refait. Elle l'avait laissé prendre le dessus, et au vu de la tête terrifiée du gamin (parce que même si il avait une voix sacrément grave, il restait un gamin, il ne devait pas avoir plus de quatorze ans !) elle n'y était pas allée de main morte. Elle poussa un profond soupir tout en s'asseyant.

Elle baissa ses mains juste assez pour que seuls ses yeux ne dépassent. Elle fixait les gouttes tomber du pommeau de douche avant de laisser retomber sa tête contre le mur, les yeux clos. Son corps était saisi de frisons de temps à autre. Est-ce dû à mon jeûne, des restes de colère ou- elle avala difficilement sa salive- ma culpabilité ?

Ana, tu ne dois pas la laisser te contrôler.

Je sais, Mae, je sais… Mais c'est tellement dur.

La porte s'ouvrit à la volée, Anabelle n'eut même pas le temps de glapir qu'une boule de vêtement lui tomba sur la gueule avec une telle force qu'elle se retrouva étalée sur son flanc.

« Prend ça perverse ! » et il claqua la porte.

Eh bien, ce fut une première rencontre pour le moins… atypique. Elle était sûre que cela resterait gravé dans les annales. Une fois qu'elle fût sortie de sous la montagne (parce qu'il y avait une tonne de vêtements, Baggy n'y était pas à aller de main morte non plus) de vêtement, elle s'anima à chercher quelque chose à sa taille, notant dans un coin de sa tête qu'elle devrait s'excuser auprès de Baggy pour sa réaction quelque peu… excessive.

Trop grand. Trop large. Trop long. Trop petit ? Trop… Qui met des jarretières ici ? Ah, une chemise ! Elle allait pouvoir faire quelque chose de ça. Elle trouva par la suite un t-shirt, qui bien qu'il lui arrivait sous les fesses, était la chose la plus petite qu'elle put trouver dans le lot. Maintenant, le pantalon. Non. Non. No… C'est quoi ça ? Y'a plus de trous que de tissus. Au final, elle porta un pantalon dont elle dut faire plusieurs ourlets.

Bon, elle avait l'air stupide, entre la chemise violette, le t-shirt hawaïen et le pantalon jaune, elle ne pouvait pas faire plus dépareillée mais au moins elle était habillée.

Maintenant, que faire du reste ?


Au final, elle dut abandonner la pile de vêtement dans la salle de bain -sûrement quelqu'un allait passer par là- pour se retrouver à marcher sans but sur le pont. C'était que le bateau était immense, parce qu'elle marchait depuis au moins cinq minutes et elle n'avait rencontré personne ni atteint la proue !

Que faire ? C'est bien beau de vouloir continuer de vivre mais si ce n'est pour aucune raison, à quoi bon ? Rayleigh m'a bien dit qu'on avait toujours une raison de vivre et qu'il fallait juste la trouver mais…Elle soupira. Je suis trop fatiguée pour la trouver. Vais-je rester sur le bateau ? Ça risquerait d'être dangereux, autant pour moi que pour l'histoire. Et puis, voudraient-ils de moi ? A quoi est-ce que je pourrais leurs servir ? Ils ont déjà tout ce qu'ils ont besoin. Je serais juste un boulet sur le navire. Peut-être devrais-je demander à descendre à la prochaine île-

Un claquement de doigt devant ses yeux la ramena sur terre. Elle sursauta. Putain de merde, d'où il sort, lui ? Rayleigh lui lança un regard plutôt amusé. Il semblerait qu'il ait essayé d'attirer son attention et même de lui parler.

« De retour parmi nous ? » Anabelle fit de son mieux pour cacher son rougissement. Au vu de son sourire, elle n'avait pas réussi. Elle hocha de la tête. « Joli chemise. » Oh oh, j'ai un mauvais pressentiment. « Elle ressemble étrangement à la mienne. » Anabelle ferma les yeux. Oups.

« Je peux tout expliquer. » Pourquoi cette phrase était toujours l'une des plus difficiles à croire ? Il éclata de rire.

« T'inquiète pas, tu n'as pas besoin. J'ai croisé Baggy qui parlait d'une 'perverse folle et furieuse et nue'. » Ah. Eh bien, merde. Si elle n'était pas mortifiée avant, elle l'était certainement maintenant. Pourquoi moi ? Elle ne pourrait plus jamais regarder quelqu'un dans les yeux. « Suis-moi. » Il lui fit un signe de tête.

Il l'amena au réfectoire, une grande salle composée de beaucoup trop de chaises et de tables pour pouvoir y circuler librement avec au fond une sorte de bar qui menait probablement aux cuisines, et qui s'avérait être bondé. Super, toujours plus de personnes. Si leur entrée ne fut pas immédiatement remarquée, elle le fut après que Roger se soit levé en gueulant un « Rayleigh, ma fille, vous êtes là ! » avant de partir dans un fou rire quand il vit ses habits. Il y eut d'abord un grand silence où tout le monde la fixait puis de grands éclats de rire. Elle aurait juré avoir entendu un 'Mais c'est mon t-shirt' dans le brouhaha.

Anabelle Lépicier ou l'art de se ridiculiser à chaque étape de sa vie, une autobiographie.

Ce ne fut que la main de Rayleigh qui la forçait à avancer, qui l'empêchait de prendre la fuite ou de se mettre en position fœtale sur le sol tout en pleurant le peu d'eau qui lui restait dans le corps. Honnêtement, elle aurait bien voulu que le sol s'ouvre sous ses pieds et l'engloutisse. Tant d'embarras lui fit disjoncter ses pensées si bien que je veux mourir se répéter en boucle dans son crâne. Rayleigh la guida jusqu'à Roger qui s'écarta pour leur faire une place.

« Bah alors, ma fille, tu tires une de ses têtes. » On se demande pourquoi…

Elle se laissa tomber sur le banc et cacha son visage dans ses mains avec un long gémissement de douleur. On lui tapota la tête.

« Nahaha, et Baggy nous a raconté une sacrée anecdote. »

C'était surtout de la mesquinerie et un reste de colère qui la força à sortir la tête de ses mains pour lancer haut et fort : « Et je suis sûre qu'il n'a pas mentionné qu'il avait failli se pissait dessus parce qu'il pensait que j'étais 'le fantôme de la salle de bain', hein ? ». Elle se surprit à ne pas bafouiller ses mots.

Il eut un grand silence durant lequel chacun contemplait ses mots avant : « Bah, alors Baggy, on croit aux histoires de fantôme ? » Deuxième fou rire général. Elle ne savait pas où il se trouvait mais elle espérait qu'il avait compris que si je tombe, tu tombes avec moi.

"Dis-moi, ma fille-"

"Anabelle. Je m'appelle Anabelle Lépicier."

"Je vois." Il sourit. "Je voulais savoir, ma fille-" je rêve ou- "-est ce que tu aurais de la famille autre part ?"

Sa question lui fit l'effet d'un coup de poing dans le foie. Son visage se décomposa. Elle aurait dû s'y attendre mais avec ce qu'il s'était passé ce matin, elle avait casé sa situation dans un coin de sa tête pour se concentrer sur le présent. Pas le passé.

Elle secoua la tête négativement, la bouche trop sèche et nouée pour parler.

Il soupira.

"Il y a bien une solution à ton problème-"

"Shun." Gronda Roger, "Pas maintenant". Ledit Shun, le gars qui venait de parler, se trouvait dans sa diagonale et, en plus d'avoir une gueule de banane – le menton pointu et avancé, un visage allongé, Une étrange bosse sur le front, une cicatrice lui barrant la joue-, il avait les cheveux qui allaient avec. Il reprit, ignorant l'avertissement de son supérieur.

"Que dirais-tu d'avoir une nouvelle famille, gamine ? Setsu a de la famille dans le coin." Son sang quitta ses joues. Anabelle crut être malade. C'était la pire chose qu'il aurait pu lui dire. Pourtant il l'avait dit. Pourquoi ? La bile lui monta à la gorge quand elle vit, pendant un bref instant, une lueur amusée. Elle ne pouvait pas supporter son regard, ses petites billes noires qui lui donnaient un air d'hermine. Elle fixait ses mains tremblantes, posées sur la table.

Comment ose-t-il ?! Anabelle aurait voulu s'énerver, lui faire ravaler toutes ses dents à coup de coup de poing. Elle restait figée.

Le contact d'une main sur son épaule lui fit l'effet d'une brûlure ; elle bondit sur ses pieds et s'éloigna de quelques pas. Elle fixait le sol, les poings douloureusement serrés. Sa tête tournait dangereusement. Elle serra des dents et releva finalement sa tête pour croiser son regard. Rayleigh essaye de me parler, remarqua-t'elle. Mais elle n'entendait rien d'autre que le bourdonnement de son sang pulsant dans ses oreilles.

Le voile rouge commençait à tomber sur sa vision. D'abord le coin de ses yeux, puis tunnel vision jusqu'à ce qu'elle ne voit plus que rouge et-

Le souvenir de sa mère, de ses paroles lui revint, lui faisant l'effet d'une douche froide. Elle inspira violement, manquant de s'étouffer et essaya de s'éclaircir les idées. Ne pas céder.

Mais rester ici était impossible. Elle pouvait sentir son sang se réchauffer encore une fois, sa colère prendre le dessus. Son moment de lucidité n'allait pas durer.

Je dois partir.


"Ana, tu es l'héritière d'une très vieille lignée." lui souffla sa mère alors qu'elle lui caressait les cheveux. "et du tempérament des Lépicier." Elle démêla doucement les nœuds qu'elle rencontrait au passage de ses doigts. "Tu dois le combattre, ne pas le laisser prendre le dessus."


Les pas s'arrêtèrent à ses côtés. Jetant un coup d'œil à sa droite, elle se surprit à voir une tête brune coiffé d'un chapeau rouge et non blonde, comme elle s'y attendait. Anabelle était de nouveau assise sur la rambarde de la veille, à regarder le ciel -bleu, sans nuage-, ses mains se contractant sporadiquement.

Ils restèrent ainsi un temps, à se contenter de profiter de la brise en silence, avant que Roger ne brise le silence.

« Ce que Shun a dit était… maladroit. » Il s'interrompit et elle profita pour le couper.

« Ce n'est pas étonnant venant d'un fils de pu-»

« Anabelle ! » Gronda-t'il. Elle n'eut pas besoin de le regarder pour sentir son regard noir. Il prend sa défense ?! Elle ferma sa bouche en claquant des dents. Il est en tort ! Elle fixait méchamment le ciel. « Shun est l'un de mes compagnons et je ne tolère pas qu'on l'insulte ! » Elle garda sagement sa bouche fermée. Alors qu'elle…

Ne pas céder. Ne pas céder. Ne pas cé-

Un soupir. Il reprit plus calmement. « Ma fille, Shun l'a peut-être dit maladroitement et à un moment plutôt inopportun mais il est vrai que Setsu a de la famille dans le coin et on avait pensé que, si tu ne voulais pas rester sur le bateau, tu pourrais vivre avec eux le temps que tu t'habitues à l'île, qu'en dis-tu ? »

« Okay.» Elle ne prit pas le temps de réfléchir.

« Okay ? Tu ne veux pas prendre le tem-»

« J'irais vivre avec sa famille. » Il se dégonfla un peu.

Peu de temps après, on lui présenta sa chambre. (Elle ne peut pas rester dans l'infirmerie, Crocus avait souligné.) Enfin, 'chambre' était un bien grand mot pour décrire la pièce dans laquelle elle allait dormir le temps d'atteindre l'île : c'était un ancien débarras -juste suffisamment grand pour qu'elle puisse s'allonger dans sa largeur et toucher les deux murs- dans lequel on avait apporté un hamac et une table de chevet.

Ka no Kuni, ou le Pays des Fleurs, était l'île natale de Setsu -l'infirmier rockeur à la veste à clous- située à une semaine et demie de leur position. Là-bas, elle rejoindrait Setsuna, la sœur jumelle de l'infirmier, avec qui elle apprendrait la culture et tout le nécessaire qu'elle devrait savoir pour y vivre paisiblement. Et puis, elle pourrait vivre par elle-même.

Tout un programme l'attendait déjà.


Allongée sur son hamac, Anabelle fixait le plafond.

Il ne tolérait pas qu'on s'en prenne à ses amis mais cela ne le dérangeait pas qu'on s'en prenne à elle.

Elle fronça des sourcils.

Pourquoi cela lui laissait un étrange goût amer ...?


Les deux jours suivants se passèrent de la façon suivante : réveil avec les paupières lourdes, lever seulement pour déjeuner, triturer sa nourriture plus que la manger, lancer des regards noirs à Shun en incendiant mentalement, suivre un peu Rayleigh sur le pont, retourner dans sa chambre, attendre le diner, fuir les conversations comme la peste durant ledit diner, s'endormir en pleurant.

Le troisième jour la vit trop agitée pour pouvoir suivre ce rythme. Elle avait besoin de faire quelque chose sur ce bateau ou elle allait finir folle. Elle passait son temps à ressasser les mêmes pensées, les mêmes images de feu et de sang défilaient dans son esprit. A ce moment-là, elle aurait fait n'importe quoi ; récurer le pont, les canons, préparer la nourriture. N'importe quoi pour lui faire oublier, même pendant qu'un instant, ce vide qu'elle ressentait.

C'était aussi peut-être une sorte d'étrange sens du devoir mal placé qui la poussait à vouloir aider les autres ; ils l'avaient sauvée, ils la nourrissaient. Ils n'avaient pas été forcés de le faire mais ils l'avaient fait et elle…

Elle ne faisait rien.

C'était pour cela que le soir venu, après le diner, elle s'approcha de la cuisine. Une planche grinça sous son poids.

« Qui est là ? » Une voix rauque et gutturale, assez effrayante, prit Anabelle par surprise. Elle venait de partout et de nulle part à la fois. Et elle enclencha tous les signaux d'alarmes d'Anabelle qui recula d'un pas, prête à déguerpir à tout moment. « Je te jure que si c'est toi Roger, cap'taine ou non, tu vas passer un sale quart d'heure. » Sortant de derrière des marmites encore fumantes apparut un homme énorme autant en largeur qu'en hauteur, un chapeau de chef posé sur son crâne chauve, une fine moustache blonde et un tablier plus gras que blanc. Il se figea quand il la vit. « Oh ! La petite ombre de Rayleigh, que puis-je faire pour toi ? ».

Elle ouvrit de grands yeux. La petite…

« …ombre de Rayleigh ? »

Il rejeta sa tête en arrière avant de lâcher un rire profond. « Dyahyahya, tu es toujours à suivre ce bon vieux Rayleigh, comme son ombre ! » Elle ne le suivait… pas tant que ça ? Elle le regarda interdite avant de se rappeler de ses manières. Tu veux lui demander un truc, non ? Alors mets y les formes !

« Je suis Anabelle Lépicier. » Elle s'inclina poliment. « Enchanté Monsieur. » Quand elle se releva, elle le vit la regarder d'un œil critique.

« Hum… Tu es émacié, petite fille, très maigre. » Anabelle déglutit bruyamment, elle n'aimait pas trop où cela menait. Un grand sourire engloutit son visage. « Changeons cela ! » Une de ses grosses paluches lui serra l'épaule et l'entraina à sa suite. « Chuis ravi qu'il y ait enfin une fille sur le bateau. » Anabelle le regardait virevolter dans tous les sens, prendre un ingrédient, le verser dans une marmite, tout en continuant de parler. « Etre entouré par de tels rustres qui comprennent rien à la bonne cuisine. » Il coupait par ci par là des ingrédients pour les verser sans regarder dans un plat. « Ils engloutissent ma nourriture, l'engloutissent ! Ils ne prennent même pas le temps de la savourer ! » Il s'interrompit pour goûter un bouillon. « Mais avec une fille à bord… » Il se retourna, la pointant d'une louche, « Tu dois t'y connaître en cuisine, n'est-ce pas ? Tu ne me feras pas l'affront d'engloutir ma cuisine, toi ! ».

Anabelle fixait la louche dégoulinante, les yeux écarquillés. « Oui… ? »

« Parfait ! Tu seras ma goûteuse personnelle à partir de maintenant alors. » Il lui tendit une coupe de bouillon. Elle s'en saisit sans réfléchir.

Goûteuse perso…

Oh oh… Il faut dérailler ce genre de pensées !

« Monsieur, »

« Allons, pas de cela entre nous, appelle-moi Ganji ! »

« -c'est très gentil de votre part de vous soucier de mon bien-être mais je ne suis pas venu ici pour cela. » Il se retourna vers elle, un sourcil levé. « Déjà, je ne compte pas rester sur le bateau. » Il perdit son sourire. « et ensuite, je voulais savoir si je pouvais faire la plonge pour vous. »

« Je peux très bien faire ma vaisselle, petite fille. » Ses yeux brillaient d'une lueur farouche.

Oh Oh… Retour en arrière, vite !

« Ce n'est pas ce que je voulais dire ! Je ne doute pas de vous mais j'aimerais aider, faire quelque chose, enfin vous savez… ». Elle regarda délibérément le mur à sa droite. Elle sentit son regard sur elle pendant un long moment, si long qu'Anabelle commençait à être mal à l'aise et à se tortiller sur place.

« Très bien, petite fille. Faisons un marché. » Il s'abaissa à sa hauteur. « Tu seras ma goûteuse personnelle pendant la durée de ton séjour parmi nous et je te laisserais faire la plonge le soir et seulement le soir. »

Anabelle plongea son regard dans le sien avant de tendre sa main qui fut engloutie par la grosse paluche du cuisinier.

« Deal. »

C'est ainsi qu'elle se retrouva, une heure plus tard, seule dans un petit coin illuminé de la cuisine, les bras enfoncés dans l'eau jusqu'au coude, à nettoyer sa quarantième assiette. Ganji était parti une dizaine de minutes avant, ayant terminé le repas du lendemain, avec pour avertissement de ne laisser personne entrer dans sa cuisine; pas les petites souris du bateau et encore moins ce 'satané de capitaine qui s'empiffre comme un porc dès qu'il (Ganji) a le dos tourné'. La pile d'assiette -qu'elle avait entamé il y avait une heure de cela- ne semblait jamais se terminer mais les mouvements répétitifs et familiers l'encraient dans le présent.

Elle ne sortit de cette sorte de transe dans laquelle elle était tombée que lorsqu'une porte claqua. Balançant son torchon sur l'épaule, Anabelle s'approcha à pas de loup du bar qui séparait la cuisine du réfectoire pour découvrir dans toute sa gloire une tête rousse surmontée d'un chapeau de paille. Elle s'appuya contre le mur, le regardant marcher le plus doucement possible en direction de la cuisine.

Alors, il fait partie des petites souris.

« Je ne ferais pas ça à ta place. »

Shanks fit un bond sur place avant de se tourner dans sa direction. « Oh ! Tu es… Anabelle, c'est ça ? »

Elle acquiesça puis reprit : « Que fais-tu ici ?»

« Errrr… Enfin, avec Baggy on est de tour de garde à la vigie et tu sais... » Il balaya ses paroles d'un mouvement de bras, comme pour appuyer ses dires.

« Je ne sais justement pas. » Elle croisa des bras. « Peux-tu m'expliquer ? »

Pris au dépourvu, il balbutia une sorte d'excuse avant d'aviser le fantôme d'un sourire sur ses lèvres. « Tu te payes ma tête ? »

Elle leva un sourcil, sentant son sourire s'agrandir légèrement. « A ton avis ? ». Elle s'approcha du comptoir. « Pourquoi cette tête surprise ? »

Il se gratta une joue. « Je ne m'attendais pas à ça. ».

Oh ? Et il s'attendait à quoi ? A ce que je pleure toutes les larmes de mon corps au moment où il aurait ouvert sa bouche ?

« Bref. Tu veux aller récupérer de la nourriture dans la cuisine ? » Il acquiesça. « Le truc, c'est que Monsieur Ganji m'a explicitement donnée l'ordre de ne laisser rentrer personne dans sa cuisine. Je ne peux pas briser sa confiance comme ça, n'est-ce pas ? »

Il s'approcha du comptoir pour finalement s'asseoir en face d'elle, un rictus aux lèvres. « Tu ne vas pas briser sa confiance si c'est toi qui me fournit la nourriture. »

Le petit malin… Mais son raisonnement a une faille…

« Mais si je ne veux pas ? » Elle laissa sa question en suspens quelques secondes, le temps qu'il perde son sourire, avant de reprendre. « Tu veux quoi ? »

Son sourire revint à pleine puissance. Je vais finir aveugle un jour.

« Il y a du pain dans l'armoire du fond. Il devrait y avoir des restes de viande et de fromage dans le frigo aussi. Et.. » Il réfléchit. « Probablement une bouteille de saké dans un des placards, probablement le troisième à droite. Il a un double fond. »

Elle gela. Attends, saké ? Il a quel âge déjà ? Elle l'observa un instant, prit en compte sa bouille d'enfant –il avait encore ses joues de bébé-. Pas plus vieux que moi dans tous les cas. Elle récupéra le pain et le fromage qu'elle déposa devant lui.

« Ça devrait être largement suffisant pour vous deux. » Les coins de sa bouche se baissèrent légèrement, trahissant le début d'une moue. Elle se tourna en direction de la pile de vaisselle qui l'attendait quand ses oreilles captèrent un murmure. Elle aurait juré l'avoir entendu dire 'Rabat-joie'.

« Ah. Mais toi, qu'est-ce que tu fais ici ? Je suis surpris que le vieux Ganji t'ait laissé sa cuisine. » Une main lui soutenait sa tête et il la regardait sans se départir de son sourire.

« Probablement dû à mon charme légendaire." Marmonna-t'elle dans sa barbe avant de reprendre plus fort. "Je fais la plonge. »

Il plissa des yeux, inclinant légèrement sa tête avec une expression de réflexion profonde. « Peut-être que si… A la rigueur, en fermant les yeux, on peut voir ce fameux charme légendaire. »

Sa bouche et ses yeux s'arrondirent de surprise, ressemblant à la perfection à un poisson hors de l'eau. Elle faisait même les mouvements de bouche. Sa main chercha instinctivement à se saisir du torchon sur son épaule pour le frapper avec. Elle se figea à mi-chemin.

C'était étrange; trop facile, beaucoup trop facile de blaguer avec lui. La facilité avec laquelle elle discuter avec lui était effrayante pour ainsi dire. Elle n'était pas très douée pour les joutes verbales. Pourtant, les mots qui sortaient de sa bouche et les réponses qu'elle donnaient lui semblaient tellement normal... Comme si...

Elle ne s'en était pas rendu compte immédiatement, est ce du à son charisme ?, mais il avait un petit quelque chose qui la mettait à l'aise; un peu trop à l'aise même. Elle ne le connaissait pas, comment pouvait-elle être si… Si détendu en sa présence ? En blaguant comme cela, il était si facile…

Elle recula d'un pas. Shanks fronça des sourcils.

Comme si c'est normal.

Il était si facile d'oublier sa situation.

« Ça va ? »

Elle hocha machinalement sa tête. Non, elle n'allait pas bien mais il n'avait pas besoin de savoir cela. Elle se racla la gorge.

« Tu devrais partir, tu sais. Rejoindre Baggy. Il doit t'attendre. » Elle se tourna pour retourner à levier.

Il lui saisit le coude. « Tu devrais venir avec nous, je suis sûre que ça ne dérangerait pas Baggy. ».

Elle fixa sa main. Il la relâcha immédiatement.

« Pourquoi ? » Pourquoi voulait-il s'infliger sa présence ? Il devrait savoir, au vu de sa situation, qu'elle ne serait pas de bonne compagnie. Elle n'était pas un papillon social, elle n'était pas capable de faire la causette. Ce serait juste douloureux pour les deux.

« Parce que je voudrais que l'on devienne ami. »

Anabelle se figea. C'était incroyablement… innocent et même niais. Gentil aussi, mais surtout innocent et niais.

Elle s'approcha des éviers, se saisit d'une assiette et la plongea dans l'eau. Elle ne pouvait pas s'attacher, leurs adieux n'en seraient que plus douloureux. Autant le dissuader pendant qu'il était encore temps.

« Etre ami ? Je crois pas, non. L'amitié nécessite du temps, chose dont tu n'as pas, de l'investissement, chose dont je n'ai pas envie de donner, et de la confiance, chose qui comme tu le sais bien, nécessite du temps. Dans une semaine je serais descendue du bateau. » Elle récura soigneusement l'assiette avant de la poser dans le bac d'eau propre. « Et puis, je doute que tu puisses être capable de t'entendre avec quelqu'un comme moi. » Elle soupira. « Ça ne marchera pas entre nous, c'est tout. »

Il y avait juste à espérer qu'il ne soit pas comme Nam-Sah.

Personne ne peut être comme elle.

Elle plongea ses mains dans l'eau froide, s'attendant à ce qu'il quitte la cantine. Un mouvement dans son champ de vision attira son attention. Qu'est-ce que ?

« Tu n'as rien à faire dans la cuisine. »

Il y avait quelque chose de plus malicieux dans ses yeux, dans son expression.

« C'est un défi ? »

« Non ! » Un défi ? Mais… Quoi ? Pourquoi… A quel moment tu t'es imaginé ça ?

« Vraiment ? Je le prends quand même comme un défi. » Il se retourna pour partir, laissant derrière lui une Anabelle des plus déconcertées.

Quoi ?!

Anabelle se pinça le nez, les yeux fermés.

Dans quel pétrin s'était-elle encore fourrée ?

...

à suivre ?