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Et il en reste encore !

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Partie 1 : Elle voulait seulement l’aider !

Elle avait quatorze ans quand l’ombre l’avait emportée, la première fois.

 

Le pire dans tout ça, c’est que, non seulement c’était totalement volontaire de sa part, mais en plus, elle avait été heureuse de partir.

 

Heureuse de quitter sa maison, de quitter ses parents, ses frères, Baelfire, heureuse, tout simplement, d’échapper à cette vie monotone qu’était la sienne dans cette Angleterre victorienne où elle ne se sentait pas à sa place, où elle devrait grandir, ne plus croire en la magie, et un jour se marier.

 

Devenir une bonne petite femme anglaise, en somme…

 

Et Wendy Darling, elle, refusait tout à fait ce destin tout tracé dans lequel ses parents étaient en train de l’enfermer sans même s’en rendre compte.

 

Mais Baelfire, lui, il aurait dû comprendre, pas vrai ?

 

Comprendre sa fascination pour ce monde étrange qu’elle ne connaissait pas, pour cette magie qui semblait capable de tout et n’importe quoi, pour cette ombre qui sortait de nulle part et qui lui semblait être si mystérieuse et si fascinante.

 

La magie pouvait la faire voler, et elle ne comprenait pas pourquoi Baelfire en avait tellement peur.

 

Dans son monde à lui, la magie était peut-être maléfique, mais ici – elle en avait la certitude, dans sa naïveté – elle ne l’était en aucun cas…

 

Elle faisait confiance à l’ombre, de tout son cœur d’enfant qui avait juste envie de croire aux fées, aux sirènes et aux pirates, dans ce monde où personne ne vieillissait jamais, où personne ne grandissait jamais.

 

Où personne ne mourait.

 

Et peut-être que, dans son innocence, elle avait cru qu’elle pourrait repartir librement, puis revenir, puis repartir encore, une fois qu’elle aurait été décidée à grandir pour de vrai, elle pensait encore que Peter Pan, celui à qui l’ombre appartenait (ou plutôt, c’était lui qui appartenait à l’ombre, lui qui lui avait vendu son âme et son humanité en plus du reste) était quelqu’un de bien.

 

Jamais elle n’aurait pu penser que le Pays Imaginaire n’était en réalité qu’une terrible prison, dirigée par un homme monstrueux devenu enfant à nouveau et qui ne voulait qu’une chose : rester jeune pour toujours.

 

Vivre éternellement, non pas pour être un enfant, mais pour n’avoir jamais de responsabilités, et ne jamais disparaître.

 

Elle ne savait pas encore que le véritable Enfer était bel et bien ce Pays enchanté dont personne ne revenait jamais, du moins pas sans avoir la permission du maître des lieux.

 

§§§§

 

Il faisait froid et sombre la nuit où l’ombre l’emporta pour la première fois.

 

C’était très certainement dû au fait qu’elle n’était vêtue cette nuit-là que de sa chemise de nuit habituelle, et à vrai dire, elle n’y prit pas réellement attention, tant son excitation à l’idée d’enfin aller là-bas était forte.

 

Elle ne savait pas encore que cette froideur préfigurait les ténèbres dans lesquelles elle serait bientôt plongée contre sa volonté…

 

L’ombre la déposa sur le sol avec douceur, et alors que ses pieds nus touchaient le sol d’herbes, de terre et de pierres du Pays Imaginaire, Wendy prit enfin conscience du froid qui l’entourait, et commença à frissonner.

 

Elle se demanda si c’était tout le temps comme ça sur l’île, avant de rejeter cette pensée le plus loin possible dans son esprit.

 

Non, bien sûr que non, la chaleur devait bien revenir quand il faisait jour, pas vrai ?

 

Cette île ne pouvait pas être glacée tout le temps…

 

(Et pourtant…

 

Les ombres et le froid…

 

Voilà les seules choses qui perduraient au Pays Imaginaire.)

 

Mettant rapidement de côté le fait qu’elle était littéralement en train de geler sur place, le sourire aux lèvres, elle regarda autour d’elle, découvrant alors tout ce qu’elle avait toujours rêvé de voir.

 

Il y avait des garçons dansant autour d’un feu, mené par un autre jeune garçon qui semblait plus âgé que tout les autres, et qui tenait dans ses mains une flûte de Pan, dont il jouait à ce moment-là.

 

Ils jouaient ensemble, riaient, criaient, et semblaient être les personnes les plus heureuses du monde, et Wendy sentit une douce chaleur l’envahir alors qu’elle les voyait s’amuser ainsi.

 

C’était cela qu’elle avait toujours voulu.

 

Peut-être était-ce la magie enchanteresse du Pays Imaginaire qui l’envahissait, mais le fait est qu’elle n’avait déjà plus la moindre envie de partir.

 

Le fait étrange qu’elle ne puisse pas entendre la musique de la flûte la frappa pendant quelques secondes, mais, quelques instants plus tard, elle n’y pensa plus, se contentant de se joindre au groupe.

 

Au bout de quelques minutes, la danse finit par se terminer, alors que Peter Pan (cela devait forcément être lui, non ? Celui dont l’ombre lui avait tant parlé, à elle et à ses frères, puisque l’ombre n’arrêtait pas de l’entourer. Cela ne pouvait pas être quelqu’un d’autre.) arrêta de jouer, pour se diriger vers elle.

 

Il ressemblait complètement au garçon insouciant et rieur décrit par l’ombre, et, si elle avait été plus attentive, sans doute aurait-elle vu la lueur calculatrice qui se trouvait dans son regard.

 

Ce qu’elle ne savait pas encore, c’est que ce n’était pas elle qu’il voulait sur son île.

 

Enfin, pas maintenant, et surtout, pas de cette manière, pas alors qu’elle était encore si innocente et qu’elle avait encore confiance dans la vie.

 

Ce qu’elle ne savait pas encore, malheureusement, c’est que bientôt, ce jeune garçon la briserait.

 

§§§§

 

« Wendy Darling, la salua-t-il alors, je suis ravi de te rencontrer.

 

- Comment connais-tu mon nom ? »

 

Peter Pan se mit alors à sourire une nouvelle fois.

 

Cela faisait déjà six mois que l’ombre se rendait toutes les nuits dans la demeure de Wendy Darling et de ses frères, six mois que celle-ci tentait par tout les moyens de les attirer vers le Pays Imaginaire.

 

Et, maintenant que Baelfire était enfin arrivé à Londres, là où il devait être, le plan de l’immortel commençait à se mettre en place.

 

« Mon ombre m’a beaucoup parlé de toi. »

 

La jeune fille se mit à sourire.

 

Oui, effectivement.

 

C’était parfait.

 

§§§§

 

La chute n’en fut que d’autant plus rude.

 

Ce que Wendy ne dit jamais à Baelfire, c’est qu’en réalité, elle n’avait pas passé qu’une seule nuit au Pays Imaginaire.

 

Le temps s’y écoulant tout à fait différemment (parce que oui, même s’il passait lentement, le temps n’était pas entièrement figé non plus. Ce n’était pas pour rien non plus que Peter Pan était en train de mener une course contre le temps, contre la mort, afin d’avoir accès un jour au cœur d’Henry), elle y resta donc pendant plusieurs jours, et plusieurs nuits.

 

Et à aucun moment elle ne fut pleinement heureuse.

 

Parce que, contrairement à ce qu’elle-même (et d’autres après elle) pensait, le Pays Imaginaire n’était en aucun cas un endroit pour les enfants.

 

Plus depuis que Peter en avait pris le contrôle.

 

Elle était là depuis trois jours quand le masque tomba définitivement, quand le voile qu’elle avait devant les yeux se déchira en mille morceaux.

 

Oh, bien sûr, les premières nuits ne furent pas une grande partie de plaisir non plus, entre le froid glacial qui s’était emparée d’elle dès l’instant où le feu s’était éteint, et les sanglots des garçons perdus qui pleuraient leurs parents qu’ils avaient parfois déjà oubliés avec le temps…

 

Mais elle pensait encore que ce n’était que le mal du pays.

 

Après tout, sa famille à elle aussi lui manquait, mais elle le savait, elle pourrait revenir, bientôt, et elle croyait encore que eux aussi.

 

Et puis, peu à peu, elle finit par comprendre que c’était autre chose.

 

Que ces enfants, aussi heureux semblaient-ils, ne voulaient qu’une chose.

 

Rentrer à la maison.

 

Chose dont ils étaient incapables, puisqu’ils ne disposaient pas de poussière de fée, et surtout parce que…

 

L’ombre ne les laissait pas repartir.

 

Ils n’étaient que des prisonniers, et Wendy ne pouvait que frissonner en s’imaginer connaître le même sort qu’eux.

 

Sauf qu’elle, elle était chanceuse.

 

Elle était une fille, et au Pays Imaginaire, il n’y en avait aucune, parce que ce n’était pas ce que Peter Pan voulait.

 

Une nuit plus tard, selon la temporalité du monde sans magie, et trois semaines plus tard, selon celle du Pays Imaginaire, Pan et l’ombre la laissèrent repartir.

 

Avec une promesse, aussi simple et efficace que terrifiante.

 

L’ombre reviendrait, pour prendre Jean et Michel.

 

Ce voyage fut le premier contact – et certainement pas le dernier – que Wendy Darling eut avec les ténèbres et cela la terrifia.

 

Elle savait qu’elle n’oublierait jamais le sourire terrifiant de Pan, ou encore son rire, même après des années loin de lui.

 

Jamais elle n’oublierait cette trahison, la trahison de sa confiance, la destruction de son innocence.

 

Malheureusement, il ne semblait pas décidé à la laisser tranquille, elle et sa famille.

 

§§§§

 

Quand Baelfire se sacrifia pour eux, fut enlevé par l’ombre, leur fut arraché alors même qu’elle était persuadée que cela ne pouvait pas arriver, son cœur se brisa.

 

Le plus dur fut d’essayer d’expliquer à ses parents pourquoi Baelfire avait disparu, et la raison pour laquelle il ne reviendrait pas, plus jamais.

 

Elle aurait pu leur dire la vérité, c’est vrai, mais elle refusait qu’on la prenne pour une folle.

 

Et si ses parents ainsi que ses frères parvinrent peu à peu à guérir de cette absence, de cette perte, elle, elle n’oublia jamais.

 

Et l’adolescente qui n’était désormais plus une enfant, qui ne le serait plus jamais, se fit alors une promesse.

 

Je te retrouverais Baelfire.

 

Et je te sauverais de l’ombre, de Peter Pan, de l’île et de son horreur.

 

Ne perd pas espoir, je t’en supplie.

 

Bientôt, ce serait elle qui perdrait tout espoir.

 

§§§§

 

Wendy Darling avait désormais seize ans et plus aucune illusion dans le cœur lorsque l’ombre de Peter Pan s’empara à nouveau d’elle.

 

Elle avait le sentiment que c’était à elle de faire cela, de repartir, parce qu’elle avait un compte à régler avec Pan et avec son île, parce que c’était elle qui avait voulu partir la première fois, parce que c’était elle qui avait fait venir l’ombre, parce qu’elle n’avait pas cru Baelfire à propos de la dangerosité et la toxicité de la magie.

 

Oh, comme elle avait eu tort

 

Tout cela était de sa faute, et c’était à elle d’arranger les choses.

 

Parce qu’elle avait des cauchemars toutes les nuits depuis deux ans, parce que le rire maléfique et incroyablement sardonique de Peter la hantait en permanence, parce qu’elle avait conscience qu’une part d’elle-même était restée sur l’île, elle savait qu’en un sens, elle n’était jamais vraiment partie.

 

Parce que Jean et Michel avaient grandi, eux qui n’avaient que six et huit ans à l’époque, et eux, ils avaient réussi à oublier, chose dont elle était parfaitement incapable, parce qu’ils étaient encore des enfants, et avaient encore en eux cette innocence qu’elle-même n’avait plus, et que Pan avait réussi à ruiner pendant le peu de temps qu’elle avait passé sur son île maudite.

 

Le Pays Imaginaire la hantait, était devenue une partie d’elle, et elle savait qu’elle ne pourrait s’en délivrer qu’en y retournant et en sauvant Baelfire de cet endroit maudit.

 

Elle savait aussi que ce ne serait pas facile, loin de là.

 

Ce qu’elle ne savait pas non plus, c’était que l’île ne l’avait en aucun cas oubliée.

 

§§§§

 

La jeune fille repartit au pays de son cauchemar après avoir dit au revoir à ses frères, leur avoir promis de revenir vite (menteuse, menteuse, menteuse. Oh, pauvre Wendy, toi qui croyait encore que tout finirait bien), et leur avoir fait promettre de toujours, toujours fermer la fenêtre de leur chambre, lorsqu’il faisait nuit.

 

Et de ne jamais rappeler l’ombre.

 

Après le départ de sa mère, celle-ci lui ayant souhaité une bonne nuit, Wendy se coucha, essuya les quelques larmes qui menaçaient de couler, fit sembler de s’endormir, et, une fois qu’elle fut certaine que ses parents étaient endormis, alors qu’elle écoutait leur respiration paisible, elle se leva, se rendit à la fenêtre de sa chambre (cela faisait bien longtemps qu’elle ne partageait plus de chambre avec ses frères), et l’ouvrit en grand.

 

Le vent glacial de la nuit l’entoura et elle frissonna, se trouvant être ramenée par la pensée deux ans en arrière, à une époque où elle était encore innocente et heureuse.

 

Cette fois-ci, elle laissa quelques larmes couler le long de ses joues.

 

Je suis désolée Baelfire.

 

Je suis tellement désolée…

 

Elle les essuya une nouvelle fois, puis, une fois qu’elle se fut calmée, elle prit une grande inspiration.

 

« Je crois en toi, murmura-t-elle, le cœur en morceaux, se souvenant que c’était cette croyance-là qui l’avait perdue et qui avait perdu Baelfire deux ans plus tôt. »

 

Le pire c’est que ce n’était même pas un mensonge.

 

Oui, la petite fille qui croyait encore en Peter Pan et en sa bonté était toujours là, en elle, bien cachée, et Wendy la haïssait de toujours vouloir croire en un monstre qui n’avait voulu que la détruire.

 

(Il y avait tant de choses qu’elle n’avait pas dites à Baelfire ou à ses frères concernant son voyage au Pays Imaginaire.)

 

Lorsque l’ombre apparut devant elle pour la deuxième fois, alors qu’elle saisissait sa main, elle le fit non pas remplie d’émerveillement, mais de dégoût.

 

§§§§

 

Elle s’en souvenait comme si c’était hier.

 

En l’espace d’une seconde, alors que d’anciennes sensations oubliées lui revenaient en mémoire, elle se rappela de tout.

 

Comment Baelfire avait essayé, de toutes ses forces, de l’empêcher de se rendre -bas, comment elle avait refusé de l’écouter, même en sachant que sa famille à lui avait été brisée à cause de cette fameuse magie qu’elle admirait et aimait tant.

 

Comment Pan avait fini par tout détruire, comment l’ombre leur avait arraché Baelfire, comment le jeune garçon s’était sacrifié pour eux.

 

Wendy n’avait jamais parlé à personne des nombreux cauchemars qui l’avaient hantée après la disparition de celui qu’elle considérait comme son troisième frère.

 

Ce n’était pas des cauchemars, pas vraiment.

 

Dans ceux-ci, elle voyait Pan, et il se riait d’elle, se riait de sa faiblesse, se riait de son échec, se riait de sa perte.

 

C’était comme si il était vraiment là.

 

Et peut-être l’était-il, pour de vrai, et peut-être retourna-t-elle pour de vrai sur l’île, lors de ces instants-là, après tout, le Pays Imaginaire n’était-il pas fait à la base pour que les enfants puissent s’y évader au cours de leurs rêves ?

 

(Ce n’était plus le cas aujourd’hui.

 

Pan l’avait tellement corrompu…)

 

Ça avait duré deux ans, deux années pendant lesquelles le monstre de ses cauchemars l’avait accompagnée pas à pas dans ses rêves ; riant encore et encore d’elle.

 

Alors qu’elle remettait les pieds sur le sol glacé du Pays Imaginaire, Wendy Darling réalisa enfin à quel point elle avait peur.

 

§§§§

 

Le sourire démoniaque de Félix fut la première chose qu’elle vit en sortant de ses pensées.

 

« Bon retour au Pays Imaginaire… Wendy. »

 

Elle faillit lui répondre qu’elle n’avait aucune envie de revenir.

 

L’arrivée soudaine de Pan l’en empêcha.

 

Celui-ci était en train de lui sourire, de ce même sourire qui avait hanté les nuits et la vie de Wendy ces deux dernières années.

 

« Wendy, Wendy, Wendy… déclara-t-il avec une fausse affabilité. Comme je suis heureux de te revoir.

 

Ce sentiment n’est aucunement partagé… pensa-t-elle avec une colère froide.

 

Avant, elle aurait pu se laisser avoir par son baratin.

 

Maintenant, elle savait qui il était.

 

Elle le fusilla du regard, croisant les bras, autant pour tenter de se montrer menaçante que pour essayer de se réchauffer.

 

- Où est-il, Peter ? »

 

Celui qu’elle avait autrefois cru pouvoir appeler son ami feignit immédiatement la surprise.

 

« Qui ?

 

- Tu vois très bien de qui je parle. De Baelfire ! Dis-moi tout de suite où il est, parce que je n’ai pas envie de jouer ! »

 

Ce n’était en aucun cas la bonne réponse à donner à quelqu’un comme Peter Pan, étant donné que le jeu était l’essence même de ce petit salopard, dont le visage se tordit en un atroce sourire.

 

« Ainsi donc, tu ne veux pas jouer ? Très bien, si tu veux… Tant pis pour toi ! Emmenez-la là où vous savez, fit-il en s’adressant à deux enfants perdus qui se saisirent immédiatement d’elle sans protester, et cette promptitude seule suffit à la faire frissonner.

 

En voyant la terreur l’envahir, il se mit à ricaner, son sourire se faisant vicieux.

 

Il se rapprocha d’elle et saisit son visage dans sa main droite.

 

- Que croyais-tu donc ma chère Wendy ? Lui susurra-t-il d’une façon terriblement obscène. Qu’il te suffirait de venir ici, de réclamer Baelfire et que je vous laisserais ensuite partir ? Non… Tu devrais me connaître mieux que ça, ironisa-t-il.

 

J’ai de grands projets pour lui, et peut-être pour toi aussi, j’avoue ne pas encore avoir décidé ce que je vais faire de toi… Ta présence n’était pas prévue, je dois le reconnaître. Tu n’aurais jamais dû revenir au Pays Imaginaire, Wendy ! Ajouta-t-il alors qu’elle se faisait emmener. »

 

Une nouvelle bouffée de terreur l’envahit alors qu’elle comprenait dans quel piège elle s’était jetée à l’instant, auquel elle ne pouvait pas échapper, et elle commença à se débattre.

 

« Non ! NON ! Elle ne savait pas où on l’emmenait, mais cela ne lui disait rien de bon. Peter, laisse moi partir ! (Oh, comme elle avait été naïve d’oser croire qu’elle pourrait y arriver toute seule !) Baelfire ! Hurla-t-elle alors en désespoir de cause, espérant se faire entendre de lui. BAELFIRE ! »

 

Ce qu’elle ne savait pas, c’est qu’il se trouvait à l’autre bout de l’île, et qu’il ne pouvait pas l’entendre…

 

§§§§

 

La première nuit qu’elle passa dans la cage fut plus qu’atroce.

 

Le froid, la solitude, le désespoir qu’elle ressentait face à son échec et sa naïveté, qui lui avait fait croire qu’elle pourrait à elle seule défier Peter Pan, tout cela l’empêcha de dormir.

 

L’inconfort de sa prison y était pour beaucoup également…

 

Elle y resta pendant trois jours, trois jours pendant lesquels la faim et la soif la torturèrent horriblement, trois jours durant lesquels le simple fait de faire ses besoins était une véritable torture pour elle.

 

Au bout de trois jours, pris de pitié (ou en la pensant peut-être désormais suffisamment faible), Peter la fit sortir de sa cage, et il la ramena jusqu’à leur arbre.

 

La jeune fille avait perdu connaissance depuis déjà longtemps, son hygiène laissait clairement à désirer, et son visage était devenu d’une pâleur assez inquiétante.

 

Cela ne fit qu’accentuer le sourire de Pan, qui ne voyait là qu’une occasion de la briser et de la faire rejoindre son camp.

 

Chose qu’il aurait pu également faire avec Baelfire, mais le fait est qu’il le voulait en colère contre lui, il voulait qu’il s’échappe un jour.

 

Alors que Wendy, elle, ne faisait pas partie de son grand plan visant à exister pour toujours.

 

De ce fait, il n’avait pas d’abord su qu’en faire.

 

Puis, un plan s’était formé en lui.

 

Celui d’utiliser Wendy contre ceux-là même qu’elle avait aimé autrefois, contre ses frères, contre Baelfire, contre tout ce en quoi elle avait cru auparavant…

 

Et donc de détruire tout ce qu’il y avait de bon en elle.

 

Pas seulement cependant…

 

Son but était aussi d’en faire sa reine, reine des Ténèbres et du Pays Imaginaire – ce qui ne la ferait que sombrer encore plus – car il avait beau vouloir être jeune pour toujours, cela ne l’empêchait pas de ne pas vouloir être seul.

 

Un jour, oui, un jour, il le savait : elle l’aimerait.

 

Et peu importe qu’il ait à tout détruire en elle pour qu’elle le fasse un jour.

 

Et il ne pouvait que savourer l’ironie parfaite de cette situation.

 

Presque avec tendresse, il passa sa main dans les cheveux de la jeune fille endormie, qui sursauta à ce contact, et ouvrit enfin les yeux.

 

Elle tenta de se dégager de ce contact forcé et non désiré, mais sa faiblesse physique l’en empêcha.

 

Alors qu’il voyait la peur dans ses yeux, mal dissimulée derrière sa fatigue, il se mit à sourire.

 

« Qu’est-ce que tu comptes me faire ? Demanda Wendy d’une voix certes faible, mais avec un courage qui le remplit d’admiration presque malgré lui. »

 

Elle ne serait pas simple à briser, comprit-il alors.

 

Il la voulait sombre et détruite, mais elle ne se laisserait pas faire.

 

Cela ne rendrait le jeu que plus amusant et la victoire plus savoureuse encore pour lui.

 

Ne répondant pas, il se contenta de lui tendre une moitié de noix de coco, en guise de verre d’eau, sur lequel elle se jeta avidement, étanchant enfin sa soif.

 

Saisissant sa main, il l’aida à se relever et à s’asseoir sur une chaise non loin de la table sur laquelle se trouvait un repas somptueux spécialement préparé pour elle.

 

Ayant conscience que c’était son seul moyen de survivre sur cette île maudite, Wendy décida de mettre sa méfiance de côté, et elle commença à manger en silence.

 

Elle rejeta le plus loin possible au fond d’elle-même la reconnaissance malsaine qu’elle commençait à ressentir vis-à-vis de Pan, sachant que c’était lui qui l’avait affamée en premier lieu.

 

« Maintenant, Wendy, dis-moi… Acceptes-tu de faire partie des enfants perdus et de me rejoindre ? Oh, et bien sûr, tu dois avoir conscience que je ne te laisserais pas entrer en contact avec Baelfire, ce serait un problème pour moi si tu le faisais… Alors ?

 

Revigorée, elle lui lança un regard plein de colère.

 

- Même pas en rêve… lui cracha-t-elle avec violence.

 

Il sourit.

 

- Je sens que ça va être drôle. »

 

§§§§

 

Le jeu continua pendant un certain temps.

 

Avec un amusement sadique, Pan la remettait dans sa cage, pour un, trois, six jours, selon son humeur, parfois même plus, la faisant sortir, se nourrir et se désaltérer quand elle en avait vraiment besoin.

 

Puis, il la laissait se reposer pendant quelque temps, la maintenant en vie le mieux possible.

 

Et le jeu cruel recommençait.

 

Wendy ne regrettait en aucun cas sa décision – en tout cas, pas encore – parce qu’elle avait encore la certitude qu’un jour, elle arriverait à s’en sortir, à s’évader.

 

Elle avait encore la foi, plus en Peter, certes, mais en elle-même, et en Baelfire.

 

Un jour, ils sortiraient de cet enfer.

 

§§§§

 

Parfois, quand la déshydratation ou la faim ne lui faisaient pas perdre connaissance, et ne la faisaient pas délirer, Wendy se demandait si Baelfire allait bien ou non.

 

Elle savait qu’il n’était pas avec les enfants perdus, puisque l’un d’eux l’avait informée qu’il avait pris la fuite bien avant qu’elle n’arrive, et qu’il se trouvait dans un endroit de l’île qui leur était inconnu.

 

À d’autres moments – les pires – lorsque la déprime et la tristesse l’envahissaient, elle se disait même qu’il était peut-être déjà mort.

 

Et lorsqu’elle perdait complètement espoir – cela ne durait pas longtemps, certes, mais ça arrivait – elle en venait à penser que si c’était le cas, hé bien, c’était pour le mieux, et qu’il aurait peut-être mieux fallu qu’elle soit morte, elle aussi.

 

Ils étaient partis pour souffrir pour toute l’éternité sans pouvoir y échapper.

 

N’était-ce pas la définition de l’Enfer ?

 

Qu’est-ce qui pouvait être pire que cela ?

 

Elle ne savait pas encore que cela ne faisait que commencer…

 

§§§§

 

Trois semaines…

 

Il l’y avait laissée pendant trois putain de semaines.

 

Elle allait le tuer.

 

Oh, par les dieux, elle allait seulement tellement le tuer.

 

Enfin, ça, ce ne serait possible que si elle arrivait à nouveau à bouger.

 

La jeune fille se trouvait désormais hors de la cage, et elle bouillonnait d’une colère plus ou moins contenue.

 

Oh, comme elle haïssait cette foutue cage.

 

Non pas, à nouveau, qu’on l’ait complètement empêchée d’en sortir, loin de là, mais ça ne changeait rien au fait que cette prison était tout sauf confortable.

 

Ni au fait non négligeable que l’enfermement lui pesait.

 

De plus, plus elle restait de temps à l’intérieur de la cage, plus elle s’affaiblissait.

 

Même si Pan et tout les autres avaient été absents pendant un moment suffisamment long pour lui permettre de s’enfuir, elle n’aurait même pas pu le faire, parce qu’elle ne pouvait même plus courir, tant ses jambes étaient faibles.

 

Elle s’éteignait à petit feu, la faim et la soif continuaient de la torturer, même si Pan avait utilisé sa magie pour faire en sorte de rendre ses besoins naturels moins compliqués à supporter, en stoppant un peu son horloge biologique, en quelque sorte.

 

Le manque de sommeil se faisait douloureusement ressentir, et elle sentait son dos qui se brisait de plus en plus au fur et à mesure que le temps passait et que la douloureuse expérience du fait de « dormir » dans cette cage s’imprimait de plus en plus dans son corps, elle se disait également que bientôt, elle n’aurait plus aucune force pour se battre.

 

Ah oui, tout ça pour dire qu’elle haïssait de plus en plus Peter Pan.

 

Enfin, encore plus qu’avant quoi…

 

Cela faisait déjà trois heures qu’elle était seule, hors de la cage, allongée dans l’herbe et frigorifiée, et elle se demandait avec horreur quand ce foutu salopard allait arrêter cet enfer et la laisser mourir.

 

S’il n’y avait pas eu Baelfire et ses frères, ainsi que ses parents, pour qui elle voulait encore rester en vie, elle aurait sans doute déjà essayé de se tuer depuis longtemps.

 

En parlant de cela, la magie du Pays Imaginaire ne l’aidait en aucun cas, bien au contraire.

 

Peu à peu, elle commençait à oublier leurs visages.

 

C’était comme cela que fonctionnait ce monde, plus on y passait de temps, plus on risquait de perdre ses souvenirs du monde « réel ».

 

C’était une chose qui avait déjà commencé à se produire en elle lors de son premier voyage, et c’était pour cela que le Pays Imaginaire était supposé n’être qu’un lieu de passage, où les enfants, pendant leurs rêves, pouvaient oublier le réel.

 

Règle qui avait été bien évidemment bafouée à de nombreuses reprises par Peter Pan…

 

Oh bordel, elle n’arrivait même plus à bouger !

 

Trois semaines, trois longues putain de semaines, pendant lesquelles elle était restée enfermée, et où son séjour avait été entrecoupé de pauses et de sorties beaucoup trop courtes à son goût, où elle avait essayé tant bien que mal de dormir, sans grand succès.

 

Trois semaines douloureuses, remplies de tristesse, de souffrance, de désespoir.

 

Oh, et d’ennui, aussi.

 

Parce que oui, quand on reste seul pendant autant de temps sans avoir rien à faire à part regarder le ciel ou le paysage, ben, on s’emmerde assez rapidement.

 

Et puis c’est pas comme si Peter lui avait donné un livre ou quelque chose comme ça ou même un truc à faire.

 

Cela dit, vu que l’île était en quasi-permanence plongée dans l’obscurité, ça n’aurait pas changé grand-chose non plus…

 

Sans oublier le fait que le temps s’écoulait lentement dans ce monde, ce qui rendait les choses pires qu’elles ne l’étaient déjà, et encore plus longues.

 

Se relevant lentement, elle tenta de tenir debout sur ses jambes, avant de grimacer en constatant qu’elle avait un bon nombre de fourmis dans celles-ci.

 

Elle s’accrocha avec difficulté à une des branches d’un arbre à proximité d’elle, avant de voir avec déplaisir Peter Pan se diriger vers elle.

 

Wendy fit quelques pas, et elle dissimula un gémissement de douleur, en sentant à quel point ses jambes étaient insensibles, suite à immobilisation trop longue et forcée qu’elle avait subi dans la cage, ne voulant pas qu’il se rende compte d’à quel point elle était mal.

 

À cause de lui, d’ailleurs, mais bon, c’était pas comme si il était capable de ressentir une once de remords.

 

Malgré la douleur et le froid, la jeune fille parvint à envoyer un regard empli de colère à son tortionnaire.

 

Toute l’affection qu’elle avait pu ressentir autrefois pour lui s’était désormais envolée, était morte, avait complètement brûlé, en même temps que les restes de son innocence et de ses croyances.

 

Maintenant, elle n’était plus que colère à son égard.

 

(Elle avait peur, aussi.)

 

§§§§

 

Il la regardait, un peu comme si elle était la plus belle chose au monde, et elle, elle avait juste envie de vomir.

 

(Mauvaise idée, elle avait déjà trop peu mangé ces derniers temps, cela ne la rendrait qu’encore plus faible.)

 

Elle aurait voulu pouvoir lui arracher le cœur et le bouffer, l’écraser, le réduire en cendres lentement, regarder l’horreur et la détresse envahir son regard, voir sa respiration s’affaiblir, voir une tentative de supplique s’échapper de ses lèvres (supplique inutile, bien sûr), et le voir tomber, chuter, mourir.

 

Et en rire, bien sûr !

 

Wendy frissonna soudainement, terrifiée par ses propres pensées, horrifiée par ce sombre désir qu’elle n’avait jamais ressenti avant, par cette envie de tuer qui la dévorait à l’instant même, par cette noirceur qu’elle découvrait subitement ancrée en elle-même, et dont elle n’avait jamais soupçonné la présence auparavant.

 

Sa haine de Pan n’en augmenta que plus, car elle savait que c’était à cause de lui qu’elle ressentait cela.

 

Elle serra les poings, avant de se souvenir qu’elle s’était au préalable accrochée à un arbre, et qu’elle était donc désormais sur le point de tomber.

 

Se rattrapant rapidement aux branches (au sens littéral), elle remua un peu ses jambes, sentant avec soulagement que ces dernières commençaient peu à peu à se réhabituer au fait de faire une chose aussi simple et naturelle que pouvait l’être la marche.

 

Comment elle arrivait à encore tenir debout après tout ce qu’elle avait traversé, elle se le demandait encore.

 

« Besoin d’aide ? Ironisa-t-il d’un ton moqueur.

 

Elle le regarda avec une rage de moins en moins contenue.

 

- Ton aide, tu peux te la mettre où je pense, susurra-t-elle avec hargne.

 

Oui, le fait de côtoyer les enfants perdus, même cela n’arrivait pas souvent avait, disons… élargi un peu son vocabulaire et sa façon de parler.

 

- Oh, mais tu n’as pas besoin d’être aussi agressive !

 

- Oh, vraiment, Peter ? Est-ce que je t’ai foutu dernièrement dans une cage dont j’ai ensuite perdu la clef ? NON ! Donc tu te la fermes, tu veux ?

 

- Très bien. De toute façon, ce que je compte faire ne nécessite pas de mots, donc je peux très bien me taire si c’est ce que tu veux. »

 

Il y en avait suffisamment assez et trop peu dans ses paroles pour que Wendy puisse comprendre ce qu’il voulait dire, mais c’était bien assez pour lui faire peur.

 

Poser des questions n’aurait servi à rien, et à nouveau, elle ne pouvait de toute façon pas lui échapper.

 

La jeune fille réalisa alors avec amertume qu’elle était coincée ici, et que ce qu’elle avait autrefois toujours voulu était en train de se transformer en véritable cauchemar.

 

Le sourire du jeune homme se fit doux et rassurant, sans réussir à faire oublier à Wendy quel monstre se cachait sous le visage de l’ange, et il lui tendit la main.

 

Elle aurait voulu le repousser tout de suite, de toutes ses forces, mais elle était affamée, assoiffée, elle avait besoin de dormir, elle avait besoin de se laver.

 

Et elle savait pertinemment que si elle le repoussait encore, il risquait bien de la laisser mourir ici, et elle ne voulait pas, parce qu’une part d’elle s’accrochait encore à la vie, pour ses parents, ses frères, et Baelfire.

 

(Oh, Dieu merci, elle ne les avait pas encore oubliés.)

 

À bout de forces et sur le point de tomber, elle la saisit avec répugnance, admettant avec difficulté qu’il était le seul à pouvoir la sauver, lui qui avait tout fait pour la faire sombrer, et qui n’allait certainement pas s’arrêter en si bon chemin.

 

C’est avec la peur au ventre qu’elle le suivit jusqu’à l’arbre des enfants perdus, désormais vide, et en se demandant avec terreur ce qu’il allait lui faire.

 

A suivre…

Chapter Text

ND’A : Smut dans ce chapitre ou dans le suivant, je ne sais pas encore. Par contre il va bien y avoir des situations gênantes et malsaines (on peut dire merci à Peter Pan pour ça…)

 

Édit : Bon, ce sera pour le chapitre suivant en fait. Et c’était éprouvant à écrire et à relire, donc non, à nouveau, ce n’est pas du tout joyeux.

 

Et je vous préviens tout de suite, la partie 3 n’est toujours pas finie, c’est probablement

le OS le plus difficile que j’ai jamais eu à écrire.

 

Wendy se rendit compte très rapidement d’une chose simple.

 

Elle détestait le silence.

 

Ce dernier l’avait accompagnée durant ces trois dernières semaines, et elle savait pertinemment que si ça recommençait, elle allait bientôt devenir complètement folle.

 

« Pourquoi est-ce que tu fais tout ça Peter ? Demanda-t-elle d’une voix lasse. Enlever tout ces enfants, me séquestrer, retenir Baelfire… Pourquoi ? »

 

A vrai dire, elle ne savait pas elle-même si elle s’attendait vraiment ou non à une réponse.

 

Tout ce qu’elle savait, c’est que son corps n’était que fatigue, qu’elle était forcée de serrer de toutes ses forces la main de Peter pour ne pas tomber par terre, que ses yeux étaient en train de se fermer de plus en plus, et que, même si c’était absurde, le trajet jusqu’à l’arbre des enfants perdus lui semblait être interminable.

 

Sentant ses jambes faiblir, elle manqua alors de trébucher à deux ou trois reprises.

 

Il se retourna vers elle et constatant à quel point elle était à la traîne, il haussa les épaules, et sortit quelque chose de sa poche.

 

Ça semblait d’ailleurs particulièrement l’amuser de la voir dans cet état.

 

Espèce de connard sadique.

 

Si elle se décidait à faire l’état des lieux, ce n’était pas vraiment brillant.

 

Elle ne sentait ni ses pieds, ni ses jambes (enfin, à peine), elle ne se rappelait plus de la dernière fois où elle avait mangé ou bu, ou même dormi, et elle sentait avec inquiétude que la fatigue physique était ce qui risquait le plus de la faire sombrer.

 

Elle ne prit même pas en compte le fait qu’il ne lui avait toujours pas répondu, et il ne semblait pas décidé à le faire.

 

L’objet en question était une petite fiole transparente remplie d’une poussière verte que Wendy identifia immédiatement comme étant de la poussière de fée.

 

En voyant une lueur d’espoir s’allumer dans les yeux de sa prisonnière, il eut un sourire narquois.

 

« Ne pense pas t’en servir pour t’échapper d’ici, très chère Wendy… La quantité qui s’y trouve ne serait en aucun cas suffisante, et de toute façon, tu ne voudrais pas abandonner ton cher Baelfire ici, pas vrai ?

 

En voyant sa lèvre supérieure trembler, signe qu’elle était bientôt sur le point de pleurer à cause de la culpabilité, il sourit une nouvelle fois.

 

- Ce n’est, continua-t-il, qu’une solution temporaire pour nous permettre d’atteindre l’arbre avant que tu ne t’écroules de fatigue.

 

- A qui la faute ? Lui demanda-t-elle, sa hargne revenant en elle aussi forte qu’auparavant.

 

- Oh, la mienne, bien sûr, s’exclama-t-il sans une once de remords, et presque avec satisfaction. Et aussi la tienne, puisque tu n’es dans cette situation qu’à cause de ton entêtement stupide et absurde.

 

Mais ne t’en fait pas, ajouta-t-il, se rapprochant d’elle et lui parlant d’une voix à la fois terrifiante et presque réconfortante, mais d’une manière malsaine, je vais bien m’occuper de toi maintenant. »

 

Le plus terrifiant dans tout cela, se dit-elle, c’était ses yeux, réalisa-t-elle alors qu’elle s’envolait avec lui à ses côtés, et qu’elle constatait également avec douleur que la sensation d’émerveillement qu’elle éprouvait autrefois à la simple idée de voler s’était évanouie depuis longtemps.

 

Alors qu’ils atteignaient tout les deux le sol et qu’elle sentait qu’elle n’atteindrait pas celui-ci sans dommage, elle sentit avec surprise la magie de Pan l’attirer vers lui, ce dernier la prenant dans ses bras avec une douceur qui l’étonna autant qu’elle la terrifia.

 

Elle aurait voulu pouvoir se débattre, partir, lui échapper, mais, quand l’étreinte du monstre se resserra sur elle, elle ne résista pas, et finit par sombrer dans l’inconscience.

 

§§§§

 

Wendy Darling était tout bonnement magnifique.

 

Il aurait bien voulu pouvoir l’embrasser, mais il savait pertinemment que ce n’était pas encore le bon moment.

 

Il savait être patient quand la situation l’exigeait.

 

(Au moins deux siècles lui seraient nécessaires pour obtenir le cœur d’Henry Mills, bien sûr qu’il savait attendre.)

 

Allongée sur le lit dans lequel elle se trouvait déjà la première fois que Pan lui avait fait subir l’épreuve de la cage, la jeune fille n’avait pas encore conscience du regard pervers posé sur elle.

 

Quand elle ouvrit les yeux une nouvelle fois, son corps lui faisait un peu moins mal, mais la tête lui tournait encore beaucoup, à vrai dire, elle était même étonnée d’être encore en vie.

 

Voulant éviter qu’elle ne sombre dans l’inconscience une nouvelle fois (ce qui aurait été à la fois très préoccupant pour elle et très ennuyeux pour lui), Peter décida alors, d’un geste, d’utiliser sa magie afin qu’elle ne souffre plus (du moins temporairement) de la faim et de la soif.

 

Se sentant soudainement beaucoup mieux, Wendy cligna des yeux, surprise de cette marque de… gentillesse ?

 

Et elle ne put s’empêcher de se demander pourquoi il n’avait pas déjà fait cela avant.

 

Ah oui, c’est vrai, ça aurait été oublier que ce type n’était rien d’autre qu’un sale enfoiré de merde !

 

Elle était toujours fatiguée, même si ça allait un peu mieux, maintenant que Peter avait jeté son sort, et qu’elle avait pu se reposer pendant au moins deux ou trois heures.

 

Si elle avait été entièrement reposée, peut-être se serait-elle dit avec horreur que celui-ci avait dû l’observer pendant le moment où elle avait dormi, ce qui était quant même relativement… enfin non, complètement glauque.

 

« Merci Peter, fit-elle avec circonspection et avec un peu de réticence. Je suppose… ajouta-t-elle.

 

- Oh, mais je t’en pris, Wendy, fit-il avec une voix qui la fit frissonner. Tout le plaisir est pour moi… »

 

Comment, par les dieux, comment diable pouvait-il réussir à rester aussi effrayant et malsain même en démontrant de la gentillesse ?

 

Ça dépassait l’entendement…

 

« Je te déteste… Tu le sais déjà, pas vrai ?

 

- Exact ma petite Wendy… Ce n’est un secret pour personne. »

 

Elle était toujours allongée, et même si le lit était réellement confortable, elle n’avait qu’une envie : partir.

 

« Je te repose la question, fit-elle d’une voix qu’elle espérait assurée. Pourquoi est-ce que tu fais tout cela ? Explique moi ! Je veux comprendre ! »

 

Un sourire beaucoup trop ravi se dessina alors sur le visage du jeune homme qui ne paraissait avoir que dix-sept ans, mais qui était en réalité (en théorie du moins), bien plus vieux que cela.

 

Peter Pan n’était plus Malcolm depuis bien longtemps, et, même si ce dernier n’avait pas été l’homme le plus vertueux du monde (son fils pouvait en témoigner…), le fait est qu’autrefois, ce qu’il était en train de faire l’aurait horrifié.

 

Torturer une pauvre gamine pour son propre plaisir ?

 

Ce n’était pas son genre.

 

(Non, son genre, c’était plutôt d’abandonner son fils après avoir perdu tout son argent au jeu…

 

Détail.)

 

« Je vais te faire une proposition, ma chère Wendy.

 

- Arrête de me parler comme si je comptais pour toi Peter !

 

Il la regarda alors avec un air de fausse tristesse sur le visage.

 

- Mais enfin, tu comptes pour moi ! Protesta-t-il. »

 

Menteur, pensa-t-elle.

 

Si c’était vraiment le cas, tu m’aurais laissée partir depuis longtemps.

 

Tu sais Peter, je tenais à toi autrefois.

 

Avant que tu ne détruises tout.

 

Il reprit alors son sourire à la fois malicieux et diabolique.

 

« Et si on jouait ? »

 

Il ne put s’empêcher de passer sa main dans ses cheveux, comme autrefois, comme quand elle croyait encore qu’il tenait à elle, qu’il l’aimait.

 

Avant, quand elle était encore heureuse d’être au Pays Imaginaire.

 

Quand sa main frôla finalement son visage, elle ferma les yeux, frissonnant.

 

Elle était toujours fatiguée, mais elle n’avait plus ni faim ni soif (bon, elle avait besoin de se laver, mais c’était une chose à laquelle elle accepterait de penser plus tard), donc étrangement, elle se sentait… bien.

 

Bien, certes, mais faible.

 

Trois semaines plus tôt, elle aurait sans doute refusé cette suggestion stupide, mais à vrai dire, elle n’en avait plus la force.

 

Tout ce qu’elle voulait, c’était que la douleur cesse.

 

Et comprendre, aussi.

 

Et elle se moquait du prix qu’elle devrait payer.

 

« Quoi ? Qu’est-ce que tu veux ? »

 

Elle savait que quelque chose n’allait pas dans cette situation, que quelque chose clochait, mais le fait est qu’elle ne voulait pas réellement y réfléchir.

 

Une lueur de convoitise apparut alors dans ses yeux, et elle comprit aussitôt qu’elle avait probablement fait une erreur.

 

« Toi et moi, nous allons parler. Enfin, moi, surtout. Je vais parler, et te dire ce que je compte faire. Mais par ailleurs…

 

- Que veux-tu en échange ? Demanda Wendy d’une voix lasse, commençant à être habituée au fait qu’avec lui, rien n’était jamais gratuit.

 

En terme de marchés, Peter Pan n’avait définitivement rien à envier à son fils…

 

Il semblait comme vouloir faire durer le plaisir, savourant la peur et la fatigue qu’il voyait dans le regard de la jeune fille apeurée.

 

« Tu as besoin d’être lavée, très chère… Urgemment… Disons que, pendant que je te ferais prendre ton bain, je t’exposerais mes raisons, et mon plan. Et à l’issue de ce que je te dirai, tu pourras choisir de me rejoindre… Ou de retourner dans ta cage. Pour une durée indéterminée et sans doute encore plus longue que la dernière fois. Tu sais très bien que j’en suis capable, finit-il d’une voix pleine de sous-entendus. »

 

L’horreur refit surface dans les yeux de la jeune fille, dont la respiration commença doucement à s’affoler, et qui ne se focalisa tout d’abord que sur ses dernières paroles, en oubliant presque l’atrocité qu’il avait prononcé l’instant d’avant.

 

Non, pas la cage…

 

Plus jamais la cage.

 

Tentant de reprendre une respiration plus calme, elle se remémora que ce n’était qu’une menace.

 

Rien de plus.

 

Alors, la véritable teneur de sa proposition finit enfin par atteindre son esprit fatigué, et elle sursauta.

 

« Attends… Quoi ?

 

- Tu serais donc devenue sourde ? Lui demanda-t-il avec un sourire amusé, plaçant sa main sur son épaule d’un air faussement rassurant, ne manquant pas la lueur de dégoût dans son regard.

 

Wendy tenta alors de se dégager de sa prise, pour se réfugier au fond du lit, loin de lui, avant de hurler de douleur lorsque son gardien impitoyable resserra son emprise sur son épaule, la broyant presque avec sa magie.

 

- Ne pense même pas à essayer de t’échapper, lui susurra-t-il avec une douceur cruelle.

 

- Qu’est-ce que tu veux exactement ? Hoqueta-t-elle avec horreur. Me… »

 

Elle ne prononça jamais ces mots qui lui faisaient tellement peur.

 

Me violer ?

 

Angleterre victorienne ou pas, Wendy Darling n’était pas complètement ignorante non plus.

 

Elle savait parfaitement que si Peter la voyait nue, même si c’était dans un contexte aussi ordinaire que celui d’un bain, les choses risquaient de mal se terminer pour elle.

 

Et elle n’avait aucune envie que cela arrive.

 

Un frisson d’horreur s’empara alors d’elle, tandis que le monstre en face d’elle ne lui répondait toujours pas.

 

« Pourquoi est-ce qu’il faut que tu gâches toujours tout ? Que tu ruines tout, que tu souilles tout ? Pourquoi Peter, pourquoi faut-il que tu sois un tel monstre ?

 

- Que veux-tu dire ? En quoi suis-je donc un monstre ?

 

- Tu le sais très bien ! Tu me fais du chantage, tout ça pour une information que tu ne me donneras sans doute même pas ! Une information qui sera sans aucun doute sans aucun intérêt !

 

- Alors dans ce cas, pourquoi veux-tu autant la connaître ?

 

- Je… Je n’en sais rien… Je veux juste comprendre ! »

 

Comprendre ce qu’il était devenu, comprendre comment et pourquoi il pouvait à la fois se comporter avec gentillesse et être un monstre.

 

Elle voulait savoir.

 

Il sourit avec une tendresse bien éloignée de la cruauté dont il avait fait preuve juste avant, avant de desserrer son étreinte.

 

Elle grimaça de douleur une nouvelle fois, regardant son épaule meurtrie, avant qu’il ne la soigne encore une fois avec sa magie.

 

Arrêterait-il un jour de la faire souffrir ?

 

« Tout ce que je veux, continua-t-il, c’est te faire du bien. Rien de plus. Je t’ai nourrie, je t’ai soignée, maintenant, je veux te laver. »

 

Et sans doute bien plus encore, pensa Wendy, ne pouvant s’empêcher de frissonner à nouveau.

 

« Je sais me laver toute seule tu sais, lui cracha-t-elle au visage. Je peux le faire par moi-même, tu n’as pas besoin de faire quoi que ce soit, en fait, tu n’as même pas à être là tout court ! »

 

Wendy n’était pas stupide. Elle savait parfaitement que, magie du Pays Imaginaire ou pas, elle devait empester à cet instant.

 

Mais elle savait aussi que Peter aurait pu régler cela avec sa magie en un claquement de doigts, et que ce n’était que par pur sadisme qu’il ne le faisait pas.

 

Et ça la répugnait, la dégoûtait, lui donnait envie de vomir.

 

Il lui donnait envie de hurler, lui et sa proposition à deux balles.

 

Pourtant, elle avait également conscience qu’elle avait besoin de lui sur cette île, et que sans lui, elle ne s’en sortirait pas.

 

Cependant, cela ne voulait pas dire qu’elle était forcée de céder non plus, elle pouvait encore résister, et se battre, et peut-être un jour libérer Baelfire, et s’enfuir avec lui.

 

Après tout, c’était bien pour ça qu’elle était là, non ?

 

Elle secoua la tête, se remémorant alors que sa présence ici n’avait rien à voir avec Pan, même si les derniers moments qu’elle avait passés avec lui pouvaient lui faire penser le contraire.

 

Puis, elle prit soudainement sa décision.

 

« Tu sais quoi ? Tu peux toujours crever… Hors de question que je cède.

 

Son expression se remplit de tristesse, et elle ne parvint pas à déterminer si celle-ci était feinte ou non.

 

- Autrefois, Wendy, tu m’aimais… Et moi aussi je t’aimais.

 

- Ce n’était pas de l’amour, murmure l’adolescente. Ça n’a jamais été de l’amour. Pas de ta part en tout cas. Tout ce que tu veux, c’est m’utiliser, me briser. Et je ne me laisserais jamais faire ! »

 

Son expression se durcit soudainement, et une ombre apparut sur son visage.

 

« Oh, tu crois ça ? Il sourit avec arrogance. Va donc dire ça à Félix… Il a bien fini par m’appartenir, à la fin… Et il en est très satisfait, crois-moi. Et heureux, aussi. Comme tu le seras, un jour prochain. »

 

Wendy frissonna alors face à ses paroles, ne pouvant pas croire que le garçon qui lui faisait tellement peur avait été un jour quelqu’un de bien, quelqu'un de différent, elle n’arrivait pas à croire que Pan avait réussi à le briser, lui aussi.

 

Y croire voudrait dire qu’elle pouvait accepter l’idée que Pan pouvait aussi la briser elle.

 

Et elle refusait de toutes ses forces de le faire.

 

En aucun cas elle ne voulait lui faire ce plaisir.

 

Dans un dernier sursaut d’orgueil, elle refusait de laisser ce monstre lui prendre sa dignité, alors qu’il lui avait déjà tout pris avant.

 

Il eut un dernier sourire.

 

« Tu sais quoi ? Je ne vais pas me mettre en colère. Je ne vais pas non plus te remettre dans ta cage… Je vais te laisser ici, seule. Pendant, disons… un certain temps. Afin de te laisser réfléchir. Puisque ces trois dernières semaines n’ont pas été suffisantes, j’espère que cette fois-ci, tu comprendras que je ne veux que ton bien.

 

- En m’enfermant ? Comment cela peut-il avoir seulement un sens ? En quoi cela est-il de l’amour, Peter ?

 

- Peu importe ce que tu crois Wendy, l’interrompit-il. Voici mes conditions. Tu vas rester ici, jusqu’à ce que tu ais accepté mon marché.

 

- Tu veux dire « céder à ton odieux chantage ». »

 

Il hocha les épaules.

 

« C’est une simple question de point de vue. »

 

Tu parles.

 

« Et, soit dit en passant, ajouta-t-il, n’espère pas essayer de t’échapper pendant le laps de temps durant lequel tu seras toute seule. Car le mot prison veut bien dire ce qu’il veut dire.

 

Il claqua alors des doigts, des entraves entourant la jeune fille qui malgré ses efforts, ne parvint pas à se libérer.

 

Wendy sentit alors le goût amer de la bile lui remonter dans la gorge.

 

Elle avait tellement envie de vomir, de hurler, de mourir.

 

- Et je pense qu’un peu de ce traitement devrait, à la longue, te faire revoir ton jugement en ma faveur. »

 

Elle aurait pu hurler, protester, se plaindre.

 

Mais ça n’aurait servi à rien.

 

« Ne t’en fait pas, ma magie t’empêchera de manquer de quoi que ce soit… murmura-t-il avant de sortir. »

 

Ce n’est que quand Peter fut sorti de sa chambre que Wendy s’autorisa enfin à pleurer.

 

§§§§

 

Sa vie, son existence entière, était devenue une putain de blague.

 

Le même enfer avait recommencé, encore, pendant deux autres mois.

 

Il l’avait laissée seule, forcée de rester allongée sur ce foutu lit, sans rien avoir à faire, si ce n’est penser et réfléchir à sa vie.

 

Elle se demandait combien de temps elle allait réussir à tenir comme ça.

 

Combien de temps elle saurait résister face à ce que Pan était en train de lui infliger, cette solitude, cette horreur, cette attente sans fin.

 

Et peu à peu, elle recommença à le haïr.

 

Le seul bon côté dans tout ça, c’est qu’ici, au moins, elle pouvait se reposer, ce qui n’était pas le cas quand elle était encore… dans la cage.

 

Mais ce n’était en aucun cas suffisant.

 

À nouveau, elle sentait qu’elle allait bientôt devenir folle à lier, si ça continuait comme ça.

 

Au bout de deux mois, elle finit par craquer.

 

§§§§

 

Pendant deux mois elle avait hurlé à s’en déchirer la voix.

 

Elle avait protesté, supplié, imploré.

 

Deux mois où elle avait été seule, tellement seule, où ni la faim ni la soif ni quoi que ce soit d’autre ne vint la torturer, mais où elle se sentit mourir peu à peu.

 

Deux mois d’Enfer.

 

(Mais bon, l’Enfer, elle commençait à connaître, non ?)

 

§§§§

 

Quand il vint la revoir, après avoir été rappelé par elle, Peter Pan arborait sur son visage un sourire victorieux, sourire qu’elle aurait voulu lui arracher du visage.

 

Crève salopard, crève !

 

« Hé bien, ma chère Wendy, serais-tu devenue plus… conciliante avec le temps ? »

 

Plus désespérée aurait été un terme plus exact, mais Wendy décida de laisser couler, trop épuisée pour se défendre d’une quelconque manière.

 

« C’est d’accord… Fit-elle avec difficulté, la voix douloureuse. On va la faire, ta stupide cérémonie, ou je sais pas quoi… Après tout, peu importe…

 

Elle ne comprenait toujours pas où il voulait en venir, pourquoi il tenait semble-t-il tant à avoir cette foutue emprise sur elle.

 

- Mais, ajouta-t-elle, il y a quelque chose que je veux faire après cela. Après avoir accompli ta… demande stupide. Je veux voir Baelfire !

 

- Au cas où tu l’aurais oublié, j’avais justement spécifié que tu n’aurais pas le droit de le voir.

 

- Je le sais déjà, alors… On va faire ça selon tes conditions. J’irais le voir, mais lui ne me verra pas. Puisque apparemment, c’est ce que tu veux.

 

- Pourquoi est-ce que j’accepterais de t’accorder cette faveur ?

 

- Parce que tu me dois bien ça ! Hurla-t-elle avec fureur. Et parce que j’ai besoin de savoir s’il va bien ! »

 

Elle avait peur, tellement peur qu’il ne soit trop tard et que Baelfire soit déjà mort, de désespoir ou tué par un des sbires de Pan, elle avait tellement peur que tout ses efforts puissent n’avoir servi à rien.

 

« D’accord, finit-il par dire, à sa grande surprise. Tu pourras le voir… Une fois que toi et moi, on en aura fini, une bonne fois pour toute. »

 

Elle n’aurait pas dû se sentir autant soulagée, réalisa-t-elle alors…

 

Et pourtant, c’était bien le cas.

§§§§

 

La pièce dans laquelle il la mena était bien rangée, semblait à première vue très confortable, et ressemblait trait pour trait à la salle de bain de sa propre maison, et Wendy ne put s’empêcher de frissonner en comprenant ce que cela pouvait signifier.

 

Ça ne pouvait pas être une coïncidence.

 

« Tu m’avais promis que tu ne remettrais pas les pieds chez moi… Que tu n’irais plus jamais torturer ma famille à nouveau. Elle le regarda droit dans les yeux. Est-ce que tu as tenu au moins cette promesse-là, Peter ?

 

- J’ai promis que je ne m’en prendrais pas à eux, pas que je n’irais pas les voir… Et je pensais que ça te ferais plaisir, de voir que j’avais essayé de recréer pour toi un environnement familier que tu connais bien. »

 

Oui, enfin c’était plutôt un rappel cuisant et douloureux de ce qu’elle avait perdu et ne reverrait plus jamais.

 

Avec une galanterie qu’elle trouva plutôt mal appropriée, il lui offrit un simulacre de révérence, avant de se saisir de sa main, sans même lui demander la permission.

 

À nouveau, elle tenta avec difficulté de ne pas trop se sentir dégoûtée.

 

« Mademoiselle, si voulez bien me suivre. »

 

Avait-elle seulement le choix ?

 

Claquant des doigts, il fit alors apparaître en plein milieu de la pièce une baignoire remplie d’eau chaude.

 

Elle le fusilla du regard.

 

Si cela lui était tellement facile, alors par la magie, pourquoi diable s’emmerdait-il à mettre en place tout cette machinerie ?

 

Réponse : pour le simple plaisir de la faire souffrir et de l’humilier, évidemment.

 

Sa main dans la sienne, qui semblait tenter de reproduire l’illusion d’une étreinte pleine de tendresse lui donnait envie de hurler, tout comme cette foutue mascarade elle-même, qui n’avait absolument aucun sens.

 

Oh, par les dieux, Pan pensait-il sincèrement qu’elle pourrait un jour l’aimer ?

 

Après tout ce qu’il lui avait fait ?

 

Vu la lueur dans son regard, oui, il en était intimement persuadé, et Wendy Darling était bien décidée à lui donner tort.

 

Et ce, quelque soit le prix à payer.

 

A suivre…

 

ND’A : Ha, ha… Je ne sais pas écrire de trucs courts, donc on se voit au prochain chapitre de cet OS (qui ne sera sans doute pas le dernier, je vous préviens. ) pour encore plus de situations malsaines. Youpi !

Chapter Text

Elle savait parfaitement ce qu’il voulait.

 

Un frisson mêlé de dégoût la traversa, alors qu’elle voyait devant elle la baignoire, qui semblait presque la considérer avec une ironie moqueuse – si tant est que les objets puissent être conscients d’une quelconque manière – et elle avait l’impression que tout dans cette pièce se moquait à présent ouvertement d’elle.

 

Peter Pan le premier.

 

Dégageant sa main de la sienne le plus vite possible, elle se dirigea malhabilement en direction de la baignoire, ne sachant pas encore comment les choses allaient tourner, même si elle en avait déjà une petite idée.

 

Elle déglutit avec difficulté, comprenant qu’elle ne pourrait pas y échapper.

 

Wendy se retourna vers celui qu’elle appelait son ami autrefois, et qu’elle aimait, de tout son cœur, malgré ce qu’elle avait dit plus tôt, qu’elle avait aimé, avant que Pan ne se décide à tout détruire sur son passage.

 

Elle sentit des larmes sur le point de couler le long de ses yeux, et elle ne les essuya même pas alors que celles-ci tombaient tout doucement.

 

C’était la perte complète de son innocence qu’elle pleurait, la perte de son enfance, même si celle-ci avait déjà été en grande partie réduite en cendres deux ans plus tôt, quand Pan et son ombre avaient emporté Baelfire loin d’elle.

 

Elle se moquait de pleurer devant lui, elle se moquait de tout désormais, etalors qu’elle tentait d’empêcher son corps de trembler (de peur, de colère, d’horreur), enfonçant ses ongles dans ses mains pour se faire, se moquant également de la douleur, elle lui lança un regard meurtrier.

 

Et, alors que ses repères moraux s’effondraient tous les uns après les autres, elle se jura que un jour, si elle en avait l’occasion, elle tuerait Peter Pan par elle-même, de ses propres mains.

 

Inconscient de cette fureur qui l’animait, le jeune homme se mit à sourire.

 

« Hé bien ? Lui demanda-t-il. Qu’est-ce que tu attends ? Continua-t-il, la regardant avec intérêt. »

 

Pour écarter le brouillard qui lui bouchait les yeux, elle passa ses doigts sur ses yeux, essuyant du mieux possible les larmes qui désormais ne coulaient déjà plus.

 

Les yeux rougis, elle regarda à nouveau Pan.

 

« Quoi ? Lança-t-elle, tentant d’être la moins agressive possible.

 

Cela ne servirait à rien de le mettre en colère maintenant.

 

Ça ne rendrait que tout cela bien pire encore.

 

- Aurais-tu oublié pourquoi nous sommes là ?

 

Parce que tu es un foutu pervers doublé d’un salop... pensa-t-elle avec hargne.

 

Il voyait la rage en train de la consumer, et il se mit à sourire, à nouveau.

 

Oh, comme il serait bon de la détruire, un jour.

 

Et il allait commencer dès à présent.

 

Ce que Wendy ne savait pas, c’est que Peter Pan n’avait pas toujours été un enfant immortel et éternellement jeune. Elle ne savait pas qu’il avait été enfant, puis adulte, puis de nouveau enfant (ce qui n’est pas habituel, puisque normalement, c’est dans l’autre sens que cela se passe), elle ne savait pas que la situation était en fait encore plus malsaine qu’elle ne le pensait déjà.

 

Peter Pan n’était pas juste un jeune homme obsédé par elle, il était aussi Malcolm, sans plus vraiment l’être, mais toujours obsédé par la jeunesse éternelle, et par l’enfance, et surtout par le côté insouciant de celle-ci.

 

Ce qui ne l’empêcherait pas de tout faire pour qu’elle perde son âme d’enfant, bien sûr...

 

- Pas du tout !

 

- Alors dans ce cas...

 

- Pourrais-tu me laisser un peu de temps ? Histoire de... me préparer ?

 

- Te préparer à quoi ? Tout ce que tu as à faire, c’est enlever tes vêtements, et te glisser dans ce bain ! Dépêche-toi d’ailleurs, l’eau va bientôt se refroidir.

 

- Ça ne devrait pas être un souci pour toi, avec ta si puissante magie, tu devrais pouvoir réussir à la réchauffer, le railla-t-elle, ignorant le double-sens flagrant que sa phrase pouvait posséder si on y réfléchissait un peu (ou si l’on faisait juste preuve d’une perversité avancée...).

 

Son sourire à lui devint soudainement glacial et ironique.

 

- Wendy, ma chère Wendy... Tu sais que tu devrais te méfier, à force. Ma patience a des limites, et il serait bon qu’elle ne se retourne pas contre toi... Ou contre ce cher Baelfire, dit-il, en lui lançant sa menace au visage avec l’air le plus nonchalant du monde. »

 

La jeune fille se figea, à la fois effrayée et rassurée, parce que, si la perspective que ce monstre fasse du mal à Baelfire ne la réjouissait en aucun cas, le fait de savoir qu’au moins il était en vie lui redonnait imperceptiblement de la force pour se battre.

 

Elle hocha la tête, obéissante.

 

« Bien, maintenant que nous sommes d’accord...

 

La jeune fille se mordit la langue de colère, tachant de ne pas faire encore plus de vagues, mais n’en pensant pas moins.

 

Oh, comme elle le haïssait.

 

Se débarrassant rapidement des vêtements qu’elle portait, elle se glissa ensuite dans le bain préparé pour elle par Peter, ne pouvant s’empêcher de pousser un soupir de satisfaction alors que son corps sale et depuis trop longtemps délaissé entrait en contact avec l’eau brûlante qui l’accueillait enfin.

 

Cela faisait tellement longtemps que son corps n’avait pas connu autre chose que la souffrance et les privations, elle pouvait se permettre de souffler un peu !

 

Perdue dans ses pensées, elle parvint presque à complètement oublier la présence de Peter Pan, qui finit par se rappeler à son bon souvenir.

 

Rassemblant ses dernières forces, la jeune fille épuisée aussi bien physiquement que moralement se saisit alors du bras de celui qui prétendait l’aimer.

 

Surpris, il fronça les sourcils.

 

« Qu’est-ce que...

 

- Avons-nous un accord Peter ? Fit-elle, ne le laissant même pas finir. Une fois que... que ce... que ça sera fini, complètement terminé, une fois que tu m’auras donné les informations que je te demande, tu m’emmèneras voir Baelfire. C’est clair ? S’exclama-t-elle, faisant tout pour que sa voix ne tremble pas. »

 

Il se mit à sourire.

 

Elle n’avait toujours pas changé, malgré tout ce qu’il lui avait fait subir.

 

Elle était toujours elle-même, encore si forte, si courageuse, si vaillante.

 

Merveilleuse.

 

« Soit... Ça me paraît tout à fait raisonnable. Mais surtout, Wendy, n’oublie pas que, si tu me désobéis ou me résistes, quelque chose de terrible arrivera à Baelfire. Ou, à tes petits frères... »

 

Je te hais, je te hais, je te hais.

 

« Très bien, murmura-t-elle en serrant les dents. »

 

Quand il posa ses lèvres sur les siennes quelques secondes plus tard, elle fut frappée par cette certitude : celle qu’il était certain d’être réellement amoureux d’elle, et réaliser cela aurait pu la faire pleurer si elle avait été seule.

 

Ce n’est pas de l’amour Peter.

 

Ce n’en sera jamais.

 

C’est juste de l’obsession.

 

§§§§

 

Elle avait envie de sombrer.

 

Elle était là, dans cet enfer qu’elle ne pouvait pas quitter, loin de tout ceux qu’elle aimait, et elle avait envie de mourir.

 

Ça aurait été si facile, réalisa-t-elle soudainement quelques secondes plus tard.

 

Plus simple d’abandonner, de se laisser tomber pour de bon, d’arrêter de se battre, et de se laisser couler au fond de la baignoire, pour fuir ce baiser forcé que Pan était en train de lui imposer à l’instant même.

 

Ça lui aurait donné l’impression d’avoir enfin de nouveau le contrôle sur sa vie pour la première fois depuis des mois.

 

Mais honnêtement, qu’est-ce que ça aurait changé au juste ?

 

Peter Pan l’aurait rattrapée bien avant qu’elle ne puisse réellement mettre son plan à exécution, il l’aurait remontée aussi sec, et tout ça aurait été fait pour rien.

 

Et cela n’aurait fait qu’empirer sa situation, déjà suffisamment précaire comme ça.

 

Pourtant, ce ne fut pas cela qui la poussa à ne pas renoncer.

 

Pense à Baelfire.

 

Pense à Jean, à Michel, à papa et maman.

 

Tu n’es pas seule, ne l’oublie pas, c’est ce que Pan veut que tu penses, mais il a tort.

 

Il te ment.

 

Je sais.

 

Wendy ne sortit de son état de quasi-transe que quelques secondes plus tard, quand Peter se décida enfin à rompre le baiser qu’il l’avait forcée à partager avec lui, et, reprenant son souffle avec difficulté, elle fit tout ce qu’elle pouvait pour ne pas se mettre à vomir.

 

Puis, comme si rien d’affreux ne venait de se passer, Pan lui adressa un grand sourire.

 

« Bien... Et si nous commencions pour de bon ? »

 

Ah oui, c’est vrai, je suis censée me laver, en fait.

 

« Ah, oui, j’oubliais... ajouta-t-il, en claquant soudainement des doigts, utilisant sa magie et l’épilant complètement par la même occasion. »

 

Wendy haussa un sourcil circonspect.

 

« C’était vraiment nécessaire ça ?

 

Il haussa les épaules.

 

- J’ai bien dit que j’allais prendre soin de toi, non ? Ça aussi, ça en fait partie. »

 

Elle frissonna une nouvelle fois.

 

Oh, dieux, pensait-il réellement que ça allait suffire à la faire s’attacher à lui ?

 

Si c’est vraiment ce que tu veux faire, laisse-moi partir, bordel !

 

Sans prévenir son bourreau, elle plongea sous l’eau pendant quelques secondes, afin d’échapper, sans doute illusoirement, à ce véritable cauchemar qu’était devenue sa vie.

 

Quand il se saisit de son bras, Wendy faillit tenter de se dégager, avant de se rappeler qu’elle n’avait pas le droit de s’échapper.

 

Et la menace de Peter Pan résonna alors une nouvelle fois à ses oreilles, la faisant se figer sur place.

 

Si tu me désobéis ou me résistes, quelque chose de terrible arrivera à Baelfire. Ou, à tes petits frères...

 

Alors elle se contenta de serrer les dents, prête à endurer ce qui allait suivre.

 

« Ne te crispes donc pas à ce point Wendy ! Ce n’est qu’un bain, rien de plus, pas la peine d’avoir peur à ce point ! »

 

Elle décida de l’écouter, malgré son désir de violemment lui dire d’aller se faire voir, avec poing dans la gueule en prime.

 

La jeune fille retint avec difficulté un soupir de soulagement en le voyant s’attaquer à ses cheveux, et non pas à une autre partie plus intime de son corps.

 

Il n’empêche qu’elle avait toujours aussi peur.

 

Ayant la certitude qu’il profiterait de cette occasion rêvée pour lui faire mal, en lui tirant les cheveux par exemple, ou en faisant tout autre chose, Wendy ne put s’empêcher de se sentir surprise en constatant que Pan se contenta de... de lui laver les cheveux, tout simplement.

 

Ceux-ci en avaient par ailleurs bien besoin, soit dit en passant, après environ plus de six mois (au moins) à ne pas être soignés, lavés, ou bien traités, et qui devaient réellement avoir une sale tête.

 

Elle grimaça un peu de douleur pendant le processus, pendant lequel Peter s’aida de sa magie en plus du savon, pour rendre à ses cheveux leur apparence d’autrefois, mais au bout du compte, ce traitement lui fit plus de bien que de mal.

 

Même si cela ne lui fit en aucun cas oublier que c’était Pan lui-même qui était responsable de tout ce beau bordel.

 

En parlant de lui, celui-ci, voulant sans doute honorer sa part du marché, en voyant que sa captive s’était décidée à ne pas se débattre, comme convenu, commença alors à parler.

 

« Bien... Puisque que ton but actuel est de comprendre pourquoi je fais tout ce que je fais en ce moment, t’enlever, enlever Baelfire et le garder ici, enlever tout ces enfants... Je vais te le dire, et surtout, je vais te raconter toute mon histoire.

 

Wendy hocha distraitement la tête, semblant presque sur le point de perdre conscience, tant les mains de Peter sur ses cheveux, qui lui caressaient la tête avec une certaine douceur, formaient un véritable contraste en comparaison avec tout ce qu’elle avait souffert avant.

 

Pour elle, ne plus souffrir pendant une certaine période de temps était plus l’exception que la norme, au point qu’elle aurait presque pu finir par oublier que tout cela n’avait été mis en place que pour la briser.

 

Une part d’elle-même avait envie de s’abandonner, de ne plus résister, mais le regard de Baelfire qu’elle pouvait presque voir dans son esprit la dissuadait de le faire.

 

- Très bien, fit-elle. Vas-y, je t’écoute.

 

- Je ne me suis pas toujours appelé Peter Pan. Autrefois, je m’appelais Malcolm, et j’étais un humain comme les autres. Un homme médiocre, reconnut-il, mortel, qui a dû grandir malgré lui et devenir adulte, époux, et père.

 

Wendy sursauta, manquant presque de jaillir hors de la baignoire, et elle se tourna vers lui avec un regard surpris.

 

- Que... Tu as été adulte un jour ? Mais, comment... comment est-ce possible ?

 

Il lui offrit un sourire amusé.

 

- La magie, bien sûr.

 

- Et... tu as eu un enfant ? Une famille ?

 

- Pendant un temps, oui. Et puis, un jour, peu de temps après la naissance de mon fils, ma femme est morte. Son visage se ferma instantanément. Et j’ai échoué à élever mon fils, j’ai échoué à assumer mes responsabilités.

 

Aujourd’hui plus que jamais, Wendy comprit alors que les monstres ne venaient pas de nulle part, et, à sa plus grande surprise, elle ressentit une certaine compassion à son égard.

 

Ça n’excusait rien, c’est vrai, mais ça expliquait beaucoup de choses.

 

- Je suis désolée...

 

Il eut un léger sourire, avant de poser sa main sur sa joue, et elle ne put s’empêcher de frissonner, n’ayant toujours pas occulté de sa mémoire le fait qu’il l’avait enfermée et torturée.

 

Puis, il haussa les épaules.

 

- Je m’en suis remis, avec le temps.

 

- Et après, ton fils... qu’est-ce qu’il lui est arrivé ?

 

- Je l’ai abandonné et je l’ai échangé contre l’immortalité et la jeunesse éternelle, s’exclama-t-il avec cynisme.

 

Wendy se dégagea immédiatement de tout contact avec son bourreau, sentant toute sa compassion envers lui s’envoler en un instant.

 

Elle blêmit.

 

- Alors c’est comme ça... que tu es devenu Peter Pan ? En abandonnant ton fils ?

 

Le sourire de l’immortel se fit sardonique cette fois-ci.

 

- En effet. »

 

Il lui vola un nouveau baiser forcé, et une profonde nausée s’empara alors d’elle, tandis qu’elle comprenait quel genre de monstre se trouvait en face d’elle.

 

« Et après ? Demanda-t-elle ensuite, tandis que Peter s’attaquait à ses bras et au reste de son corps, qu’il commença à laver avec une douceur presque obscène.

 

- Oh, c’est très simple, j’ai commencé à enlever et recruter divers jeunes garçons à travers différents mondes, les emmenant jusqu’ici par le biais de mon ombre.

 

- Pour quoi faire ? »

 

C’est presque fini, se força-t-elle à croire, c’est presque terminé.

 

« Mon immortalité n’est pas immuable, lâcha-t-il alors avec nonchalance. D’ici quelques siècles, elle sera terminée, et je mourrai, enfin, seulement si j’accepte mon destin sans rien faire.

 

Wendy ressentit alors un terrible espoir l’envahir.

 

- Est-ce qu’il y a un moyen de te sauver ?

 

Y-a-t-il un moyen de te tuer ?

 

- Oui, il y en a un. Je suis à la recherche d’un garçon particulier, qui possède le cœur du plus pur des croyants. Grâce à lui, je pourrai rester jeune pour toujours.

 

La jeune fille comprit immédiatement que de terribles conséquences se produiraient si jamais il réussissait à trouver cet enfant.

 

- Quand tu le trouveras, qu’est-ce que tu lui feras ?

 

Lorsqu’elle vit quel sourire ornait désormais son visage, elle sentit une peur terrible se saisir d’elle.

 

- Je le tuerai ! Je lui arracherai le cœur, et je le placerai dans ma propre poitrine. Et toi, Wendy, tu m’aideras dans cette quête, fit-il avec la certitude que seuls les fous bloqués sur une idée fixe peuvent avoir.

 

Elle se força à sourire.

 

- Jamais !

 

- Nous verrons bien, princesse. »

 

Quand il l’embrassa pour la troisième fois de la journée, elle dut se retenir de toutes ses forces pour ne pas lui mordre la langue.

 

§§§§

 

Sentant les mains de Peter Pan se balader librement sur son corps, Wendy comprit que c’était que l’horreur allait véritablement commencer.

 

Non pas qu’il exprime une quelconque violence à son égard (il savait parfaitement qu’il n’en avait pas besoin pour avoir ce qu’il voulait), en fait, c’était même tout le contraire.

 

Il était en train de s’approprier son corps, ou tout du moins d’essayer, avec ses foutues mains, et tout ça, ses caresses, cette douceur obscène, cette tendresse qui n’avait aucun sens, son sourire, cette folie dans son regard, ça lui donnait juste envie de vomir.

 

L’eau lui semblait comme être soudainement devenue gelée, maintenant qu’elle sentait l’emprise de son bourreau sur elle s’intensifier.

 

Elle voulait partir, courir, s’enfuir, échapper à ce qui allait lui arriver.

 

Mais elle ne pouvait pas.

 

La menace de Pan résonna une nouvelle fois dans son esprit, et elle prit une profonde inspiration.

 

Elle s’en faisait la promesse, Pan ne la détruirait pas.

 

« Tu sais très bien que ce n’est pas ce que je veux, pas vrai ?

 

Il se mit à sourire, sans arrêter de la toucher, à son grand désarroi.

 

- Maintenant oui, mais un jour ce sera le cas. »

 

Elle leva les yeux au ciel, avant de pousser un cri de surprise en le sentant se rapprocher d’elle, sa bouche commençant à parsemer son cou de baisers, et la sensation en elle-même n’était pas vraiment désagréable, et c’était justement ça le pire.

 

Son corps avait souffert pendant des mois des mains de cet enfoiré, et tout ce qu’il voulait, le sale traître, c’était ne plus ressentir aucune douleur, de ce fait, tout ce qui s’éloignait de la souffrance était plus que bienvenu.

 

Que pouvait-elle faire exactement, à part accepter toutes ces sensations que Pan lui offrait ?

 

(Elle ne pouvait pas fuir, ou se débattre, ou elle souffrirait encore plus, autant l’éviter.)

 

Ce qui ne la faisait pas oublier, à nouveau, que c’était lui le responsable de sa détresse actuelle.

 

Alors qu’il continuait à l’embrasser, elle ne put nier qu’elle...

 

Oui, qu’elle se sentait bien.

 

À vrai dire, au vue de sa position, c’était assez surprenant, puisqu’elle était en ce moment-même allongée dans une baignoire remplie d’eau, sans oreiller ni rien, pas vraiment l’endroit le plus confortable au monde non plus.

 

Mais c’était sans compter sur la magie de Pan, qui lui permettait de se sentir comme... comme si elle était allongée sur un lit de nuages, si du moins c’était possible, et en tout cas, c’était vraiment merveilleux.

 

Enfin, merveilleux n’aurait pas dû être l’adjectif approprié, mais étonnamment, c’était le premier qui lui était venu à l’esprit.

 

Ce n’était pas normal.

 

La jeune fille rouvrit les yeux, qu’elle ne se souvenait même pas avoir fermés, à vrai dire, et elle posa un regard critique sur le jeune homme allongé au-dessus d’elle (et qui flottait « dans l’air », un peu comme elle, mais ce n’était pas ça le plus étonnant), fronçant les sourcils.

 

« Peter... Dis-moi que tu n’es pas en train d’utiliser ta magie sur moi pour me plier à tes désirs. »

 

Qu’il le fasse sur elle ne la surprenait même pas à vrai dire.

 

Elle le connaissait trop bien pour ignorer le fait qu’il était près à tout pour arriver à ses fins, et ça ne la terrifiait même plus, ça l’écœurait seulement.

 

Si elle avait été plus détachée de tout ça, elle aurait presque pu se sentir soulagée de le voir prendre le contrôle, peut-être l’aurait-elle fait si elle avait été plus désespérée, et véritablement brisée, ça aurait signifié ne plus souffrir, ne plus être malheureuse, ne même plus avoir conscience de la situation terrible dans laquelle elle se trouvait.

 

Mais ça aurait aussi voulu dire la perte de son identité, de sa volonté, de son libre-arbitre, cette chose à la fois fondamentale et si importante, cela signerait la fin définitive de sa liberté, cela ferait d’elle une autre personne, elle ne serait plus Wendy Darling, elle ne serait plus que la poupée de Peter Pan.

 

Et elle s’y refusait.

 

Il se mit à sourire.

 

« Voyons Wendy... Tu sais tout comme moi qu’ici, nous jouons selon mes règles.

 

Jouer.

 

Tout ne se réduisait donc qu’à ça pour lui ?

 

Pourquoi cela l’étonnait-il encore ?

 

- Ce n’est pas un jeu Peter... Ça n’en a jamais été un d’ailleurs. »

 

Elle n’abandonnerait pas, se promit-elle.

 

Quoi qu’il fasse, jamais elle ne se laisserait sombrer, elle ferait tout pour rester elle-même.

 

Elle serait toujours là, malgré la magie, malgré ce que Pan lui faisait subir.

 

Et pourtant... une part d’elle-même avait envie de le faire, juste pendant un temps.

 

Elle était tellement fatiguée.

 

Alors, peut-être que... qu’elle pouvait se laisser aller, pendant quelques heures ?

 

Et accepter ce que Peter lui donnait, aussi malsain cela soit-il.

 

Tout ce qu’elle voulait, c’était ne plus souffrir.

 

Elle céda.

 

§§§§

 

Peter Pan jubilait.

 

La magie était réellement une chose merveilleuse, quand elle était bien utilisée.

 

Wendy, les yeux toujours grands ouverts, semblait désormais beaucoup plus apaisée qu’elle ne l’était quelques secondes plus tôt, et Peter sentit son sourire s’agrandir face à ce constat.

 

Il se pencha sur elle, et l’embrassa délicatement.

 

Quand elle répondit au baiser, il sut alors qu’il avait gagné, momentanément du moins.

 

Il plaça alors sa main entre ses cuisses, commençant à doucement la caresser, la touchant là où jamais personne auparavant ne l’avait touchée, pas même elle-même.

 

En la voyant commencer à se tordre de plaisir, presque malgré elle, il en ricana presque.

 

Elle était presque touchante en un sens, perdue dans le plaisir, sans même plus s’en rendre compte.

 

Encore que, ça n’allait pas durer très longtemps.

 

Malheureusement pour lui.

 

Le sortilège cesserait d’ici peu, et d’un instant à l’autre, elle retrouverait ses esprits.

 

Dommage.

 

Après quelques minutes de cette délicieuse torture, elle se mit à crier de plaisir cette fois, et son sourire se transforma en rictus.

 

Une bonne chose de faite...

 

Quelques secondes plus tard, elle cligna des yeux, sortant de cette douce torpeur dans laquelle l’avait plongée l’orgasme fulgurant qui venait à peine de la traverser.

 

Son expression changea instantanément.

 

Se chargeant désormais d’horreur pure.

 

Lui, toujours le sourire aux lèvres, se lécha les doigts, l’air satisfait.

 

La jeune fille se redressa, et, sans mot dire, lui flanqua une gifle magistrale, qu’il reçut sans broncher.

 

« Espèce de salopard ! Hurla-t-elle, horrifiée. Comment as-tu osé...

 

Sans la laisser continuer, il claqua des doigts une nouvelle fois, faisant disparaître l’eau, la baignoire, utilisant sa magie pour la sécher et l’habiller, la laissant complètement muette.

 

- Je peux savoir ce que tu fais ? Demanda-t-elle en fronçant les sourcils.

 

- Je t’ai fait une promesse, non ?

 

- Je ne comprends pas...

 

- Hé bien, je t’avais promis de te laisser voir Baelfire ! Il est temps, tu ne crois pas ? Le pauvre, il doit se sentir bien seul là où il est.

 

Wendy le regarda d’un air soupçonneux.

 

- Tu as également mentionné le fait qu’il n’avait pas le droit de me voir.

 

- Certes oui, et ça n’a pas changé. »

 

Elle avait envie de vomir.

 

« Tu penses réellement que je vais oublier ce que tu m’as fait juste parce que tu comptes tenir une promesse ?

 

Il haussa les épaules.

 

- Peu importe... Allons-y. »

 

Pour la première fois depuis son arrivée, Wendy se trouva être d’accord avec lui.

 

§§§§§

 

Il l’avait rendue invisible, en fait, même si elle avait hurlé son nom en étant juste à côté de lui, Baelfire n’aurait même pas pu l’entendre.

 

Et ça lui brisait le cœur, parce que Baelfire était persuadé d’être seul, sur cette foutue île, dans cette foutue cave, sans alliés, sans amis, et qu’elle était là, juste à côté de lui, et qu’elle ne pouvait rien faire.

 

Et le sourire sadique de Peter Pan n’aidait pas à atténuer son désespoir.

 

Ils étaient seuls et misérables, et tout cela lui faisait tellement mal qu’elle ne resta sur place que quelques minutes.

 

« J’aurais un marché à te proposer...

 

- Quel genre ? Lui demanda-t-elle sans aucune amabilité.

 

- Rejoins les Lost Boys... En échange, tu seras bien traitée, et Baelfire aussi. Et, qui sait, peut-être qu’un jour, tu considéreras cet endroit comme ta maison.

 

- Même pas en rêve, susurra-t-elle, les dents serrées. »

 

§§§§

 

Les années passèrent.

 

Et si, à Neverland, le passage du temps ne se faisait pas sentir, il n’en était pas de même dans le monde sans magie.

 

À Londres, Jean et Michel avaient bien grandi, avaient perdu leurs parents quelques années plus tôt, et ils étaient désormais deux jeunes adultes âgés de vingt-quatre et vingt-deux ans.

 

Quatorze années avaient passé depuis la disparition de Wendy, et à force, ils avaient fini par complètement oublier que toute cette histoire avec l’ombre de Peter Pan avait jamais été réelle.

 

Ainsi, le jour où l’ombre revint les voir et où ils rencontrèrent pour la première fois Peter Pan en chair et en os, tout leur revint en mémoire.

 

Devant eux se trouvait le monstre qui avait enlevé Baelfire, et qui était le responsable de la disparition de leur sœur.

 

« Jean, Michel, les salua-t-il en souriant. Je suis ravi d’enfin vous rencontrer.

 

- Qu’est-ce que tu leur as fait ? L’interrogea Jean, blême. À Baelfire et à Wendy ?

 

- Oh, ne t’en fais pas, ils vont bien. À ce propos, j’aurais un marché à vous proposer, à vous aussi... Dites-moi les garçons, connaissez-vous une ville nommée Storybrooke ? »

 

Et c’est alors que commença la longue servitude des deux frères Darling.

 

§§§§

 

D’autres années passèrent, aussi douloureuses que les précédentes pour tout le monde.

 

Jean et Michel servaient les desseins mystérieux de Pan en attendant que Storybrooke n’apparaisse, et que la malédiction ne soit brisée, Baelfire était toujours aussi seul, quant à Wendy...

 

Wendy était aussi misérable qu’auparavant, peut-être même plus encore.

 

Elle s’était faite une raison.

 

Plus jamais elle ne repartirait d’ici.

 

Ça n’en rendait pas cette vérité moins douloureuse.

 

Cela faisait quoi... une bonne centaine d’années qu’elle était coincée ici ?

 

Ses parents et ses frères étaient très certainement morts depuis bien longtemps, et pourtant, elle n’était toujours pas devenue une Lost Girl.

 

Dans son cœur, elle restait une Darling, et elle faisait tout ce qui était en son pouvoir pour se rappeler de la voix de son père, du visage de sa mère, et du rire de ses petits frères.

 

Elle refusait d’abandonner.

 

Depuis la scène du bain, Peter Pan ne l’avait plus touchée, à son grand soulagement.

 

Il avait semble-t-il fini par comprendre qu’elle ne voulait rien avoir à faire avec lui.

 

Ensuite, puisqu’elle n’avait pas d’autre choix que de rester ici, autant qu’elle se serve des armes de son bourreau, non ?

 

« Puis-je savoir ce que tu fais ici, petite ? Lui demanda l’ombre, et elle frissonna de peur.

 

- Je souhaiterais... je voudrais apprendre la magie, reprit-elle avec plus d’assurance.

 

- Et... pourquoi donc ? Reprit l’entité avec sa voix gutturale.

 

Pour pouvoir tuer Peter Pan un jour et fuir avec Baelfire.

 

Elle soutint le regard de l’ombre.

 

- Ce ne sont pas vos affaires. »

 

Un semblant de sourire se dessina alors sur le... visage de la créature.

 

« Très bien ! Je t’apprendrai tout ce que tu as besoin de savoir sur la magie... Mais je dois t’avertir... Sois prudente avec cela, tu pourrais très facilement sombrer dans les ténèbres, si tu n’y fais pas attention.

 

- Pas de danger, répliqua-t-elle. Je sais prendre soin de moi-même. Et je sais parfaitement pour quoi je me bats.

 

- Hé bien, nous verrons cela... »

 

§§§§

 

Maintenant qu’elle apprenait la magie, Wendy ne comprenait plus pourquoi Baelfire éprouvait tant de haine et de crainte à son égard.

 

Ce sentiment de pouvoir, cette sensation de puissance qu’elle éprouvait à chaque fois qu’elle utilisait ses nouveaux pouvoirs, tout cela était terriblement... grisant.

 

 

Elle avait le sentiment de reprendre enfin le contrôle de sa vie, après toutes les horreurs que Peter Pan lui avait faites subir.

 

Ce qu’elle ne comprenait pas encore, c’est qu’elle était en train de sombrer, dangereusement.

 

Ce qu’elle ignorait également, c’est que c’était exactement ce que Peter avait prévu.

 

Plus le temps passait, plus Wendy perdait pied sans même le réaliser.

 

Ce qui comptait le plus pour elle désormais, c’était de devenir de plus en plus puissante, sa vengeance contre Pan devenant à ses yeux de plus en plus dérisoire.

 

Pourtant, malgré cela, une colère brûlante l’animait parfois encore contre lui.

 

La nuit, il lui arrivait par moments de se toucher, de la même manière que lui l’avait touchée autrefois, des décennies plus tôt, en s’entourant d’une bulle d’invisibilité, afin de lui montrer, en un sens, que ça au moins, il ne le lui avait pas pris.

 

Qu’il lui restait au moins une once de liberté dans ce monde maudit.

 

Cependant, alors qu’elle commença à penser à Peter Pan en faisant cela, elle aurait peut-être dû commencer à se dire que quelque chose clochait.

 

Pourtant, il n’en fut rien.

 

Ce qui ne fut pas non plus aidé par les propres manigances de Peter, et par certains événements qui s’enchaînèrent les uns après les autres.

 

Notamment le départ de Baelfire, qui parvint enfin à s’évader de Neverland.

 

Peter en profita pour recommencer à utiliser sa magie sur la jeune fille qui, se sachant désormais encore plus seule qu’avant, se sentait encore plus mal, et brisée comme elle l’était, elle était bien plus fragile psychologiquement qu’autrefois.

 

De ce fait, elle était plus vulnérable à ses manipulations, et en réalité, le fait d’avoir appris la magie ne l’aida en rien, au contraire.

 

Elle était bien plus réceptive à la magie noire, et Peter Pan étant bien plus puissant qu’elle, elle ne put aucunement résister face à ce qu’il lui fit : à savoir, modifier ses souvenirs pour lui faire croire que Baelfire l’avait abandonnée volontairement, tout comme ses frères et ses parents, et que seul lui, Peter Pan, avait jamais pris soin d’elle.

 

C’était un mensonge, bien évidemment, mais désormais, elle y croyait dur comme fer.

 

Après toutes ces années, voire ces siècles de tortures, de mauvais traitements, de manipulations et de chantage, il avait enfin réussi à la changer à son image.

 

En fin de compte, Peter Pan avait eu raison.

 

En un sens, elle était à lui maintenant...

 

A suivre...