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Te rencontrer.

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Elles n'avaient rien à voir l'une avec l'autre.

 

Très clairement.

 

Oh, bien entendu, elles avaient certain points communs, en dehors du plus évident, à savoir leur nom.

 

Elles avaient la même histoire, qui se déroulait presque exactement de la même manière.

 

Jusqu'à un certain point.

 

Elles avaient tué leur mère.

 

Oh, bien sûr, dans les deux cas, ce n'étaient pas elles les meurtrières, pas elles qui avaient tenu le poignard, ou du moins l'arme, pas elles qui avaient commis cet acte.

 

Mais c'était bien elles qui avaient poussé leur frère à faire, qui l'avaient encouragé, alors même que celui-ci pouvait avoir quelques doutes, oui, elles avaient voulu cela.

 

Vraiment ?

 

L'une le voulait toujours, tandis que l'autre le regrettait profondément, comme si tout cela n'était qu'une erreur.

 

Sauf que non.

 

Grâce à elles, la ville était libre, du moins elle pouvait l'être, aurait pu l'être, si les habitants l'avaient voulu. C'était le cas avec la deuxième Électre, dont la ville était désormais libre, libre de la tyrannie de Clytemnestre et d'Égisthe, mais dont les habitants semble-t-il n'en étaient pas satisfait.

 

Quand à la première, elle avait détruit sa propre ville pour que la justice et la vérité triomphent, alors…

 

Oui, leur rencontre risquait de faire des étincelles.

 

La première regarda la seconde avec circonspection.

 

« Qui es-tu ?

 

- Je m'appelle Électre ! Affirma l'autre femme.

 

- Non, c'est faux, répliqua son double. C'est moi, Électre !

 

- Vraiment ?

 

- Oui ! Tu dois venir de l'autre version de l'histoire dont mon frère Oreste m'a parlé… Alors ? Comment est-ce là-bas ? »

 

L'autre Électre la fusilla du regard.

 

« Abominable ! J'ai tué ma mère et mon beau-père, et depuis, je me repens de mes crimes, tandis que mon frère a fui loin de la ville, en emportant les Érinyes avec lui. Ces fameuses mouches…

 

- Comment ? Tu regrettes ? L'interrogea la première Électre avec fureur et désarroi. Mais, pourquoi donc ?

 

- Ce que j'ai fait est horrible. Ce que nous avons fait mon frère et moi l'est. Sauf que… ce n'est pas moi ! Ce n'est pas de ma faute ! Non, ce n'était pas moi, cela ne l'a jamais été ! Ce n'était pas mon choix !

 

- Réellement ? Tu es donc encore plus pathétique que tu ne semblais l'être ! Tu devrais au contraire être fière de ce que tu as fait.

 

- L'es-tu, toi ?

 

- Bien évidemment, fit la première Électre, orgueilleuse. Qui ne le serait pas ?

 

- Moi ! C'était un crime, et je ne tiens pas à être mêlée à cette histoire. Jupiter m'a promis que si je me repentais, alors, peut-être… peut-être qu'un jour…

 

- Te repentir ? Mais pourquoi diable ? Ils méritaient de mourir ! Tout les deux, autant qu'ils étaient ! N'étaient-ils pas des monstres ? N'as-tu jamais souhaité leur mort, même un tout petit peu ?

 

- Si ! S'indigna la seconde Électre. Pendant des années, je l'ai voulu, je l'ai désirée ! Pendant un moment, j'aurais même voulu les tuer de mes propres mains ! Mais ce n'était rien, cela ! Ce n'était que des rêves, ce n'était pas…

 

- Réel ?

 

- Exactement ! Et un jour, mon frère est venu, j'ai armé son bras, et…. Et c'est devenu réel, bien trop réel pour moi. Une réalité que je ne pouvais plus supporter.

 

- Pauvre petite fille ! Murmura la première avec une moue dédaigneuse. Elle ne supporte pas la mort ou le sang. Ce n'était que ta mère, et son amant ! Deux monstres ! Deux meurtriers ! Deux tyrans ! Ce n'était que cela, rien de plus !

 

- Ils sont morts ! Par ma faute ! Par celle d'Oreste. Comment… Comment peux-tu accepter ce que tu as fait aussi facilement ?

 

- Tu les a tués, certes… Et alors ? Dis-moi, as-tu vu ta cité brûler petite fille ? Demanda-t-elle à son double.

 

- Quoi ? Non ! La cité continue de se repentir, malgré l'absence des mouches. Il faut croire que c'est tout ce qui nous reste, murmura la jeune femme avec amertume.

 

- Tu penses avoir commis l'irréparable ? Tu penses savoir ce qu'est l'horreur, la vraie, l'immonde ? Hé bien tu as tort !

 

- Que veux tu dire ?

 

- J'ai vu ma ville mourir sous mes yeux. Je l'ai détruite, pour qu'enfin elle puisse renaître. Je l'ai mise en cendres, pour qu'une autre horreur ne soit pas commise, pour pouvoir réparer la mot de mon père, de notre père. J'ai fait ce qui était juste.

 

- Qu'as-tu fait ?

 

- J'ai laissé la guerre venir en ville. J'aurais pu la stopper, ou du moins donner du temps à Égisthe. Mais du temps, je n'en avais plus ! Je ne pouvais pas laisser continuer cela, laisser continuer le mensonge, oh que non ! Je ne le pouvais plus ! Je ne pouvais plus ne pas dire non !

 

- J'ai dit non une seule fois, lâcha la seconde Électre avec lassitude. Et regarde où cela m'a menée.

 

- Tu n'es qu'une lâche ! S'exclama la première. Une enfant, qui a encore peur du noir, peur d'être adulte, peur de choisir ! Tu as rêvé la mort des deux monstres, et maintenant que c'est fait, tu as peur…

 

- Que pourrais-je faire d'autre ?

 

- Accepter ce que tu as fait ! En être fier ! Tu as vengée ton père ! Sois digne de lui, en gardant la tête haute, malgré ce que les autres pourraient te dire.

 

- Cela, je ne le peux pas ! Je ne suis pas Oreste !

 

- Et il a de la chance de n'être pas comme toi ! Si tu ne pouvais pas la supporter, cette mort, cette culpabilité, hé bien il ne fallait pas te lancer dans la vengeance ! Il fallait rester dans l'ombre, et regarder de loin les événements se dérouler. Ou bien tenter de les contrer !

 

- Je pensais que c'était ce que je voulais. Et, j'en suis sure, cela l'a été, pendant un temps. Mais maintenant… maintenant je ne sais plus quoi faire.

 

- Hors de ma vue ! Tu n'es pas digne du sang des Atrides, si tu refuses de porter fièrement ce destin fatal et maudit qui est le nôtre ! »

 

La seconde Électre s'en alla, et la première sourit. Maintenant, elle avait un autre Oreste à trouver…